L'Indigné du Canapé

L’extrême-droite se combat ou prolifère : l’exemple du COVID-19 au Brésil

Jair Bolsonaro est le Président du Brésil en fonction depuis le 1er janvier 2019, et il est objectivement d’extrême droite. Nostalgique de la dictature militaire (1964-1985), friand de propos virilistes, sexistes, homophobes, racistes (envers les Noirs et les autochtones), anti-intellectuel (adversaire du monde universitaire) et anti-idées de gauche, friand de Fake News (il a dit que le nazisme était de gauche, un classique du confusionnisme d’extrême droite), il est également ultra-libéral et climatosceptique (car cela est souvent lié, les considérations environnementales étant vues uniquement comme un frein au libre-échange pour les capitalistes inconséquents).

Du coup, quand la pandémie de COVID-19 s’est diffusée à travers le monde, il a réagi à l’opposé de la plupart des autres pays du monde, en défense de l’économie du pays et avec un soubassement idéologique ethno-nationaliste. Alors que son gouvernement vote des mesures de confinement, il s’y oppose, invitant même ses suiveurs à manifester ! Quand des élus locaux (des maires par exemple) invitent leurs concitoyens à se confiner, il s’y oppose, préférant par exemple conseiller le jeûne religieux pour conjurer le virus (les croyances religieuses sont souvent un pont vers le confusionnisme). Quand 16 articles d’une loi adoptée par le parlement assure aux indigènes l’accès à l’eau potable, à des lits de soins intensifs spécialement réservés pour eux, et la distribution gratuite de produits de première nécessité, il utilise son droit de veto pour la faire annuler. On perçoit bien le non-respect des principes démocratiques des gouvernants fascisants ici, qui se comportent comme étant au-dessus des lois, et émoustillent ce sentiment égoïste chez les plus frustrés de la population.

“Il affiche sur le sujet, depuis le début, une politique incohérente. Il a qualifié le virus de “petite grippe”, préconisé l’hydroxychloroquine, combattu la vaccination, interdit les restrictions, dénoncé les “pleurnicheries” de la population, etc. Son regard sur la pandémie est un révélateur de son regard sur la société. Un mélange de militarisation, de dérive fascisante, de religiosité aveugle, de corruption, de division sociale, et de calcul économique. Il fait partie d’un lobby baptisé BBB : B comme la bible, B comme les bœufs, B comme les balles. Et cela explique beaucoup de choses”, nous explique France Culture dans un article très intéressant.

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Sauf que. Sauf que le Brésil n’y arrive plus. Bolsonaro a eu beau changer trois fois de Ministre de la Santé pour en trouver un qui validerait ses discours insensés, il a eu beau reconnaître que le COVID-19 n’était pas une si petite grippe que cela, il a eu beau changer de ton sur la vaccination (après avoir condamné les vaccins sans modération au début, il commence à reconnaître son importance désormais), la pandémie atteint des stades alarmants dans ce pays.

Ses errements idéologiques, refusant de reconnaître le réel, refusant de s’appuyer sur la science, ont mené le Brésil et les Brésiliens au chaos, tout simplement. Aujourd’hui, au Brésil, il y a 3000 morts par jour, et le bilan officiel dépasse allègrement les 350 000 décès. Et de nombreux médecins ne font pas confiance aux chiffres officiels (c’est compréhensible, vu la considération pour le réel de l’extrême droite) et pensent que le bilan réel pourrait s’approcher du double !

Extrême droite au pouvoir : égoïsme économique et mépris des autres

Une véritable hécatombe en somme, et qui touche plus particulièrement, comme partout dans le monde, les personnes les plus fragiles, parce qu’obligé.e.s de continuer à travailler, parfois sans protection, parfois au contact de dizaines de personnes par jour, ou parce que déjà porteurs d’autres maladies, parce qu’incapables de se soigner convenablement, faute de moyens, parce que vivant dans un quartier ou une ville où les services publics sont rares voire inexistants, parce que moins au fait de ce qu’il faut faire en cette période de crise, parce que parfois victimes de décisions racistes…

A l’inverse, qui sont ceux qui profitent de la crise (et ceci se vérifie partout dans le monde), notamment quand le Gouvernement décide que l’activité économique doit continuer coûte que coûte ? Les riches industriels dont les salariés se tuent à la tâche, les bourgeois qui peuvent télétravailler ou prendre des vacances, les financiers qui font les bonnes transactions et spéculations (loin, très loin des foyers infectieux). Eux sont tranquilles, car même s’ils attrapent la maladie, ils ont accès aux meilleurs soins, chers, privés, donc jamais embouteillés. Ils peuvent donc sans aucun souci dire que l’économie doit continuer de tourner. Et Bolsonaro, proche de ces riches industriels et des bourgeois, exécute leurs désirs, qui sont aussi les siens, question de classe sociale.

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On le voit donc, la crise du COVID-19 révèle les valeurs profondes de l’extrême droite. Avec le triste exemple du Brésil, on peut voir quelles auraient été les conséquences si un gouvernement d’extrême droite ultra-libéral avait été aux commandes sous COVID-19 : beaucoup de morts, beaucoup de tensions sociales, une explosion des inégalités, et une militarisation croissante pour tenir tout cela.

Et plus révélateur encore. La logique d’extrême droite, extrêmement individualiste et défendant la protection des siens (sur des critères raciaux et/ou religieux en général) au détriment des autres (les autres peuvent crever), devient une tare pour tous, au-delà des frontières. On le voit bien avec cette situation brésilienne qui, à cause de la prolifération de variants, risque de replonger les populations de la planète entière dans de nouvelles vagues de confinement…

Ainsi, à travers l’exemple de la gestion du COVID-19 au Brésil, on comprend que quand l’extrême droite prend le pouvoir, elle contamine tout et tout le monde, dans la seule défense de ses intérêts propres et dans le mépris de ceux qu’elle déteste, les pauvres, les “racisé.e.s”, les homosexuel.le.s, etc., qui peuvent mourir dans l’ignorance. On ne peut pas donc considérer cette “pensée” comme “une pensée comme une autre”. Elle est anti-démocratique, anti-tolérante, et ne peut donc pas être protégée par les idées de démocratie et de tolérance (voir le paradoxe de la tolérance, de K. Popper). Elle doit être combattue et réduite à néant, sans relâche. C’est la seule exception à la tolérance que l’on doit accepter, car elle est la seule condition à l’expression de la tolérance de tous les autres groupes. Et non, ce n’est pas du fascisme que de le dire, c’est la défense d’une Etat de droit réel.

N’oublions pas une donne importante : le libéralisme économique, qui domine un peu partout dans le monde, ne pourra tenir son pari de faire exploser les fortune des plus riches qu’en réduisant la majorité de la population dans une soumission extrême (c’est l’idée qu’en temps de crise, le capital choisit toujours les fascismes aux socialismes). Pour asseoir cette soumission, il joue traditionnellement sur deux axes : 1/ en militarisant le régime politique et en le rendant de plus en plus autoritaire et violent ; 2/ en agitant la menace d’un ennemi de l’intérieur pour qu’une partie de la population soutienne ce nouveau régime autoritaire, trop heureuse d’échapper – en partie – à l’autoritarisme au détriment d’un autre groupe. Deux axes clairement identifiables au Brésil, pays ultra-libéral mais aussi ethno-national…

Le lien entre pensée d’extrême droite et confusionnisme

Si vous voyez des liens entre la vision du COVID-19 de Bolsonaro et celle des nombreux confusionnistes qui jonchent les réseaux sociaux en France et ailleurs, c’est normal.
Derrière leur appel au peuple, leur volonté de canaliser les émotions à vif d’une société sous tension à leur avantage pour la transformer en colère anti-élite (le terme élite étant vague, on peut y faire entrer à peu près ce qu’on veut), on retrouve, plus profondément ancré (et souvent même de manière inconsciente chez eux) un anti-intellectualisme primaire (ils attaquent autant les gouvernants que la sphère médicale ou scientifique, dont ils ne retiennent que les études qui vont dans leur sens), une défense d’individus providentiels (Trump, Raoult par exemple, ce qui est totalement en opposition avec le point précédent, Trump et Raoult faisant partie des “élites”), un fond un peu mystique voire carrément religieux (très visible chez les Tal Schaller, Casasnovas et consorts), et surtout, ironie du sort, une défense de l’économie au mépris du vivant, ressort primordial du capitalisme de droite comme d’extrême droite.

“Doutez des autres, mais pas de nous. Les autres veulent vous faire peur, mais nous non, on vous annonce seulement que tout le monde veut nous tuer.”
“Ils veulent vous tuer avec cette pandémie, mais le COVID-19 n’existe (presque) pas.”
Doubles standards, tout ça pour vous vendre des formations et des produits miracles…

Et c’est à travers ce dernier point qu’on constate que ces groupes d’influence là ne sont pas vraiment pour une remise en cause du système économique : par méconnaissance ou par ignorance, ils le protègent. Et protègent leurs petits intérêts nés d’un effet d’aubaine sur lequel ils cherchent à capitaliser.

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Cessons de croire n’importe qui sous prétexte qu’ils nous font plaisir en accusant celles et ceux au pouvoir. Apprenons à étudier réellement les phénomènes en confrontant les sources plutôt qu’en se faisant enfermer dans des bulles.

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Sources :
https://www.franceculture.fr/politique/jair-bolsonaro-face-au-covid-19-un-revelateur-de-sa-vision-de-la-societe
https://www.20minutes.fr/monde/2819023-20200709-bresil-bolsonaro-edulcore-loi-favorable-indigenes-ong-denonce-posture-genocidaire

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