L'Indigné du Canapé

Dragon Ball Z, une oeuvre engagée, voire révolutionnaire !

Toutes les personnes qui ont entre 10 et 40 ans aujourd’hui connaissent Dragon Ball Z, formidable manga dans lequel le Bien et le Mal s’affrontent au milieu d’un univers fantastique, entre tradition et modernité (phrase cliché pour décrire le Japon, mais qui fonctionne bien aussi, pour ce manga mythique). Mais qui s’est déjà demandé si l’œuvre monumentale signée Akira Toriyama n’était pas, en sous-texte, une formidable critique politique de notre monde ?

Alors certes, dans DBZ, les gars (et trop peu de gos, #RôlesGenrés) passent leur temps sur les champs de bataille, mais il faut voir cela comme une métaphore d’un combat idéologique entre les vrais, défenseurs de valeurs anarchistes, marxistes, mais aussi écologistes (il faut sauver la Terre, ses arbres, ses ruisseaux et ses oiseaux, souvenez-vous de  la tirade de C16 !) et les faux, qui ne veulent que dominer, dominer, dominer, quitte à détruire, détruire, détruire.

Cela peut se vérifier à tous les niveaux dans DBZ, et c’est ce que je vais tenter de vous démontrer.

Du côté des gentils, un monde de Bisounours mi-écolo mi-anarchiste !

Commençons par Son Goku (ou San Goku en français), le héros de la saga. Déjà, le mec est étranger (#RNenPLS), il vient carrément d’une autre planète, et il a la méchante tendance à se transformer en gorille géant à chaque pleine lune. Cela lui pose de vrais problèmes d’intégration. Eh oui, Goku subi une sorte de racisme culturel, comme à chaque fois qu’on lui demande pourquoi il a une queue, ou qu’on lui fait remarquer qu’il est bizarre, parce qu’il a une coupe de cheveux improbable, qu’il mange trop, qu’il ne sait pas se comporter en public, etc.

Malgré tout, Son Goku grandit, et se fait plein d’amis, tous plus différents les uns des autres, car le mec est inclusif au possible, la preuve avec tous les amis – différents, voire étranges – qu’il se fait au cours de sa vie :

Bulma incarne une critique de la socialisation genrée qui domine dans nos sociétés actuelles. En effet, on apprend aux filles à être filles dès le plus jeune âge. Et parmi ces différences d’éducation liées au sexe de l’enfant, on retrouve l’orientation scolaire. Les filles sont censées être meilleures dans les matières littéraires, les garçons dans les matières scientifiques. Et bah non, Bulma, elle, est un génie scientifique – elle devait avoir 20/20 en maths, en techno et en physique – et à la suite de son père, a bâti un empire industriel à la Elon Musk, baptisé Capsule Corporation. Et en plus, elle est aventurière et sportive, courageuse… Bref, une femme avec de sacrés attributs dits “masculins”. La preuve qu’avoir un sexe qui pendouille ne détermine pas la capacité à être fort, courageux, intelligent, de la même manière que ne pas avoir ce sexe qui pendouille ne rend pas nécessairement empathique, doux, soigneux, à l’écoute… 

Mais Goku se fait également d’autres amis surprenants au cours de son aventure, et tous incarnent une cause ou une certaine vision du vivre-ensemble :
– Krillin (Kuririn) est nain et ne possède pas de nez, c’est dire à quel point il était censé mal partir dans la vie. Pire, sa femme C-18 est un cyborg, ou plutôt une sorte d’humaine cybernetisée (et qui sait se battre, comme un autre bon coup de poing aux stéréotypes). Et entre eux deux, ça fonctionne, ils ont même une fille ensemble.
– Ten Shin Han possède un troisième oeil (why ?) et entretient une relation très tendancieuse avec un petit camarade fantomatique au physique de lâche nommé Chaozu : mais on ne juge pas. D’ailleurs, personne ne les juge dans l’univers de DBZ. Ils sont bien ensemble, et on les laisse tranquilles.
– Piccolo (ou Petit Coeur, en VF), lui, vient d’une autre planète (Namek) où tous les habitants sont asexués : il n’y a pas de binarité, et la reproduction se fait en pondant des oeufs par la bouche. Ça c’est moderne ! De plus, à la base, c’est un méchant, qui rêve de tuer Goku. Mais ce dernier a un coeur tellement grand qu’il finit par le ramener dans le côté lumineux de la Force.
– Vegeta est un être orgueilleux, jaloux, misanthrope et pourtant, Goku arrive à l’intégrer lui aussi (modestement) à son gang de gentils bras cassés héros. Vegeta va carrément se caser avec Bulma, notre génie, avec laquelle il aura deux enfants, et apprendra peu à peu à se décoincer et à apprécier les petits plaisirs de la vie. Tout en se battant pour défendre la jolie nature de la Terre, ainsi que ses habitants. 

Goku est aussi ami avec un ex-combattant en surpoids (Yajirobe), un chat (Maître Karine), un cochon (Oolong), un vieillard pervers (Tortue Géniale/ Kame Sennin), bref, avec tout le monde et n’importe qui, même les plus moches et méchants en apparence. Il n’y a pas d’a priori chez lui, et c’est ce qui fait sa force. Et cette capacité à fédérer, à rassembler, elle ressemble au socialisme (historique hein, la base de l’anarchisme et du communisme), n’est-ce pas ? Goku ne demande rien à personne, il convainc, et il accueille, toujours à bras ouvert : “De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”, pourrait être sa devise. 

D’ailleurs, quelle attaque est plus collectiviste que le Genki Dama, que Goku apprend auprès de Kaio-Shin ? C’est en collectant l’énergie de tous les êtres humains, des animaux et des plantes que notre super-héros forme une boule d’énergie capable de tuer n’importe qui.
C’est grâce à un Genki Dama géant que Goku parvient à terrasser le tout dernier ennemi de la saga, Petit Buu. C’est donc grâce aux efforts conjugués de tous les Terriens, ensemble, mains (en l’air) dans la main, que le Bien survit au Mal, que la planète Terre est sauvegardée, que la vie peut suivre son cours… Non, vraiment, vous ne voyez pas l’idée du collectivisme derrière cette métaphore guerrière ? 

Seul bémol sociologique dans Dragon Ball Z : Chichi, la femme de Goku, est l’archétype de la femme au foyer, qui s’occupe de l’éducation des enfants, fait la cuisine, se plaint que son mari ne travaille pas… Alors qu’elle était une vraie (com)battante quand elle a rencontré son flemmard de mari ! Où est passé ton progressisme humaniste sur ce coup, Toriyama ?

Eh oui, car Son Goku vit sa vie comme il l’entend, avec une innocence inouïe, et ne se soucie pas vraiment des conséquences de ses actes. Se balader, dormir, manger, pêcher, sont ses activités principales quand il n’est pas sur les champs de bataille. Pas du tout consommateur, à l’écart de la vie urbaine (comme la plupart de ses amis), il vit une existence simple et rythmée par la nature. En fait, Goku est une sorte d’anarchiste écologiste (et un peu individualiste), un transcendantaliste à la Thoreau ou Emerson ! Mais pas uniquement : sa capacité à passer du comportement le plus individuel à la dévotion la plus totale pour le bien de tous fait de lui bien plus qu’un anarchiste individualiste. Elisée Reclus, célèbre géographe anarchiste français (lui aussi écologiste avant l’heure), ne disait-il pas que l’anarchie était la plus haute expression de l’ordre ? Là encore, une phrase qui résonne dans l’épopée de Son Goku, dans sa volonté que la paix règne sur le monde. 

Voir aussi : Qu’est-ce que l’anarchisme ? (vidéo)

On pourrait aussi le voir comme l’antithèse des valeurs de droite : le travail ? Pas pour lui. La famille, la patrie ? Il n’en a pas grand-chose à faire, vu comment il s’occupe (à peine) de sa famille, et vu qu’il tue tout ce qui lui reste de liens du sang (Raditz et les Saiyans en général) pour défendre la Terre (des étrangers pour lui). La force ? Oui, bien sûr, mais pas pour dominer, plutôt pour protéger, pour la paix, en somme. Il n’y a qu’à voir comme son fils, San Gohan rejette la recherche effrénée de puissance, et ne veut se servir de ses capacités que pour protéger, et défendre la Nature… 

Et les méchants, on en parle ?

Du côté des méchants, trois big boss qui symbolisent trois grand maux !

Freeza, ou la critique de la toute puissance dynastique et colonisatrice

Freeza (ou Freezer, en français) est un extraterrestre (comme Son Goku, du reste) qui tyrannise l’univers. En effet, sa mission (ou sa passion ?) est de coloniser les différentes planètes, d’en tuer tous les habitants (ou de les recruter dans son armée s’ils sont assez puissants) et de les revendre au plus offrant. On se demande bien à quoi lui sert sa “richesse”, d’ailleurs, vu qu’il s’accapare tout, et domine tout le(s) monde(s) sans partage.

Son personnage semble tout à fait emblématique de la période de la colonisation. Freeza, en véritable colon, s’approprie ce qui ne lui appartient pas par la force, et soumet chaque planète, une à une, à son ambition tyrannique. Seule l’intervention salvatrice de Son Goku et ses camarades met fin à son règne. D’ailleurs, le terme de “règne” n’est pas choisi anodinement car on apprend par la suite (alors qu’on le croyait mort) que Freezer est un Prince, son père répondant au nom de Roi Cold. Ces étranges personnages viennent de la planète Cold, et ont pour ambition démesurée de conquérir et dominer l’univers, pour des raisons économiques, mais aussi de prestige, de puissance, pour montrer la supériorité de leur dynastie à tous. Et quel pouvoir plus injuste que le pouvoir dynastique, hérité par le sang, autoritaire et arbitraire.

Ceci ne peut nous empêcher de penser à une critique du fonctionnement de nos monarchies du Moyen-Âge, et de leur propension à la conquête. Par extension, on pense évidemment aux grandes découvertes, mais aussi à la violence de l’éradication des peuples autochtones, et au commerce triangulaire et à l’esclavage. Et bien sûr, l’époque coloniale n’est pas en reste, et elle a elle aussi amené son lot de massacres, d’accaparement de richesses, de domination physique, politique, culturelle, économique… 

Voir aussi : Aux origines de la Commune de Paris (vidéo)

Freeza est définitivement une formidable et horrible métaphore de tout cela, et le fait qu’il ait été extrêmement difficile à mater (c’est l’un des rares méchants qui revient plusieurs fois dans la saga) en dit long . Très long… 

Cell, ou la critique de l’être supérieur (en mode nazi)

Cell. Comme son nom l’indique, Cell est une combinaison de cellules savamment dosée, créée à partir des cellules de tous les meilleurs guerriers peuplant la Planète Terre (Son Goku, Vegeta, Piccolo, etc.). Son inventeur, le Dr Gero, est un scientifique fou, survivant de l’annihilation de l’Armée du Ruban Rouge par Son Goku, encore enfant à l’époque. Désireux de se venger de son ennemi juré, il a fabriqué différents cyborgs (de C1 à C20), toujours plus aboutis et puissants, afin de réaliser son vœu le plus cher.
Note : L’Armée du Ruban Rouge est une critique non voilée à l’Armée Rouge de l’ex-Union Soviétique, émanation violente d’un état hiérarchisé et donc dévoyant la pensée communiste (malgré la manière dont il se définissait et dont il était défini). En réalité, dès que les Bolchéviques se sont imposés sur les soviets (en quelques mois), l’utopie communiste était morte en Russie, et c’est de fait un capitalisme d’Etat qui y a régné durant 70 ans. 

Mais Cell est véritablement sa création la plus absolue. Ayant des cellules cyborg, il a une énergie inépuisable. Ayant du sang Saiyen, il progresse de combat en combat. Ayant du sang Namek, il sait régénérer son corps. Mais il est également capable de se métamorphoser (deux fois) afin d’atteindre sa dernière transformation, l’ultime, la totale. Afin de réussir ces deux métamorphoses, il doit absorber d’autres créations du Docteur, C-17 et C-18.

Le corps parfait, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Les théories eugénistes, nées au XVIIème siècle et très pratiques pour justifier l’esclavagisme et le colonialisme (et leurs massacres et génocides), ont abouti au grand traumatisme du monde occidental au XXème siècle : la Seconde Guerre mondiale et le Génocide des Juifs et des Tziganes, mais aussi au massacre des personnes malades ou handicapées, à celui des communistes, des syndicalistes et des résistants en général.

On peut clairement établir un parallèle entre ce Dr Gero, obnubilé par la vengeance, le désir de puissance, et la volonté de créer l’armée parfaite, le corps parfait, et la théorie nazie, ou encore les horreurs perpétrées par un Mengele, médecin allemand du IIIème Reich ayant effectué de nombreuses expériences génétiques sur des détenus en camp afin notamment de prouver la supériorité de la race aryenne, sans aucune compassion envers ces personnes qu’il pouvait tout à fait décider de tuer sur un coup de tête, avant ou après expérimentation…

Cell est beau, séduisant, c’est un méchant charismatique qu’on adore détester, et c’est cela qui le rend d’autant plus flippant. Les théories eugénistes, virilistes, nationalistes, flattent l’ego, boursouflent les sentiments de fierté, mais c’est toujours au détriment, à la fois de son individualité d’être à part entière (C-17 et C-18 peuvent en témoigner), mais aussi de son humanité, qui fait que nous sommes tous frères, peu importe le pays, le continent, (la planète), la religion, la couleur de peau… Piccolo peut en témoigner, lui qui vient d’ailleurs et qui est Dieu sur Terre ! 

Buu, ou la critique de l’hyperconsommation et de l’hypercapitalisme

Buu (ou Boo, voire Booboo en VF) est un mignon méchant qui ressemble plus à un bébé extraterrestre à l’allure de Chewing-gum qu’à un roi colonisateur et sanguinaire ou à une créature nazie. Et pourtant, lui aussi fait possiblement référence à un système injuste et violent qui empêche les individus de vivre convenablement. Ce système injuste, c’est le capitalisme et plus précisément, la société de consommation et ses excès.
Note : il est vrai que le véritable méchant dans le troisième grand volet de DBZ n’est pas Buu mais Majin Buu, un petit guerrier entièrement et parfaitement maléfique, qui ne correspondra pas au portrait que je vais dresser ici. 
En effet, Buu (le bébé balourd en forme de boule de gum) est une version adoucie de Majiin Buu, adoucie à cause de son assimilation lors d’un combat passé du Grand Kaio Shin, qui va prêter à Buu son caractère enfantin, gourmand, mais aussi capricieux.

Buu est le méchant individualiste par excellence. Enfant immature, il est censé obéir à son maître (Babidi, auquel même le démon des enfers Dabra obéit), mais n’en fait qu’à sa tête. Il a tout le temps faim, ne pense qu’à s’amuser, et l’un de ses jeux favoris consiste à détruire des villes et à transformer les humains en sucreries pour s’empiffrer. 

Lire aussi : Et dans l’esprit une prison nommée société de consommation 

Dominer et faire souffrir pour son unique profit/plaisir. Considérer l’autre comme sa chose. Consommer consommer consommer. Nous sommes à l’ère du post-capitalisme, avec Buu. Ce dernier est dans la jouissance immédiate, le plaisir, sans se soucier des conséquences. Il est puissant, donc ne supporte pas la contradiction. Mais à du mal à résister au chantage de son maître (jusqu’à ce qu’il le tue).

Et l’autre méchant de l’époque Buu n’est autre que Vegeta, qui lui aussi succombe aux sirènes de l’individualisme pour redevenir un gredin sans foi ni loi. En creux, on constate là encore le parti pris de l’auteur : la solution ne peut être que collective, l’individualisme exacerbé ne nous sauvera pas (comme une critique du libéralisme, de la main invisible, qui est censé nous apporter le bonheur mais qui détruit notre environnement à vitesse grand V)…
Comme toujours, c’est grâce au travail d’équipe, à l’association comme le dirait Reclus (fusions, Genkidama) que Majin Buu sera vaincu et que la paix sera restaurée !

Clairement, la métaphore fonctionne un peu moins efficacement avec le personnage de Buu… Mais n’est-pas aussi pour cette raison que c’est l’arc qui semble le moins cohérent, le moins réussi, le moins convaincant ?

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Maintenant que vous connaissez le petit secret d’Akira Toriyama, si vous aimez la saga, San Goku, et ses amis, il ne vous reste plus qu’à plonger dans des écrits anarchistes, marxistes ou d’écologie radicale : je vous assure que le combat en vaut la chandelle !

 

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