L'Indigné du Canapé

Un Hold-Up mental et financier (mais pas scientifique)

Petit argumentaire à propos du “documentaire” Hold-Up :

Ce qui est fou avec ceux qui veulent croire en une “vérité alternative” (donc en des mensonges), c’est qu’ils en oublient l’esprit critique qui les a amenés à ne plus croire en la vérité dite officielle.
Que les politiciens mentent, soit, et qu’ils le fassent de plus en plus, soit. Trump joue du mensonge à gogo, mais Macron aussi, et des Présidents l’ont fait avant eux.
Que certains médias ne critiquent pas le pouvoir, que les éditorialistes experts en rien du tout laissent passer les mensonges voire en créent par approximation et bêtise, soit.

Mais tout cela s’explique très rationnellement, à la fois par le changement de modèle économique de la télé notamment (l’information en continu et les débats d’experts poussent à créer du sensationnel, pour faire de l’audience, pour remplir le vide, et cela peut amener à l’approximation et à l’erreur), et par ce qu’on appelle en sciences politiques la “démocratie de l’opinion”, c’est-à-dire la volonté des politiciens de dire ce qui va dans le sens des sondages, quitte à se désavouer quelques jours ou semaines plus tard (l’exemple des masques un jour inutiles puis le lendemain obligatoires est assez significatif ce cet amateurisme).

Argent et pouvoir. Voilà en résumé ce qui peut expliquer un rapport de plus en plus distendu à la vérité dans les sphères dominantes de la société. Et cela doit amener les citoyens à plus d’esprit critique, oui.

Mais de là à n’avoir plus aucun esprit critique à propos de ceux qui arrivent en annonçant “critiquer” la vérité officielle, c’est absurde. Prenons par exemple le docu Hold-Up (dont un twittos vous propose un petit résumé plutôt honnête) :

Ne pas voir dans ce docu, et ce en quelques minutes seulement :
1/ Les plans séquence très courts et non contextualisés (matraquage rapide d’informations non vérifiables – et non vérifiées), sur fond noir et dans l’ambiance d’une musique digne d’un film à suspense. Tout cela a pour effet de mettre le spectateur dans une dynamique de méfiance, de suspicion. Même le dessin animé Dora L’Exploratrice pourrait paraitre suspect avec cette musique en fond…
2/ Les fausses informations (voir l’article de Science et Avenir dans les sources), les témoignages absurdes, les chiffres avancés sans explications ou précisions s’enchainent (de manière pire qu’à la télé, et certainement pire qu’en lisant des ouvrages spécialisés). On a des affirmations, des graphiques, mais sans détail, sans décryptage véritable. Où sont les explications sur les zoonoses ? Où sont celles sur la cause capitaliste (au sens large) des pandémies ? Où sont les justificatifs de la seconde vague de Covid ? Tout est conservé dans le brouillard, à dessein.
La technique du millefeuille argumentatif est parfaitement illustrée par ce documentaire qui compile des dizaines et des dizaines de petites idées imprécises voire fausses, mais organisées autour d’une ou deux idées vraies qui font office de “pied dans la porte” (c’est de la manipulation pure, mais bizarrement, celle-ci est validée par ceux qui disent défendre la vraie vérité qui n’est jamais celle des dominants)

3/ Les superpositions texte/image manipulatrices (ce magnifique Vuillemin, “expert en fraude scientifique” devenu rapidement “expert en métrologie de la santé”, quel génie, quel machiavélisme !)

4/ Les confusions volontaires entre différents sujets (d’ailleurs, plusieurs intervenants du documentaire comme Douste-Blazy ou Pinçon-Charlot (second témoignage ici) se sont désolidarisés car le montage tronquait leurs propos, changeait le sens de leur message, bref, les trompait eux et les spectateurs). Mais ça bizarrement, tout le monde l’oublie.
5/ Les témoignages à charge, sans aucun débat contradictoire (oh tiens, comme sur les talk-show de la télé, mais là encore, personne pour s’en offusquer)… Sans compter que la grande majorité des intervenants est à rapprocher de la sphère réactionnaires (voire d’extrême droite), d’où aussi une certaine réticence à ériger le modèle économique capitaliste dans son ensemble (et pas seulement Macron ou Bill Gates) comme responsable de cette pandémie, des inégalités, etc.

6/ L’idée de fausse simplicité : la construction même du récit nous fait croire que tout est lié, relié, organisé, planifié. C’est l’idée du rasoir d’Ockham : théoriquement, la l’hypothèse la plus simple est celle qui doit être analysée en premier. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elle est la meilleure, la plus juste. Pourtant, le documentaire semble s’être contenté d’accumuler des petites idées simples (combien d’anecdotes, de cousins qui ont vu ci et de grand-mères qui ont vécu ça, avec une rigueur scientifique proche de zéro ?), et de partir du principe qu’elles aboutissent à une évidence holiste : grâce à toutes ces petites histoire de famille et ces quelques grands méchants de film, on peut enfin comprendre le monde d’un coup, comme c’est rassurant !
7/ Si le début du docu peut donner quelques faits à ronger, cela n’excuse en rien la fin. A partir de 2h12 minutes d’images, la révélation mystique est faite et à partir de là, les discours se lâchent : il faudrait arrêter de croire la science, et s’appuyer sur une lettre du Vatican (?) et une profileuse pour comprendre la vie (en gros, si vous voulez économiser 3h de temps, regardez simplement les 40 dernières minutes).
8/ Enfin et surtout, comment ne pas voir que là aussi, la post-vérité s’explique par notre modèle économique : puisque c’est vendeur (combien de thunes récoltées pour faire ce reportage, 300 000 euros environ ?) de faire du fake grandiloquent, pourquoi s’en priver ?
D’ailleurs, il est intéressant de noter que l’affiche initiale du docu affichait dans l’un des yeux le logo de CNews… Mais la chaîne ayant accepté de parler dudit docu, l’affiche a changé, remplaçant CNews par une autre chaîne. Tu parles d’un parti pris, tu parles d’une cohérence ! Imaginez ce même retournement de veste de la part d’un dirigeant politique ou d’une chaîne de télé…

Et nous, en tant que spectateurs, pourquoi se laisser berner ? Juste parce que la personne qui réalise dit faire quelque chose qui “dérange” ? Est-ce un argument rationnel, scientifique ?
N’est-ce pas le même propos que Praud qui se défend quand on accuse son émission d’être nulle ? Zemmour de prôner des idées racistes ?
Nous laissons-nous berner juste parce qu’on est énervé contre les “zélites”, juste parce qu’il est difficile d’accepter la complexité du monde est le doute qui va avec ?

Lire aussi : Le fonctionnement de la pensée complotiste

Au-delà des arguments que j’ai pu développer dans mon article sur le fonctionnement de la pensée complotiste, j’ai lu récemment un autre argument qui m’a paru crucial : un des points communs que l’on peut observer chez les complotistes, c’est le refus d’être dans la moyenne d’être dans la norme. Celui qui passe son temps à faire des recherches sur des sites de plus en plus obscurs, découvrant des éléments de plus en plus invraisemblables, qui commence à se croire plus “éveillé” et “conscient”, qui progresse au sein d’un petit groupe de “sachants”, a l’impression de s’extraire de la masse, d’être différent, d’être particulier. Sa croyance devient sa fierté. Cela le place dans le rôle du visionnaire, du héros, du Néo de Matrix. Et ça, un documentaire comme Hold-Up surfe dessus à 100%. Et pourtant…

Critiquer les dominants pour leur gestion des choses (politique, médiatique, économique), oui !
Chercher d’autres sauveurs utilisant les mêmes méthodes ? Certainement pas.

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Sources :
https://www.courrierinternational.com/article/decryptage-hold-mecaniques-du-documentaire-qui-denonce-une-manipulation-mondiale-du-covid-19
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/covid-19-4-fake-news-majeures-presentes-dans-le-documentaire-complotiste-hold-up_149107
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