L'Indigné du Canapé

La Haine qu’On Donne, explications sur un cercle vicieux

La scène d’ouverture est déjà lourde d’enseignement. On y voit un père de famille, à table, expliquer à ses enfants comment se comporter lors d’un contrôle policier. Pourtant quelque chose cloche. Déjà parce que ses enfants sont tout minots. Aussi parce que le père semble partir du principe que ses enfants seront nécessairement en danger, considérés comme criminels et dangereux, face aux forces de l’ordre. Et c’est pourquoi il leur intime, avec force conviction, de se soumettre sans (se) poser de questions, que la cause de l’arrestation soit juste ou non, que la situation dans son ensemble soit juste ou non, que le comportement des policiers soit juste ou non. La famille est américaine, afro-américaine, et cette banalisation d’un futur scénario réaliste et probable, alors qu’il devrait être parfaitement rare et anormal, met mal à l’aise.

Evidemment, ce qui devait arriver finit par arriver, et un scénario catastrophe a lieu, mettant en scène un jeune, Afro-américain, et un policier. Le début du cauchemar commence dans la famille, la communauté, le quartier. Beaucoup d’injustices (systémiques) sont passées sous silence, jusqu’à ce que l’une d’entre elles crée une faille dans la logique sociale. Ce film, c’est l’histoire d’une de ces exceptions qui fait date.

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Synopsis :
Starr est témoin de la mort de son meilleur ami d’enfance, Khalil, tué par balles par un officier de police. Confrontée aux nombreuses pressions de sa communauté, Starr doit trouver sa voix et se battre pour ce qui est juste.

L’histoire est fictive, mais ressemble comme deux gouttes d’eau à de nombreuses histoires qui agitent malheureusement trop souvent les quotidiens américains, ou français. Un jeune homme tué par un policier, sans raison apparente, ou plutôt, parce qu’il n’est pas né avec la “bonne” couleur de peau, parce qu’il n’a pas le “bon” âge, la “bonne” tenue le “bon” comportement… Tout du moins, parce qu’il a les caractéristiques qu’un policier, peut-être plus fatigué ou tendu qu’à son habitude, apprend à juger comme suspectes. D’où l’importance cruciale de réformer cet organe autoritaire (et de classe) qu’est la police…

Face à ce genre de situation, soit l’on considère que la vie est ainsi faite, et que le courant social est trop fort pour être remonté seul(e). Ou bien, l’on se dit que chaque décision doit être un effort musculaire et intellectuel pour aller à contre-courant et changer le cours des choses. Comme Starr dans le film, comme Amel, Assa, Doria et Sofia, et tant d’autres dans la vraie vie.

Mais s’opposer à la banalisation de l’anormal et de l’injuste comme le fait Starr dans le long métrage, c’est se confronter à toutes les résistances, à tout ce que ce monde possède de plus conservateur et d’autoritaire.
Ici, la police cow-boy et le système judiciaire bancal. Là, les politiciens et les idéologues des médias, toujours prompts à voir la violence des modestes, jamais celle des puissants. Là encore, les petits trafiquants gênés que leur quartier soit sous le feu des projecteurs. Alors que faire ? Se taire une fois de plus, au mépris du “bien et du juste”, ou prendre tous les risques pour incarner un véritablement changement dans ce monde ?
Beaucoup jetteraient l’éponge face à la peur des gangs et de la police (qui agissent un peu pareil), face à l’angoisse de voir ses propos déformés dans les médias et dans la bouche des politiciens… Heureusement, d’autres tiennent le coup. Ceux-là sont de véritables lanceurs d’alerte. Ils ont du courage pour mille et méritent un respect immense. Starr est de ceux-là. Pour le meilleur et pour le pire.

Le relativisme de certains (dominants dans l’échelle socio-économique) font qu’il leur est plus confortable d’accuser ceux qui montrent les immondices de ce monde que ceux qui les produisent. Le conservatisme et l’autoritarisme sont une chape de plomb sur l’idée même de chemin vers un monde plus serein. Elle vient de là, la haine : de ceux qui disent qui sont les “bons” et les “méchants”, sans préciser qu’ils soutiennent le camp de ceux qui amènent du malheur au monde, par les injustices, les inégalités, les dominations sexistes, racistes, classistes…

En ces temps où la parole sur les violences et le racisme policiers se libèrent, ce film montre les difficultés grandioses qu’affrontent les lanceurs d’alerte, et la férocité d’une caste qui refuse que les choses changent, qui refusent de céder la moindre parcelle d’égalité, pour leur petit confort individuel.
Il montre aussi (avec une certaine lourdeur parfois), le complet aveuglement du monde “blanc” à la réalité que subissent les Afro-américains. Starr allant dans une école privée et étant l’une des rares Noires s’y trouvant, elle navigue entre deux mondes, et n’assume pas de devoir révéler les difficultés qui existent quand on est Noir aux Etats-Unis devant ses amis qui ne se doutent de rien, à aucun moment… Ah, le fameux “privilège blanc”, ah la fameuse technique consistant à critiquer des mots plutôt que la réalité qu’ils désignent…

Ce film n’est pas une grande oeuvre cinématographique, aux plans recherchés et au jeu d’acteurs décoiffant, mais il aborde des questions cruciales sur le racisme, les violences policières et les injustices aux Etats-Unis, et le fait avec une certaine acuité. En bref, La Haine Qu’on Donne est d’utilité publique. Visionnez-le sans hésiter !

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