Stop aux violences policières, oui aux réformes prioritaires !

Les mêmes qui ne croient pas aux déterminismes, les mêmes qui pensent qu’on est entièrement libre de devenir ce que l’on a envie d’être, trouvent des excuses aux fonctionnaires de police violents, qui, bien qu’ils soient assermentés et que leur rôle soit préventif et informatif (leur rôle n’a jamais été de rendre justice, encore moins à eux-mêmes en se défoulant sur des civils !), se permettent d’engueuler, d’insulter, d’humilier, de gifler, de taser (envoyer des décharges électriques), voire de bastonner à coups de godasses, de poings, de matraques, des jeunes ou moins jeunes, en grande majorité vivant en banlieue, en grande majorité Arabes ou Noirs, puisque c’est là qu’on parque les personnes avec ces « faciès » (c’est le terme consacré) en France.

Les excuses qu’on leur trouve, aux fonctionnaires de police ? Ils travaillent dans un contexte difficile, voire violent, on ne les aime pas, on les insulte à longueur de journée, ils sont sous pression, font beaucoup d’heures sup’, sont en sous effectif, ne font pas un boulot facile… Certes, tout cela est vrai. Mais cela autorise-t-il ce genre de comportements, de la part de personnes payées pour « garder la paix » ? Peut-on cautionner que des personnes payées par nos impôts, à qui l’on offre un gigantesque pouvoir (être les dépositaires de la violence légale, celle de l’Etat, à n’utiliser qu’en situation extrême), l’utilisent à l’envi, de manière agressive, parfois même de manière raciste et injuste ? Alors qu’ils devraient au contraire être des personnes supérieures, plus fortes, plus sereines, plus calmes, plus intelligentes, plus grandes d’âme, en quelque sorte ?

Un renversement des valeurs

Et si ces excuses sont recevables concernant les policiers, qui il est vrai, travaillent dans un contexte parfois très détérioré, que dire de ces jeunes insultés, humiliés, bastonnés, violentés, parfois agressés sexuellement, qui eux, vivent au quotidien, et souvent depuis leur plus tendre enfance, dans un contexte difficile ? Pour eux, ce n’est pas un choix de métier, c’est une sentence qui leur est tombée dessus à la naissance (ici ou ailleurs), et qui ne disparaît pas (pas même un petit peu) une fois l’uniforme tombé.

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Les mêmes qui sont rapides et efficaces à trouver des excuses (« de gauchistes » ?) aux policiers ne peuvent-ils pas reconnaître que vivre dans des ghettos, entre gens pauvres, entre gens qui galèrent, qui ont du mal à trouver du travail, qui subissent des discriminations diverses, à l’embauche, au logement, parfois à l’école, dans la rue, souvent face à la police et face à la justice, et dans leurs interactions du quotidien, à cause d’un quartier, d’une religion (parfois supposée), d’une couleur de peau, d’un accent, d’un accoutrement, bref, que vivre dans ces conditions indignes d’une grande puissance financière comme la France favorise une certaine forme de violence ?

Ne peuvent-ils pas reconnaître la difficulté de vivre ces vies, de subir ces rabaissements, cette négation même de leur identité, et l’immense mérite de la grande majorité de ces personnes d’essayer de sortir la tête de l’eau, de trouver des solutions par le haut, même si de ces personnes-là, les médias ne parlent pas, car leurs choix de vie sont moins croustillants pour leurs émissions tapageuses et destructrices de lien social que ceux des petits gangsters du pauvre ?
Ne peuvent-ils donc pas faire preuve d’empathie, ces pro-policiers ? Est-ce parce que ces jeunes ne leur ressemblent pas qu’ils n’y arrivent pas ? Est-ce un vieux relent autoritaire, conservateur voire raciste qui explique ce deux poids deux mesures au moment d’excuser une police injuste et de condamner une jeunesse écœurée ?

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Jaune fut la prise de conscience

Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, débuté en novembre 2018 et fort de près d’une année de mobilisations, les violences policières sont sorties des banlieues, et ont été perpétrées sous l’oeil des caméras, dans les centre-villes et les ronds-points, sur des personnes blanches, des personnes âgées, des personnes handicapées, des femmes, des enfants… Elles ont littéralement explosé à la figure de gens de bonne foi, qui pensaient naïvement parfois que les habitants de ces banlieues en étaient les principaux responsables. Elles ont pris une autre dimension, quand elles ont visé des étudiants de fac (voire des lycéens mis à genoux comme des terroristes, imagerie d’un mauvais film américain), ou quand elles ont visé des journalistes, ou des observateurs internationaux, ou des StreetMedics en manifestation, ou encore quand elles ont visé des enseignants, des militants écologistes ou indépendantistes (en Espagne) ou encore des pompiers, tout récemment encore !

Bref, à l’heure actuelle, tout ceux qui manifestent contre le Pouvoir se heurtent à SA police, ce qui n’a rien de bien réjouissant concernant la démocratie, assise (normalement) sur la séparation des pouvoirs et l’Etat de droit. Un droit censé être le même pour tous !

De ces violences désormais figées dans les mémoires, inexplicables, inexcusables, il est temps de faire quelque chose.

4 axes de transformation concernant la police

Il faut en faire quelque chose au niveau judiciaire : il est anormal que les policiers jugés pour des violences illégitimes ne soient jamais condamnés, ou alors à des peines dérisoires. Cela alimente le sentiment d’impunité qui règne au sein de ce corps de métier, alors que rappelons-le, être policier ne donne pas le droit d’user de la violence de manière arbitraire, bien au contraire. Il donne surtout des devoirs, les plus grands des devoirs : le devoir de garantir un sentiment de sécurité à tous, à l’aide de bienveillance avant tout, et parfois, quand la situation l’exige, d’une violence proportionnée. Rien de plus. Cela devrait être un ultime recours pour des personnes saines d’esprit, tolérantes, et toujours prêtes à aider plutôt qu’à soumettre. Ce n’est pas ce que l’on constate.

Il faut également en faire quelque chose au niveau policier, et plus spécifiquement au niveau du recrutement dans la police. Aujourd’hui, intégrer les rangs du bras armé de l’Etat est presque aussi simple que d’être recruté chez McDo. Le niveau d’études est dérisoire, les tests d’entrée sont très faciles, et ce qu’on y apprend en école manque cruellement de contenus théoriques, sociologiques, économiques, de droit. Seuls les tests physiques peuvent en décourager certains (et encore). Ce qui signifie qu’on peut devenir agent de police et n’avoir que peu de connaissances et d’esprit critique, donc obéir benoîtement à des ordres aussi injustes soient-ils. Qu’on peut être agent de police et tenir des discours dignes de piliers de bar bourrés et un peu racistes à une heure avancée de la nuit (alors que, rappelons-le, le policier est payé par nos impôts et doit respecter, que dis-je, même incarner le droit français). Oui, aujourd’hui en France, on peut être policier et ouvertement raciste, sans que cela ne dérange le moins du monde la hiérarchie. Il y a eu également de nombreuses vidéos montrant comment certains groupuscules identitaires pourtant violents pouvaient être ignorés par la police, même lorsqu’ils provoquent ou agressent d’autres groupes ou des manifestants en pleine rue. Confirmant l’idée que la police est moins gênée par les groupuscules d’extrême-droite que par de simples manifestants, et bien sûr, que par les antifascistes. Et on a déjà parlé des violences dans les quartiers, des actes anti-démocratiques commis par certains policiers sur certains jeunes, mais il faut croire que cela n’empêche aucun gouvernement de dormir. C’est pourtant d’une gravité sans nom, surtout dans un pays où le RN convainc une bonne partie des votants : imaginez la même police, avec les mains encore plus libres, sous un gouvernement anti-démocratiques souhaitant remettre en cause l’état de droit, notamment l’égalité de tous devant la justice.

Bien entendu, outre le recrutement, il est urgent de transformer les politiques auxquelles sont soumis les agents de police, et notamment la politique du chiffre. Une chose est évidente, mais rappelons-la : on ne trouve que ce que l’on cherche. Et la politique du chiffre, qui valorise le nombre d’enquêtes résolues (quantitatif) par rapport à la qualité/difficulté/importance de l’affaire résolue, conduit les agents à une chose : ne traiter que des affaires qu’ils pourront facilement résoudre. Quelles sont ces affaires ? Des affaires de possession ou de petits trafics de drogue, des affaires d’étrangers en situation irrégulières… La délinquance en col blanc est bien évidemment la dernière sur la liste.
On le voit clairement, cette politique du chiffre favorise des comportements de facilité, et renforce les contrôles au faciès, au détriment du traitement de vraies affaires, graves. En bref, ce n’est pas parce que les statistiques policières s’améliorent que toutes les formes de délinquance baisse, et la délinquance « résolue » est stigmatisante et n’a rien à voir avec la délinquance réelle.
Ceci est un problème majeur qui nécessite une refonte totale du Ministère de l’Intérieur et du rôle de la police. La police, outre protéger et servir, doit aussi se focaliser sur les vrais problèmes qui minent notre société… Les fraudes fiscales par exemple !

Mais surtout, surtout, il faut agir au niveau économique et social. La spirale de violence à laquelle nous assistons dans nos sociétés occidentales dites démocratiques est clairement liée à la crise prolongée dans laquelle sont ces pays depuis 30 ans, crise entretenue par une politique néo-libérale qui creuse les inégalités et empêche les prolétaires (des quartiers, des campagnes, des rues) d’accéder à un niveau de vie convenable.
Tant que l’on ne permet pas aux individus de vivre convenablement, on les met dans la possibilité légitime de chercher des moyens (potentiellement illégaux) de subsister. On crée donc le terreau à des violences, et l’on met la police (mais aussi la justice, la santé, l’éducation) en première ligne face à un problème qui n’a rien d’individuel, mais qui est systémique. A travers l’action policière légitimée quoi qu’il arrive, on est face à un pouvoir libéral qui ne tente pas de régler son compte à la pauvreté, mais de régler leur compte aux pauvres. Et pour justifier cette politique, il faut clairement accuser les pauvres de tous les maux. Et ce discours est difficilement soutenable, sauf si l’on fait en sorte de montrer que les pauvres de banlieue ne sont pas les mêmes que les pauvres des campagnes, pour qu’ils se dévisagent et se toisent plutôt qu’ils ne s’apportent un soutien mutuel…

On voit bien comme le pays le plus riche du monde – les USA – traite les inégalités (très mal, vu qu’elles explosent), et on voit bien le lien ténu entre le niveau d’inégalités et les violences policières (qui sont très nombreuses elles aussi, et spécifiquement contre les minorités noires et latino-américaines)… On voit bien comme partout dans le monde, et notamment dans les pays riches, le seul moyen de tenir le peuple face à une élite de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus tenus éloignés des moyens de leur émancipation, c’est la violence policière !

Il faut que l’on prenne ces soucis à bras le corps, pour ne pas voir la police – parfois à son corps défendant – creuser le fossé entre différents citoyens, fossé qui n’arrange finalement qu’un seul groupe : celui des nantis (les grands patrons, les financiers, les politiciens, les médias chiens de garde), qui ne survit que parce que nous sommes divisés !

A méditer.

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Sources :
https://www.lepoint.fr/faits-divers/violences-policieres-la-condamnation-qui-embarrasse-la-france-27-05-2019-2315369_2627.php
https://www.streetpress.com/sujet/1495554039-morts-victimes-police
http://www.slate.fr/story/139493/policiers-militaires-vote-fn
https://www.revolutionpermanente.fr/Pourquoi-les-policiers-votent-ils-FN
https://fr.express.live/lextreme-droite-europeenne-cherche-a-recruter-des-policiers-et-des-militaires/