L'Indigné du Canapé

La liberté d’expression ne doit jamais assassiner

Le vendredi 16 octobre 2020, Samuel Paty, un enseignant d’Histoire-Géographie d’un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) a été décapité. La raison ? Il aurait montré des images du prophète musulman Mohammed durant un cours d’EMC (éducation morale et civique) sur la liberté d’expression à destination de ses élèves de 4ème, ce qui aurait déclenché des réactions démesurées de certains élèves et parents d’élèves, et ce final morbide, intolérable et inexcusable.

Il faut savoir que Samuel Paty aurait eu la délicatesse de demander à ses élèves de confession musulmane de sortir de la salle au moment de la projection de l’image, afin de leur épargner un éventuel choc, un conflit intérieur entre leurs croyances intimes et la nécessité d’aborder tous les sujets à l’école, dont la liberté d’expression.
Il faut aussi préciser qu’en tant qu’enseignant devant faire réfléchir les élèves de collège à la laïcité, à la liberté d’expression (dont le droit à la caricature et au blasphème), M. Paty n’était pas dans la même démarche qu’un journal comme Charlie Hebdo : tandis que le média a pris la responsabilité de publier des caricatures à des fins politiques, dans le but de faire réagir voire de choquer, l’enseignant n’est pas à l’origine des publications, il n’en est pas responsable, il se sert simplement de l’actualité pour créer du débat et de la réflexion. On ne saurait reprocher à un enseignant en Histoire d’étudier la Shoah en classe, et l’accuser par la suite de soutenir ce moment tragique de l’Histoire.

J’irai même plus loin. Tout enseignant est en droit, et a même pour mission, de faire réfléchir TOUS les élèves sur TOUS les sujets, sans tabou, car c’est le seul moyen de faire changer les choses, de faire évoluer les consciences, d’émanciper, de transformer des enfants en adultes autonomes et responsables. La religion (et ses courants de pensée) ne saurait être un mur entre les différents êtres humains, entre humains et science, entre humains et laïcité ou liberté d’expression.
D’ailleurs, il est intéressant de noter que la religion musulmane (directement impliquée ici) n’interdisait pas formellement les images explicites de Dieu à travers le Coran, l’interdit est arrivé par la suite, par consensus. Pareil pour la représentation du Prophète, dont il n’est pas du tout question dans le Coran et qui ne devient un reproche que dans les hadiths. D’ailleurs, dans les premiers temps de la religion musulmane, les artistes musulmans représentaient bien le Prophète…

[Le Coran] ne condamne explicitement que les idoles pré-islamiques et toute autre forme d’idolâtrie. L’interdit semble relever du consensus de la communauté (ijmâ) qui y voit moins « affaire de discipline que l’effet d’une sorte d’évidence ».
P. Boepsflug, cité dans La Croix

Et quand bien même l’on prendrait ces interdits à coeur (pourquoi pas, chacun est libre de le faire ou non), ne sont-ce pas des interdits destinés aux Musulmans, c’est-à-dire à ceux qui croient ? Pourquoi ces interdits devraient-ils s’appliquer à tout individu de la société, même celui qui ne croit pas ?
Et quel est le sens, la valeur de cet interdit ? N’est-ce pas d’éviter de se prendre pour Dieu, seul capable de créer à son image ? Mais alors, tuer n’est-il pas aussi une manière de se prendre pour Dieu, lui seul pouvant donner et retirer la vie ? Alors comment peut-on s’autoriser à aller jusqu’à tuer, ôter la vie ? C’est une horrible récupération, un horrible détournement de ce qu’est censé être une religion, au fond.

La religion devient bonne ou mauvaise en s’incarnant dans des comportements humains, et chacun est responsable des valeurs qu’il décide d’incarner et de son propre comportement. Le fait de se dire croyant ou non ne dit rien de qui l’on est et du bien que l’on fait, cela n’autorise pas à agir au-delà des lois, au-delà du respect pour chacun, au-delà de la liberté de chacun. Heureusement, une grande majorité de ceux qui croient (et de ceux qui ne croient pas) savent faire les efforts justes pour vivre dans la concorde. A nous (collectivement) de rappeler à la raison tous ceux qui tirent profit de ces situations tragiques, les semeurs de haine que sont les extrêmes-droites, tant nationalistes que religieuses. Nous sommes tous responsables.

La violence et la mort sont toujours des défaites pour l’humanité, des défaites de la pensée.
Que Samuel Paty repose en paix, nos pensées vont à sa famille et ses proches.

Voici quelques réactions dont je partage le fond.

Non à tous les racismes, non à toutes les récupérations du racisme.
Non à la stratégie du chaos qui arrange autant l’extrême-droite nationaliste (xénophobe) que l’extrême-droite religieuse (islamiste ou non).

On ne sortira par le haut de ces problématiques globales que par un combat pour plus d’égalité économique et politique, pour plus de solidarité sur le plan social, par une lutte pour toujours plus d’émancipation par rapport aux dogmes, de tolérance et de respect, de culture et d’amour.
Peace !

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Sources :
Twitter, La Croix, Ouest-France

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