L'Indigné du Canapé

Qui sont les extrêmes droites et comment les combattre ?

Tu assures être ouvert d’esprit et contre le racisme ? Pourtant, tu as souvent des comportements ou propos sexistes et/ou homophobes (et tu ne cherches pas du tout à t’en défaire même si on t’en fait la remarque) ?
Tu affirmes être rationnel et réfléchi mais tu es prêt à appeler à la violence pour des propos ou des comportements qui te déplaisent (bien qu’ils ne contreviennent pas aux principes d’égalité ou de liberté) ?
Tu te dis plein de valeurs humanistes et tolérantes mais quand tu dénonces l’oligarchie, tu cibles certaines communautés (les Juifs, les francs-maçons) et tombes dans le complotisme facilement (pour toi, le monde est blanc ou noir) ?
Tu penses que “c’était mieux avant” et tu as tendance à croire que seul un chef puissant, autoritaire, inflexible, pourra mener “ta” nation ou “ta” religion tout en haut de la pyramide (oups, je suis peut-être moi-même franc-maçon, qui sait) ?

Les critères qui fondent l’extrême droite

Zut. Tu es certainement (au moins un peu) d’extrême droite.
L’extrême droite désigne l’ensemble des partis, mouvements politiques, associations ou groupuscules défendant de manière marquée des valeurs et des idées de droite, comme la nation mythifiée, l’autorité descendante au détriment de la démocratie réelle, l’ordre et la sécurité au détriment de la liberté, le conservatisme au détriment du progrès, le mérite au détriment de l’égalité réelle. En général, le traditionalisme et le nationalisme sont au cœur de son discours – mais cela peut aussi être la religion, elle-même structurellement conservatrice -, discours qui s’oppose férocement au libéralisme (notamment culturel, le libéralisme économique étant lui bien plus accepté par certains courants d’extrême droite) et au socialisme (au sens historique) avec sa logique d’égalité économique et politique, de progrès et de solidarité.

Selon l’historien français Michel Winock, les discours de l’extrême droite répondent à neuf caractéristiques :
– la haine du présent, considéré comme une période de décadence ;
– la nostalgie d’un âge d’or ;
– l’éloge de l’immobilité, conséquence du refus du changement ;
– l’anti-individualisme, conséquence des libertés individuelles et du suffrage universel ;
– l’apologie des sociétés élitaires, l’absence d’élites étant considérée comme une décadence ;
– la nostalgie du sacré, qu’il soit religieux ou moral ;
– la peur du métissage génétique et de l’effondrement démographique ;
– la censure des mœurs, notamment la liberté sexuelle et l’homosexualité ;
– l’anti-intellectualisme, les intellectuels n’ayant aucun contact avec le monde réel.

Une liste qui n’est pas sans rappeler les signaux d’alarme face au fascisme (système politique autoritaire qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d’un idéal collectif suprême), selon Umberto Eco :

Soyons clairs, donc.
Le RN, c’est un parti d’extrême droite : culte du chef, valeurs nationalistes et conservatrices, qui prônent l’autorité et l’ordre avant tout. C’est un parti contre le libéralisme culturel (avec une base teintée de catholicisme) et l’intellectualisme (logique populiste), mais qui en revanche s’acoquine parfaitement du libéralisme économique (c’est pratique de critiquer les étrangers pour ne jamais parler des inégalités liées au capitalisme)…
Les groupuscules ou associations comme Génération Identitaire, Riposte Laïque, Civitas ou même la LDJ sont d’extrême droite, mettant en exergue une cohérence raciste entre nationalisme et “pureté” ethnique ou religieuse. Eux aussi sont nationalistes et utilisent (souvent) la religion comme un vecteur de rassemblement (intra-groupe) et d’exclusion (inter-groupes). Les influenceurs comme Zemmour et bien d ‘autres prolongent (dans l’irrespect des lois même, cf. Zemmour condamné X fois par la justice) la logique de ces groupes sur les plateaux télé, et donc dans de nombreux foyers, détricotant minutieusement la recherche de cohésion sociale uniquement parce qu’ils vivent du chaos (aucun de leurs discours ne peut ni ne veut aboutir à une solution “par le haut”, bénéfique à tous et respectant chacun).
De la même manière, les individus (minoritaires) défendant un Islam rigoriste directement inspiré par le long processus d’influence culturelle saoudienne (le “soft power” wahhabite/salafiste) sont d’extrême droite, prônant un conservatisme religieux à plusieurs égards incompatibles avec nos sociétés actuelles. Eux aussi sont nostalgiques d’un passé mythifié et utilisent la religion comme un vecteur de rassemblement (intra-groupe) et d’exclusion (inter-groupes). Ils sont parfois difficilement capables de dissocier la stigmatisation dont la communauté musulmane est victime en France, de l’intérêt à avoir des lois qui garantissent des devoirs et des droits à tous et qu’eux aussi doivent accepter. Précisons malgré tout que la majorité – au sein de cette minorité wahhabite/salafiste – sont quiétistes, et ne veulent pas s’impliquer en politique.

Toutes ces extrêmes droites sont à combattre. Pas certaines, toutes, pour les mêmes raisons de négation de l’humain, de la dignité, de l’égalité dans la liberté.

D’ailleurs, les liens entre ces deux extrêmes droites (la nationaliste/patriote et la religieuse/rigoriste de toute confession) sont attestés, démontrés. Pendant qu’on écoute, ébahis, les décideurs politiques au pouvoir (Darmanin, Blanquer entre autres) soi-disant de centre-droit, récupérer le vocabulaire de l’extrême droite (hop, une collusion de plus, au nom de la sauvegarde de notre modèle capitaliste) et traiter tous ceux ne jouant pas aux pompiers pyromanes d’islamo-gauchistes, on peut constater, factuellement, que c’est Macron qui est allé signer des contrats avec l’Arabie Saoudite, que c’est le RN qui est financé par les Emirats Arabes Unis, que c’est un nationaliste (Hermant) qui a armé Amedy Coulibaly, qu’il y a un lien entre Sefrioui (radical islamiste impliqué dans l’assassinat de Samuel Paty) et le RN par l’intermédiaire de Dieudonné ou Chatillon (sous l’impulsion idéologique de François Duprat, qui voyait dans l’islamisme un soutien idéologique au RN contre le sionisme)… Voici des preuves.

Face à cela, quelles preuves ? Peut-on dire que l’islamisme radical a des idées d’extrême gauche ? Peut-on dire que l’extrême gauche a des idées wahhabites ? Soyons sérieux, et prenons garde aux insultes, aux discours émotionnels qui nous éloignent d’un jugement véritable et impartial sur ce qui nous guette si nous ne tentons pas de sortir “par le haut” de ces radicalisations identitaires.

Lutter contre l’extrême-droite, lutter contre les dominations

Attention. Combattre l’extrême droite ne signifie pas défendre aveuglément les valeurs du monde capitaliste actuel, ni soutenir LREM et Macron, ni être ignare et ne rien penser sur aucun sujet. Ce n’est pas nécessairement s’opposer aux logiques collectives, ni aux croyants, ni à ceux qui se battent pour plus d’autonomie, ni même considérer que le passé ne représente que de “mauvaises” valeurs.

Mais c’est comprendre que pour vivre ensemble, il faut se rassembler sur des règles communes, qui potentiellement peuvent obliger à faire quelques concessions (droits et devoirs), au niveau individuel ou du groupe.
C’est comprendre qu’on ne peut pas imposer sa manière de penser et de faire aux autres, quel qu’il soit (qu’il fasse partie de “son” groupe ou d’un autre).
C’est faire en sorte que toutes les formes de dominations (liées aux revenus, au patrimoine, au sexe, à la sexualité, à la couleur de peau, à la nationalité, à la croyance, etc.) soient atténuées, voire abolies, pour augmenter le bien-être de chacun. Toutes ces dominations, pas uniquement celles qui nous arrangent.
C’est comprendre que parfois, ceci doit être fait en limitant le pouvoir d’influence de certaines idéologies. K. Popper l’a bien montré dans son “paradoxe de la tolérance” : afin que la grande majorité des opinions soient acceptées, il y a un type d’opinion qui doit être empêché : celle qui vise à les empêcher toutes les autres sauf la sienne.

Si tu te dis être contre l’injustice, alors tu es contre toutes les injustices, et tu dois te poser la question de si ton mode de vie, ta manière de penser, tes actes au quotidien ne perpétuent pas certaines inégalités (oups) en en combattant d’autres (bravo).
Tu ne peux te battre pour les peuples opprimés ici ou ailleurs (pour des motifs religieux ou politiques, cf. les Ouighours ou les Palestiniens) et trouver normal qu’on opprime les immigrés ou les femmes (en Arabie Saoudite ou en Lybie par exemple).
Tu ne peux te battre pour la “liberté” des femmes et/ou des LGBTQ+ et trouver normal qu’on continue à empêcher les femmes d’être autonome économiquement, d’avorter, d’adopter (peu importe la forme familiale choisie), ou bien trouver normal qu’il soit extrêmement difficile pour une femme portant le voile de travailler en France au XXIème siècle.
Tu ne peux dire que tu es ouvert et tolérant dans les mots et pour les autres mais refuser dans les actes telle ou telle chose pour tes propres enfants (concernant leurs choix de religion, de conjoint et de mariage, de carrière, etc.).

Tu ne peux utiliser la laïcité pour attaquer tels ou tels croyants, puisque la laïcité est justement la possibilité pour tous les croyants de coexister dans un pays qui n’impose pas une religion. En revanche, tu ne peux t’opposer à la laïcité ou à la liberté d’expression sous prétexte que ta religion ne le permet pas… ou tu n’as rien compris au principe de tolérance qui justement, est censé favoriser le vivre-ensemble, mieux en tout cas que dans un pays où l’Etat impose une religion et une manière de penser au détriment de tous ceux qui voudraient croire différemment, penser différemment.
Tu ne peux défendre un monde qui perpétue des classes sociales et de la reproduction sociale de manière de plus en plus intense à cause d’une distribution des richesses extrêmement inégalitaire (et d’une indécence totale concernant les possibilités de patrimoine et d’héritage) et tenir le discours bourgeois et élitiste du XIXème siècle consistant à dire que la situation des pauvres n’est due qu’à leurs propres lacunes et échecs, voire même raciser cette question (voir les débats indécents sur le QI qui refont surface ces dernières années sous couvert de scientificité).

En bref, le problème de ce monde est celui de l’autorité, sous toutes ses formes. Tant que nous vivrons dans un système qui hiérarchise les individus (une société de la domination), nous créerons des possibilités de divisions et de révolte.

Alors, cherche en toi tes propres traces de domination matérielles ou symboliques, objectives ou subjectives (liées aux revenus, au patrimoine, au sexe, à la sexualité, à la couleur de peau, à la nationalité, à la croyance, etc.) et travaille sur toi pour t’en débarrasser.
Alors, tu seras véritablement un combattant contre l’extrême droite, une extrême droite qui ne fleurit que sur le terreau des injustices, et ne propose qu’une sortie “par le bas” (violences, emprisonnements, expulsions, guerres) à ces problématiques sociales qui ne demandent qu’éducation, patience, dialogue et respect.

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Sources :
https://twitter.com/Action_Insoumis/status/1318937785613549574
https://lahorde.samizdat.net/2020/10/20/a-propos-dabdelhakim-sefrioui-et-du-collectif-cheikh-yassine/
https://lepoing.net/lextreme-droite-nest-pas-le-rempart-mais-la-complice-de-lislamisme/

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