L'Indigné du Canapé

Gloria Mundi : film radical sur les désastres du néo-libéralisme

Tout ce qui naît dans la misère meurt dans la misère. Cette maxime pourrait suffire à résumer le dernier film de Robert Guédiguian intitulé Gloria Mundi.

Marseille. Ville de contraste. Ville de soleil et de douceur, ville de misère et de saleté. Ville millénaire allongée dont les gratte-ciel flambant neufs cassent la silhouette, lascive et chaloupée. C’est ici que réside la famille que Guédiguian a choisie pour écrire son drame. Un drame plus systémique que propre à cette seule famille.

Synospis :
Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

La petite Gloria vient de naître et ses parents galèrent sérieusement dans la vie. Problème, ses grands parents aussi (une situation statistiquement courante, qu’on appelle en sociologie la reproduction sociale). Les premiers sont vendeuse – en période d’essai – pour la mère, chauffeur Uber endetté par l’achat d’une berline, pour le père.
Les grands-parents, lui chauffeur de bus et elle femme de ménage, sont des gens sans prétention, mais qui pensent avoir tout fait, au niveau matériel et moral, pour que leur descendance (deux filles) puisse avancer dans la vie. Vivre et non survivre. Mais le capitalisme néolibéral n’est pas animal que l’on dompte facilement, sans y perdre des plumes. Il éparpille, il empêche de penser, il trouble. Il épuise, fatigue, et pousse à bout.

L’ubérisation, signe d’une déstructuration économique et sociale

En fait, le réalisateur filme une véritable descente aux enfers, digne d’un opéra, la musique classique accompagnant les images du long-métrage. Une déchéance d’humains ballottés, en souffrance continuelle, dans le professionnel et le privé, de la vie à la mort. Quand le travail est uberisé, de courte durée, de faible rémunération, inintéressant, harassant, il broie, en plus de ne pas permettre d’envisager l’avenir sereinement. Il crée des individus cupides, de plus en plus immoraux, tristes et violents. Incapables de se rebeller individuellement, et qui s’autodétruisent. Incapables de se rebeller collectivement (en faisant grève par exemple), et qui s’affrontent entre pauvres dans des guéguerres sans fin.

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Inutile de dire que cela ne se finit pas bien. Avec ce film assez noir mais crédible, Guédiguian se mue en Ken Loach de Marseille.
Macron dit avoir vu Les Misérables et avoir eu un choc. Cela quelques mois après avoir jeté à la poubelle un rapport (Borloo) sur les banlieues, qui décrivait – certainement avec moins de force poétique, mais autant de précision – la catastrophe humanitaire dans certaines banlieues françaises. Le cynisme de la Macronie est sans frontière.

On serait quand même bien tentés de pousser Macron et ses ministres à aller voir Gloria Mundi. Cela leur remettrait peut-être certaines idées à l’endroit sur la réalité quotidienne d’une famille populaire, en France, en 2019. Nos mêmes politiciens pourraient ensuite enchaîner avec l’intégrale de Ken Loach, qui décrit les mêmes traumas sociaux en Angleterre, terre ultra-libérale, terrain décrit comme exemplaire pour notre Gouvernement libéral.

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Ils y verraient comme la casse du système d’assurance chômage, la casse des retraites, de la santé, des transports et de l’éducation publiques, l’ubérisation du travail, etc. détruisent comme liens sociaux et font comme dégâts, matériels, humains, écologiques. Même politiques.

Pour quelques économies sur un an, ou cinq, doit-on accepter de rentrer dans un cycle de misère sur plusieurs générations ? Doit-on accepter de passer d’une vie dénuée d’intérêt à une mort inutile, pour quelques milliardaires dont l’humanité semble plus morte que vivante ?
La révolte ou la mort, semble nous dire Guédiguian. Le choix paraît tout fait…

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