Comment le « racisme scientifique » justifie toutes les inégalités (et bien pire)

Le racisme scientifique est de retour parmi les individus plus nationalistes et conservateurs des pays développés, les suiveurs des Le Pen, Zemmour, Camus, ou encore Bolsonaro, Trump ou Bannon…

Ces suiveurs n’hésitent plus, sur Twitter, Facebook ou ailleurs, à affirmer sans aucune recherche ou rigueur scientifiques (et sans l’ombre d’un doute ou d’un sentiment de honte) que les peuples africains – notamment subsahariens – ont un QI inférieur à celui des autres « races » comme la « race » blanche MAIS AUSSI la « race » asiatique, ce qui leur permet au passage de nier toute accusation de racisme… (eh oui, ils sont tellement racistes que pour eux, essentialiser un peuple à l’aide de plein de clichés, ce n’est pas raciste puisque c’est « positif »…)

Cette affirmation serait de leur point de vue inattaquable, vu que le test du QI véhicule l’image d’un test parfaitement scientifique (méthodique, précis, objectif) et que la science, ça ne se discute pas (euh ?)…
Cette affirmation est également raciste, vu qu’elle postule que les groupes humains sont différents (ici, selon l’origine ethnique ou la « race », un mot censé ne plus être utilisé vu qu’il ne fait référence à aucune réalité scientifique) et, plus grave, que ces différences sont hiérarchisables.

Ce pur racisme scientifique est exactement conforme à celui ayant eu cours aux XVIIIème et XIXème siècle – en Angleterre notamment, mais aussi en France – qui postulait que selon la taille et la forme du crâne (la crâniométrie), on pouvait déterminer l’intelligence ou le comportement moral d’une personne.

© Purix Verlag Volker Christen

Tu parles d’une science. Tu parles d’un raisonnement. Mais à l’époque comme aujourd’hui, on se contentait de cela, car la science, pour ceux qui la connaissent mal, ça véhicule l’image d’un art indiscutable. Du coup, on doit réexpliquer des choses qui devraient être évidentes à quiconque a fait un minimum d’études et comprend la différence entre corrélation et causalité, le fait que la science même dure est elle aussi soumise à de l’idéologie, qu’il n’y a pas plusieurs races sur Terre, etc. (niveau 3e, et encore).

Nos racistes scientifiques modernes, s’appuyant donc sur le test du QI (dont on démontrera par la suite qu’il n’a rien de « purement » scientifique), osent affirmer :
1/ Qu’il est possible de hiérarchiser les « races » sur le seul critère du QI
2/ Que ce critère du QI est suffisant pour affirmer que certains peuples peuvent être « assimilés » en France, et que d’autres non
3/ Que le QI explique certains comportements jugés non conformes (violence, viol par exemple).

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Evidemment, ce genre de théorie ne tient pas la route dès lors qu’on introduit une composante historique et de la rigueur. Procédons méthodiquement :
Tout d’abord, le test du QI est loin d’être universel. C’est un test psychométrique qui a été successivement créé et amélioré par des Français et Anglais entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle par des proches des théories eugénistes issues du darwinisme social. Il est ainsi logique que ces tests, étalonnés sur des populations européennes, utilisent des critères jugés pertinents par et pour des Européens et leur culture, toutes les sociétés du monde n’ayant pas la même culture ni les mêmes normes et valeurs à la base (même si le capitalisme détruit et uniformise ces différences culturelles mondiales à petit feu).

Notons ensuite (et c’est bien là le cœur de ce travail de déconstruction du racisme) que les humains, qu’ils soient rouges, noirs, blancs ou verts, femmes ou hommes, vieux ou jeunes, sont génétiquement les mêmes à 99,5%, et qu’il y a autant de différences génétiques entre deux Norvégiens qu’entre un Éthiopien et un Péruvien. Il est ainsi absurde de chercher des différences « scientifiques » entre les humains selon leur lieu de naissance ou leur type ethnique.

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En revanche, ce qu’on peut avancer sociologiquement, c’est que le niveau sanitaire, le niveau d’éducation, bref, l’environnement social, culturel et économique d’une personne va la conditionner, dès le plus jeune âge, à mieux développer ses capacités intellectuelles ou pas. C’est l’une des raisons qui peut expliquer les différences de QI entre différents pays, ou même au sein d’un même pays dans lequel, comme souvent, ce sont les minorités qui sont les plus éloignés des conditions matérielles suffisantes.
L’un des créateurs du test psychométrique lui-même notait d’ailleurs l’influence de la culture familiale sur les résultats des tests. On sait donc à quelles causes il faut s’attaquer pour faire taire ces racistes d’un autre temps. Mais eux ne veulent pas voir les causes, ils veulent juste déverser leur bile et leur vision biaisée du monde (en plus, la haine se vend bien !).

Ceci dit, encore une fois, le QI n’explique pas tout, car l’intelligence n’est pas uniquement logique, littéraire ou mathématique comme elle semble l’être et comme elle est mesurée à travers le test du QI. Elle est multiple, protéiforme et liée à la culture de chacun. Et aucun test au monde ne pourra être suffisamment a-culturel pour rendre compte de la richesse et de la diversité des peuples, modes de pensée et modes d’action qui habitent notre planète Terre.
L’intelligence, c’est la faculté de s’adapter et la créativité, c’est l’intelligence relationnelle et émotionnelle, par exemple la capacité à être en empathie avec autrui (à ce niveau-là, nos racistes ont -24), c’est aussi la capacité à mettre en adéquation sa pensée et son corps (psychomotricité), c’est la mémoire… Ce n’est pas uniquement la logique mathématique et la compréhension linguistique.

Il y a bientôt 5 ans, j’écrivais que nos sociétés occidentales étaient toujours racistes, mais que feu le racisme scientifique avait été remplacé par un racisme culturel, bien plus consensuel en société, puisque l’on pouvait même s’en vanter à la télé (coucou Le Pen et les membres de son parti évidemment, mais un coucou aussi à Zemmour, Morano, Véronique Genest, et de très très nombreux animateurs et invités dont certaines interventions glissent, plus ou moins volontairement, vers des discours racistes).

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Malheureusement, force est de constater qu’avec le succès des discours d’extrême droite, des réseaux sociaux mais aussi l’essor de médias férus de fake news uniquement destinés à jeter l’opprobre sur les minorités – déjà exploitées et stigmatisées -, le racisme « scientifique est de retour en force. Et ce qui est particulièrement désagréable, gênant voire parfaitement scandaleux, c’est que certaines chaînes de télévision, mais surtout les réseaux sociaux, ne font rien pour restreindre ces propos hors-la-loi de leurs plateformes (hého Twitter, c’est pour quand le fact-checking et la censure des propos hors-la-loi ?). Ce qu’elles arrivent à faire avec des propos légaux mais dérangeants pour le pouvoir, comme des preuves de violences policières ou des discours pro-grèves ou pro-manifestations, elles refusent de le faire au nom de la liberté d’expression.

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Non, non, les réseaux sociaux ne sont pas neutres, il va falloir vous en rendre compte. Le capitalisme le plus libéral et donc le plus inégalitaire économiquement s’acoquine aisément des partis les plus inégalitaires socialement.
A vous, à nous d’utiliser nos comptes comme des boucliers, comme des épées, comme des mégaphones, pour se défendre, pour attaquer, pour faire du bruit, contre ces racistes qui font leur beurre des Fake News, et contre les plateformes qui les laissent prospérer malgré leur non-respect des lois !

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Sources :
https://www.lautrequotidien.fr/articles/2018/3/27/le-racisme-scientifique-est-de-retour-et-il-nest-pas-vraiment-bienvenu-
http://econtent.hogrefe.com/doi/abs/10.1027/1016-9040.1.2.89
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4804158/
https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/genetique-il-y-finalement-tant-differences-genetiques-nous-10015/
https://www.atlantico.fr/decryptage/637241/pourquoi-votre-qi-ne-dit-pas-grand-chose-de-votre-intelligence-desole-sharon—jacques-lautrey-
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