L'Indigné du Canapé

Le convertisseur de revenus Bernard Arnault : la mère de toute violence est celle des dominants

(Note : cet article est assez identique à celui écrit il y a quelques années sur le convertisseur Bettencourt, moins performant que celui-ci, lol, rire jaune)

Les riches qui sont très riches et qui continuent à s’enrichir uniquement parce que le Capital est construit ainsi (sur l’accumulation de biens de propriété privée et le mythe de la croissance infinie) sont d’une violence inouïe. Bien plus violents que ceux qui s’énervent lors des manifs, taguent la permanence d’un élu politique, ou empêchent leurs patrons de pénétrer sur leur lieu de travail lors de blocages, toujours avec un maximum de respect compte tenu de la violence extrême de ces représentants d’un système puissamment inégalitaire.

La violence de classe qui s’exerce sur les pauvres, elle, détruit de manière systémique et systématique, souvent à des échelles qu’on a du mal à mesurer : destructions écologiques, néo-colonialisme, destruction massive d’emplois, destruction de la notion même du bien commun, culte de la toute-puissance (et en miroir, celle de la soumission), et j’en passe.

Mais cette violence est minimisée, standardisée, oubliée même souvent, notamment par les médias mainstream dont les journalistes fréquentent souvent ces ultra-riches et en partagent les normes, les valeurs, en les enviant souvent… mais ne fréquentent pas d’ouvriers, d’agriculteurs, d’étudiants précaires, de travailleurs immigrés ou de chômeurs…

Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue.

Dom Helder

riche-pauvre-soif-inegalites

Comment représenter cette toute-puissance économique, d’une violence inimaginable ? Le site mataf.net a renouvelé son idée originale consistant à créer un convertisseur de revenus en unités Bettencourt (pour rendre compte avec force des inégalités de richesse criantes dans notre pays) avec les unités Arnault, encore plus violentes !

Tester : Le convertisseur de revenus en unités Arnault

Prenons le salaire médian français (50% des Français gagnant plus et 50% des Français gagnant moins) : il est de 1789 euros nets par mois selon les dernières statistiques disponibles datant de 2016 (contre 1797 euros en 2015, en baisse), soit 21 468 euros nets par an.
Et convertissons cette somme en unités Arnault…
en choisissant une option (qui n’existe pas dans la vraie vie) : on va imposer Bernard à 75% la plus haute tranche de ses revenus, comme proposé par Hollande dans une de ses mesures, avant de disparaître…

“Une fois ses 75% d’impôts payés sur sa plus haute tranche de revenus, Bernard met 31 minute(s) pour gagner votre salaire annuel.


Pour vous, l’achat d’une baguette de pain (0, 88 euros en moyenne) est équivalent, pour Bernard, à une dépense de 14 982 euros. Malgré son imposition. Soit 8 mois de votre salaire.


Vous mettrez 17 025 année(s) pour atteindre le revenu annuel après impôts de Bernard, soit en l’an 19 037.
Ce qui correspond à votre arrière arrière arrière (608 fois) petit-enfant.
Pour avoir la même fortune aujourd’hui, il aurait fallu commencer à économiser en 4 171 638 avant Jésus Christ (sans rien dépenser de votre salaire !). Soit avant l’apparition de l’homme sur la terre.

Bernard gagne en 23 heure(s) autant que vous en une vie (en supposant qu’une vie de travail dure 45 ans)
Et chaque année Bernard gagne 378 fois les revenus de toute votre vie…

Depuis que vous avez commencé à lire cette page Bernard a gagné, après impôts, 13 462, 31 euros.
Et vous avez gagné 0, 79 euros, auxquels il faut probablement déduire encore des impôts (en 1162 seconde(s))
Vous devriez retourner au travail.

Sources:

La voilà, la violence. Elle est dans le fait de vivre dans une société archaïque qui autorise et même encourage ces inégalités croissantes, injustifiables et inhumaines. Aucune différence d’intelligence, d’esprit d’entreprise, de prise de risque, rien ne justifie une telle différence économique entre deux individus. Rien ne justifie la capitalisation sur des centenaires, et les héritages qui en découlent. Rien ne justifie l’accumulation de propriétés privées de manière indécente. Rien ne justifie la possibilité de détruire la planète écologiquement autant que des milliers de personnes pour son profit individuel. Ni le fait d’avoir des milliers de personnes qui travaillent pour soi, et même des dizaines voire des centaines de personnes à son service personnel. Ni le fait d’avoir une telle fortune que l’on peut négocier d’égal à égal avec certains Etats. Et se sentir au-dessus des lois (coucou Carlos Ghosn !).

Rappelons qu’en France, dans un pays qui produit énormément de richesses (bien plus que les taux de chômage et les chiffres de la dette ne le laissent supposer), des millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté fixé entre 840 et 1008 euros pour une personne seule. En 2018, 9,1 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvreté, soit plus de 14% de la population. L’indice de Gini, qui mesure les inégalités, a connu sa plus forte progression depuis 2010. Une pauvreté qui augmente à mesure que les riches s’enrichissent, comme nous le rappellent régulièrement l’INSEE, l’ONG OXFAM, ou l’OCDE.

Vous imaginez : Plus de 9 millions de personnes gagnent moins de 1000 euros par mois, certains avec un boulot. Et pendant ce temps, certaines personnes gagnent de l’argent en dormant, simplement parce qu’elles ont déjà beaucoup beaucoup (trop) d’argent et que dans ce monde, l’argent fait de l’argent.  Vous vous rendez compte qu’il faudra plus de 600 générations à une personne qui gagne moins 2000 euros par mois pour atteindre la fortune (après impôts) de Bernard ? C’est ça, le progrès ?

Même sans aller jusqu’à cet extrême d’écart de niveau de vie, il est urgent d’instaurer un salaire maximal, comme il existe un salaire minimal. Il est urgent de conscientiser les ultra-riches des dommages qu’ils occasionnent à la société. Il est urgent de protéger les plus modestes, à la fois par un salaire plus conséquent qu’un salaire de survie (à peine supérieur au seuil de pauvreté) mais aussi par une politique qui interdise à certains de profiter d’eux en capitalisant sur leur travail – de plus en plus ubérisé – de manière éhontée. Il est urgent de relever les minimas sociaux au-dessus du seuil de pauvreté en taxant les ultra-riches.

La lutte de classe existe. Et c’est la classe des riches qui la mène et qui la gagne. Réveillons-nous !

Vous pouvez aussi suivre les réflexions de L’Indigné du Canapé sur Facebook et Twitter ! Ou encore vous abonner à la newsletter !

source : mataf.net, Mediapart, inegalites.fr, lesechos.fr, lemonde.frindi

Restons en contact

L'Indigné est aussi présent sur Facebook, Twitter, Instagram... Créons du lien.