L'Indigné du Canapé

COVID-19 : réflexion sur le travail et les frontières

La pandémie mondiale actuelle lié au virus COVID-19 met en exergue deux options politiques, deux possibles choix de société, deux visions du monde (et la France ne fait pas le meilleur). Intéressons-nous à ces choix à travers deux questions cruciales, les conditions et droits des travailleurs, et les conditions et droits des réfugiés.

Comme ce vieux monde est indigne

En France, des ordonnances prises sous état d’urgence sanitaire facilitent la mise en chômage partiel, mais aussi la fixation des jours de congés par les employeurs, ou encore des semaines de travail pouvant aller jusqu’à 60h. Des ordonnances signées par toute la droite, jusqu’à l’extrême-droite. On propose sans sourciller de supprimer des RTT. Sans oublier le fait que l’Etat freine des deux pieds pour réquisitionner des usines, ou des cliniques privées, pour participer à l’effort monumental engagé par les hôpitaux publics.

Pendant ce temps, en Espagne, on interdit les licenciements. Et on réquisitionne des usines. On réfléchit même au revenu universel pour contrer les effets de la crise qui vient, qui est là !
C’est-à-dire que d’un côté, on fait payer la crise aux travailleurs, en assouplissant les règles économiques en vigueur pour les entreprises et leurs patrons, et ce pour une durée illimitée dans les textes. De l’autre, on protège les travailleurs, en durcissant les règles pour les entreprises et leurs patrons. D’un côté, on aggrave les inégalités, de l’autre, on les modère. D’un côté, on croit au marché-roi. De l’autre, on tente de sauver des vies.

En France, si on a prolongé les titres de séjour arrivant à expiration ces jours-ci (pour des raisons évidentes de démarches impossibles à effectuer) à travers ces infâmes ordonnances, on n’a pas fermé les centres de rétention pour autant (ces véritables prisons de la honte, aux conditions sanitaires plus que douteuses, que des élus ont essayé de visiter en vain), et les expulsions de sans-papiers continuent. Le tout sans parler des conditions sanitaires effroyables dans les camps, camps laissés dans un quasi-abandon en cette période de confinement. Bref, les migrants continuent à être traités comme des moins que rien. Alors qu’au Portugal, on a – momentanément, ne rêvons pas – régularisé tous les sans-papiers, pour qu’ils puissent bénéficier de condition d’hébergement et de soins plus dignes. La vraie gauche française a eu beau le proposer en France… dans le vent.

C’est une question de dignité pour ces personnes que de leur redonner des droits fondamentaux. C’est leur rendre de la dignité et les protéger, mais aussi pour la population en général : plus il y a des individus potentiellement porteurs de maladies au sein d’une population, plus les chances que la maladie se généralise augmentent. C’est pour cela que les arguments économiques du RN concernant l’AME, l’Aide Médicale d’Etat (selon eux, il faudrait exclure les immigrés de tout soin sur le territoire français) sont ignobles, du point humain, du point de vue sanitaire (on vient de le voir), mais aussi du point de vue économique, car ils conduisent inexorablement à augmenter les dépenses en soin pour toute la population, à terme.
Bref, on le sait et on le redit, le RN est aussi mauvais en économie qu’en humanité.

Mais la mascarade politico-socio-économique ne s’arrête pas là en cette période de pandémie inédite : comme on manque de bras dans les secteurs économiques cruciaux (l’agriculture par exemple, détruite par la FNSEA et l’UE à coups de gros billets, toujours destinés aux plus gros exploitants industriels et détruisant les exploitations à taille humaine…), comme les profs ne sont finalement pas payés à rien faire et sont indisponibles, on commence à faire appel aux « immigrés », qu’on appelle pour l’occasion des « réfugiés ».

C’est pratique cette pirouette oratoire, n’est-ce pas ?
L’immigré ou le migrant, dans le discours médiatique (et donc dans les têtes), c’est l’envahisseur, celui qui arrive de l’extérieur et s’arrête dans un nouveau pays pour « profiter », et où les locaux le regardent (souvent) de travers puisqu’il ne viendrait pas avec les meilleures intentions (pense-t-on).
Tandis que le réfugié, il répond à certains critères. Comme l’immigré, il arrive de l’extérieur et s’arrête dans un nouveau pays, celui des locaux. Sauf que lui, il a fui pour de « bonnes raisons » selon les locaux, il cherche un refuge, car dans son pays d’origine, il y a la guerre, ou bien il est persécuté pour ses opinions politiques, religieuses, sexuelles…

En réalité, l’immigré et le réfugié sont la même personne, dans 95% des cas. On ne fuit que rarement son pays par pur plaisir (oh tiens, si, les « expats » le font, mais eux ne sont pas soumis à la vindicte populaire, car les riches qui vont dans les pays pauvres dérangent moins les habitants des pays riches, bizarrement). Il semblerait que peu soient capables de voir que les déplacements d’humains répondent toujours à des besoins, et la grande majorité du temps, à des besoins impérieux. Mais peut-être (nous avons encore le droit de rêver et de nous battre pour que nos rêves se réalisent) que la pandémie de COVID19 va ouvrir des yeux.

Voyons le monde avec des yeux neufs

Ouvrir des yeux pour se permettre de voir que réfugié ou immigré, qu’importe, c’est un humain qui cherche de la dignité, et demande à être regardé comme cela, avec dignité.
Voir qu’il est possible d’intégrer ces réfugiés, puisque nous ne manquons pas de travail ou d’emplois, mais d’une organisation économique permettant le partage du travail.
Voir que leur régularisation n’est pas un problème économique, mais politique, puisqu’on peut la décider du jour au lendemain.
Voir que plus généralement, la répartition du temps de travail n’est pas un problème économique, mais politique. Qu’on peut empêcher les licenciements sous certaines conditions, qu’on peut réduire le temps de travail aussi, du jour au lendemain, sans que tout ne s’effondre.
Voir que de la même façon, la répartition des gains du travail (la plus-value) peut se faire beaucoup plus équitablement, grâce à des choix politiques. Qu’on peut mieux rémunérer les salariés, encadrer les salaires astronomiques des dirigeants, qu’on peut empêcher la distribution de dividendes sous certaines conditions (que refusent encore et toujours nos dirigeants politiques actuels et les grands patrons, malgré la situation exceptionnelle que nous vivons).
Voir qu’on peut laisser les Etats faire des déficits, pour des secteurs stratégiques comme la santé ou l’éducation. Là encore, le fait qu’on les en empêche est parfaitement discutable, même critiquable. L’UE, qui impose des déficits minimaux aux Etats (3% du PIB) sans aucune raison rationnelle, est critiquable. Même si elle assouplit cette règle sortie de son chapeau dans les situations exceptionnelles, prouvant ainsi que cette règle ne vaut pas grand-chose, et certainement pas que des peuples meurent pour elle (big up aux Grecs).

Permettre de voir qu’on peut changer l’idéologie des Etats, des industries stratégiques, qu’on peut relocaliser les entreprises, qu’on peut choisir les secteurs les plus utiles, les plus sains, les plus viables écologiquement, pour investir, pour embaucher, pour recréer du tissu local dans les zones abandonnées, pour avantager les circuits courts, pour faire du lien, et moins de biens.

Voyons-le monde avec des yeux neufs. Tout peut changer, demain. Mais pour cela, il faut accepter de fermer leurs clapets aux idéologues de la croissance et de la crise, des conflits et des frontières, et ouvrir son esprit à l’écologie radicale, à l’égalité réelle, à la dignité de l’humanité.

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Sources :
https://www.vie-publique.fr/loi/273942-loi-durgence-pour-faire-face-lepidemie-de-covid-19
https://www.facebook.com/groups/1018528608489421/permalink/1150277921981155/
http://www.leparisien.fr/economie/coronavirus-l-espagne-interdit-les-licenciements-pendant-la-pandemie-27-03-2020-8289621.php
https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-04-05/spanish-government-aims-to-roll-out-basic-income-soon
http://www.rfi.fr/fr/europe/20200403-portugal-coronavirus-immigr%C3%A9s
https://rapportsdeforce.fr/breves/le-gouvernement-decide-de-laisser-sans-soin-les-demandeurs-dasile-malades-11064801?
https://www.france24.com/fr/20200403-coronavirus-des-d%C3%A9put%C3%A9s-demandent-la-r%C3%A9gularisation-des-sans-papiers?
https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/coronavirus-l-appel-aux-refugies-du-prefet-de-seine-et-marne-pour-aider-les-agriculteurs-fait-6798254

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