L'Indigné du Canapé

Reconquérir ce droit vital qu’est le logement !

Rappelons-le sans préambule : en France, le droit au logement est un droit inscrit dans la Constitution, plus précisément aux 10e et 11e alinéas du préambule de la Constitution de 1946. Permettre à toutes les personnes sur le sol français d’avoir un toit sur la tête n’est pas négociable, c’est une obligation pour les responsables politiques.

Sauf que l’immobilier est, comme tant de choses dans nos sociétés de plus en plus marchandes, soumis à la loi du marché. Et que constate-t-on ? Sur un marché, plus la demande est forte et l’offre est faible, plus les prix augmentent. Du coup, si vous êtes l’offre (constructeurs et/ou propriétaires de logements), vous avez tout intérêt à conserver la pénurie sur le marché, dans les villes où l’emploi est convenable et où les acheteurs où locataires n’ont pas d’autres choix que d’affluer.

Tant que c’est l’Etat (nous en tant que collectivité, à la base) qui est propriétaire, le problème peut être réglé. Certes, la construction de logements par l’Etat coûte à la collectivité, mais si nous sommes tous d’accord sur l’idée que l’habitat est un droit fondamental, et si nous voulons tous un logement à prix convenable, cela n’est pas un souci (on perd d’un côté, on y gagne de l’autre). En revanche, si le marché du privé est abandonné au privé, point de salut.

C’est pourtant la dynamique enclenchée depuis une trentaine d’années par l’Etat français, qui en plus de considérer l’immobilier comme un marché comme les autres, se déleste de ses logements à qui veut récupérer la poule aux œufs d’or (c’est pour la concurrence, on vous dit).

Le marché, lui, ne se préoccupe pas des droits humains (ou des ressources naturelles, ou de la justice sociale), il a pour unique objectif de fixer des prix reflétant l’équilibre entre offre et demande. Basta ! Et c’est cette dynamique mortifère qui engendre des situations où il y a de plus en plus de logements vides, et de plus en plus de personnes à la rue. De plus en plus d’ultra-riches, et de plus en plus de pauvreté. De plus en plus de services publics (structurellement non rentables car ce n’est pas leur but !) qui se mettent à fonctionner avec une logique marchande, avec les catastrophes que l’on sait (France Télécom, les hôpitaux et maternités, la psychatrie, les écoles, le monde associatif en général, etc.).

Alors que faire ? Des solutions existent, et elles sont plutôt non-marchandes, vous vous en doutez.

Des idées pour un vrai droit au logement

Depuis quelques mois, des décisions sont prises dans le bon sens, afin de revenir à l’idée de base : un logement est un droit, qu’on soit riche comme Crésus ou pauvre (comme Jésus ?).

Le droit au logement opposable (DALO) a permis de réaffirmer, en 2007 seulement (c’est dire si le logement n’était plus considéré comme un droit mais comme une marchandise depuis belle lurette), le droit des citoyens à obliger l’Etat à les héberger ou à les (re)loger lorsqu’ils sont en situation prioritaire (SDF, personnes menacées d’expulsion, personnes vivant dans un logement insalubre ou à l’hôtel depuis longtemps, etc.).
Le logement doit être décent et mis à la disposition de toute personne n’ayant pas les moyens d’y accéder par ses propres moyens. Car il faut bien y penser, une société qui organise la marchandisation de tout, même du temps, même du travail, même de l’eau, met nécessairement et sciemment des individus dans l’impossibilité de survivre.
Et d’autres lois, plus récentes, redonnent un peu d’espoir.

L’encadrement voire le gel des loyers

En Allemagne, à Berlin plus précisément, le Sénat de la Ville (coalition de gauche) a mis en place un gel des loyers, pour 5 ans ! Certains loyers pourront même être revus à la baisse pour lutter contre l’inflation, qui entraîne la crise du logement dans la cité berlinoise (car on le sait, l’inflation des loyers croît bien plus rapidement que l’inflation des salaires, c’est partout pareil).

Les cris d’orfraie de la presse et des responsables politiques libéraux (« c’est un retour à l’économie planifiée ») sont ridicules : l’économie de marché n’est pas la solution à tout, et parfois, elle est la source de bien des problèmes (voir plus haut). Vouloir marchandiser tout, tout le temps, est idéologique, même si on essaie de nous faire croire (le fameux « There Is No Alternative ») que c’est juste de la logique et du bon sens.
On espère désormais que la loi sera définitivement adoptée par le Parlement régional début 2020…

A Paris, depuis le 1er juillet 2019, il existe également un (léger) encadrement des loyers, via un dispositif interdisant que les loyers dépassent de plus de 20 % les loyers médians sur la zone et pour un type d’appartement donné. Un principe qui va dans le bon sens, et qui ressemble fort à celui initié par la loi Duflot entre 2015 et 2017, avant que la fine équipe de l’UNPI (l’Union Nationale des Propriétaires, de bons humanistes de droite, lol) ne fasse annuler la loi sur décision du Tribunal administratif.

Cette nouvelle goutte d’eau non-marchande dans un monde marchand sera-t-elle elle aussi déboutée ? Les capitalistes feront-ils opposition au droit au logement pour tous pour défendre leur sacro-sainte propriété privée et leur mythique concurrence libre et non faussée ? Rien n’est moins sûr. C’est pourquoi la démarchandisation est décisive.

« Casser les prix » pour permettre l’accès à la propriété ?

En outre, pour les éventuels futurs propriétaires, la Ville de Paris (sous l’impulsion de l’adjoint au logement Ian Brossat, communiste) vient d’imaginer un dispositif très audacieux : afin de faire drastiquement baisser les prix d’achat pour acquérir un petit nid parisien (totalement inaccessible aujourd’hui), l’idée consiste à distinguer le bâti et le foncier (le terrain), afin de ne vendre que le bâti, pour un prix moitié moindre.

Dit autrement, la mairie va acquérir des terrains, construire des logements, et elle mettra en vente les logements à des prix cassés, au motif qu’elle restera propriétaire du terrain. Si l’opération va être limitée dans le nombre et dans le temps (la mairie possède peu de logements, et risque de changer de tutelle d’ici quelques mois), elle a de quoi séduire, mais aussi faire réfléchir.

Evidemment, de nombreuses autres actions sont à promouvoir, de la réquisition des logements vides détenus par des entreprises orchestrant la rareté au profit de leurs dirigeants capitalistes, à l’arrêt de toutes les expulsions (et pas seulement en hiver), en passant par la construction de milliers de logements sociaux et la condamnation LOURDE des villes et leurs élus qui refusent de le faire (avec obligation de le faire, évidemment, car l’effort et le respect des lois doivent être les mêmes partout, afin d’éviter autant la ghettoïsation des pauvres que celle des riches)…

Evidemment, il serait urgent d’engager une vraie réflexion sur le sens de la marchandisation mais aussi de la propriété privée d’un bien rare comme l’espace – qui est accumulé par certains par kilomètres carré, et ce sur des générations et des générations sans aucune question de justice sociale – et qui manque tant à d’autres…
Mais le seul fait de voir quelques initiatives qui vont à contre-courant de la marchandisation/déshumanisation ambiante met du baume au cœur !

“Il faut que la voix des hommes sans voix empêche les puissants de dormir”, nous disant l’Abbé Pierre. Il nous faut alors faire du bruit, beaucoup de bruit, pour rappeler à tous, surtout aux politiciens, et aux propriétaires aveuglés par leur cupidité égoïste, qu’un toit, c’est un droit pour ceux qui n’en ont pas, et un devoir qui oblige ceux qui en possèdent un (ou plusieurs). A méditer.

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Sources :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F18005
– http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-l-encadrement-des-loyers-c-est-reparti-28-05-2019-8081769.php
https://lumieresdelaville.net/paris-lutter-contre-hausse-prix-logements/
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/06/18/a-berlin-les-loyers-geles-pendant-cinq-ans-pour-lutter-contre-la-flambee-des-prix_5478074_3210.html

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