
Le 10 janvier dernier, Elisabeth Borne, Premier Ministre, a présenté le projet de réforme des retraites du Gouvernement Macron II. Ce projet de réforme était bien dans le programme du candidat Macron, contrairement à son premier mandat où il avait annoncé en tant que candidat qu’il ne toucherait pas aux retraites… ce qui ne l’avait pas empêché de lancer un vaste projet de destruction de notre système de solidarité intergénérationnel, heureusement arrêté par des mobilisations massives et la crise du COVID.
Mais ce n’est pas terminé, le deuxième volet de cette saga est là. Cette fois, il n’y aura pas de crise du COVID, il faudra compter sur une grosse mobilisation populaire et un mot d’ordre unitaire pour freiner un Gouvernement qui ne recule devant rien pour faire progresser son idéologie ultra-libérale dans tous les pans de la société et liquider toutes les solidarités…
D’où vient cette réforme des retraites ?
Comme dit en introduction, c’est la deuxième tentative de Macron pour modifier le système des retraites français. S’il insiste autant sur ce point alors que c’est la réforme impopulaire par excellence, c’est qu’il veut démontrer à l’UE la crédibilité économique française. Il veut être le bon élève de cette Europe libérale. En effet, ce type de réforme est encouragé par le Conseil européen et la Commission européenne afin d’améliorer la compétitivité française. Pour ce faire, il est conseillé de limiter les dépenses consacrées à la retraite à un montant équivalent ou inférieur à 14% du PIB.


Au sein de l’UE, les retraites pèsent en moyenne l’équivalent de 12,8% du PIB, la France est certes un peu au-dessus. Et entre 2027 et 2032, les retraites devraient continuer de représenter près de 15% du PIB français, avant que cette part ne diminue. N’est-ce donc pas une énorme réforme pour pas grand-chose (quelques années un peu plus dépensières) ? Surtout quand on sait que dans le même temps, les dirigeants macronistes ont voté différentes baisses de charges pour les entreprises, représentant plusieurs dizaines de milliards d’euros de perdus. Alors pourquoi choisir les entreprises plutôt que les travailleurs (âgés) ?
Il ne faut pas se voiler la face. Macron mène une politique de droite, pure et dure. En tant que libéral confirmé et chevronné, il est persuadé qu’il faut aller vers plus de croissance (au détriment des faits environnementaux), vers plus de liberté d’entreprendre (au détriment des conditions des travailleurs), vers moins d’impôts et de taxes surtout pour les entreprises (au détriment de la justice sociale), vers moins de services publics et d’Etat, vers moins d’allocations chômage et d’aides aux associations au détriment du bien-être, on en passe et des meilleurs…

Que propose-t-elle ?
La réforme abandonnée au moment de la pandémie concernait une refonte de l’intégralité du système, supprimant les régimes spéciaux et mettant en place un système de points opaque et potentiellement très injuste qui ouvrait la porte à la retraite par capitalisation…
Lire aussi : quelques articles sur la première réforme des retraites de Macron
Cette fois, l’idée est de maintenir le système en l’état mais en changeant certains paramètres au coeur de son fonctionnement :
– premier paramètre, un décalage de l’âge légal de départ qui était de 62 ans (depuis la réforme Touraine, en vigueur depuis 2020) et qui passerait à 64 ans.
– second paramètre, une augmentation du nombre d’annuités nécessaires, qui passeraient à 43 ans (172 trimestres).
Quelles conséquences aura-t-elle ?
Concrètement, cela signifie qu’une personne commençant à travailler à 21 ans pourrait partir à la retraite à taux plein à 64 ans (si elle ne connaît pas de période de chômage, ni de problème de santé, ni rien !). Mais qu’une personne commençant à travailler à 25 ans devrait attendre 68 ans pour avoir droit à une retraite à taux plein (là encore, si elle n’a pas de problème de chômage, de temps partiel, etc.). Voilà pour une présentation générale des conséquences catastrophiques de la mise en place de cette réforme anti-sociale.
Mais soyons spécifiques. Le fameux argument « on vit plus longtemps donc il faut travailler plus longtemps » ne tient pas. Les projections du rapport du COR soulignent que les gains d’espérance de vie se ralentissent (et ils risquent de se ralentir d’autant plus qu’on travaillera plus longtemps). Et les spécialistes du sujet démontrent que la prolongation de notre temps de vie active augmente plus vite que notre espérance de vie, donc que le temps de retraite est en train de se réduire.
Et c’est surtout le temps de retraite en bonne santé qui se réduit, et drastiquement pour les plus précaires. Déjà à l’heure actuelle, à 62 ans, un quart des 5% les plus pauvres en France sont déjà morts. Il faut attendre l’âge de 80 ans pour que cette proportion soit atteinte pour les 5% les plus riches.

Repousser l’âge de la retraite ne fera qu’aggraver cette réalité. Travailler ne serait-ce que quelques mois de plus dans un métier pénible, ouvrière, cariste, gardien de nuit, infirmier, personnel d’entretien, etc., pourrait avoir des effets délétères sur la santé de ces ouvriers et employés modestes (dont beaucoup de femmes) et réduire à peau de chagrin leur temps de repos bien mérité après 43 ans de labeur (ce n’est pas une vie). Et on ne parle pas des personnes à la carrière hachée par le chômage ou les arrêts pour l’éducation des enfants, ou la prise en charge des personnes âgées de la famille (souvent des femmes là encore). La retraite est une conquête sociale majeure, et le sens de l’Histoire est d’abaisser l’âge où on y accède, pas l’inverse.
Bien sûr, un chroniqueur de BFM, chaudement assis dans sa chaise rembourré et son plateau chauffé peut largement supporter 2-3 ans de travail supplémentaire, surtout à hauteur de quelques heures par semaine payées plusieurs fois le SMIC…
Quelles alternatives existent ?
Il existe bien des moyens de financer les retraites, dans un pays où les inégalités explosent.
La première consiste à augmenter le taux de cotisation de tous les travailleurs. Ainsi, on compense le problème avec lequel on nous rebat les oreilles sur toutes les chaînes d’info : certes, il y a moins de travailleurs et plus de retraités. Mais si chaque travailleur cotise un tout petit peu plus chaque mois, cela évite qu’on travaille tous des années supplémentaires en fin de carrière. Evidemment, cela ne rentre pas du tout dans le logiciel néolibéral du Gouvernement qui ne pense qu’au bien-être des entreprises, pas à celui des travailleurs. Et on peut penser que ce n’est pas forcément juste de mettre à contribution autant l’infirmier ou l’agent d’entretien que le cadre dynamique ou le trader.
Autre solution, qui permettrait en plus de lutter contre les inégalités : mettre en place des cotisations encore plus progressives, afin de faire participer en priorité les personnes ayant un gros salaire à l’effort collectif.
Dans le même ordre d’idées, on pourrait aussi plafonner le niveau des retraites des plus riches afin que l’ensemble des travailleurs ne cotisent pas prioritairement pour financer des retraites mirobolantes des nantis de ce pays. L’idéal serait carrément de plafonner les niveaux de revenus. Ou encore, car la plupart des grosses fortunes sont concernées, de faire payer une cotisation non pas seulement sur les revenus du travail, mais aussi sur les revenus du capital, comme les loyers, les dividendes, etc. Ou encore taxer plus sérieusement les grandes fortunes, comme le propose Oxfam et d’autres. Bref, aller chercher l’argent là où il est !
Taxer d’à peine 2% la fortune des milliardaires ?? pourrait financer le déficit attendu des retraites. Mais le gouvernement préfère faire peser la #RéformeDesRetraites sur les ➕ précaires.
— Oxfam France (@oxfamfrance) January 16, 2023
Pourquoi cette réforme est injuste ? On en parle avec Philippe Martinez et @CfdtBerger ! pic.twitter.com/7NTL3pA2sj
Toujours dans la lutte contre les inégalités, si on ne veut pas toucher aux cotisations ou au salaires des nantis (c’est pourtant là qu’il faudrait aller chercher l’argent), pourquoi ne pas augmenter les minima sociaux, le RSA, le SMIC aussi, et pourquoi ne pas augmenter le salaire de tous les fonctionnaires ? Augmenter les salaires, c’est mécaniquement augmenter les cotisations. Cela rééquilibrerait les comptes fissa !
Autre idée : puisque le souci, c’est le ratio travailleurs/retraités, et vu le niveau de chômage dans le pays… Que l’Etat mette en place des recrutements s’il ne veut pas forcer les entreprises à recruter ou les interdire de licencier ! On manque de soignants, on manque de conducteurs dans les transports publics, on manque d’enseignants ! L’Etat peut recruter, devrait recruter, il ne le fait pas uniquement par idéologie !
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Sinon, pourquoi ne pas remettre en question des dispositifs comme le CICE ou des équivalents, qui font que chaque année, l’Etat dépenses des dizaines de milliards pour financer des entreprises sous perfusion, alors qu’on le rappelle, le pseudo « trou » des retraites représente 10 milliards par an ! Pourquoi ne pas aller s’intéresser aux paradis fiscaux où se cachent des dizaines de milliards d’euros par an ? C’est là qu’est le financement des retraites, pas ailleurs !
En tout cas vous le voyez, des solutions alternatives, et qui permettraient de mieux vivre et de ne pas travailler plus longtemps, il y en a, et beaucoup (là, j’en ai cité une dizaine sans faire énormément d’efforts) !
Pourquoi se mobiliser ?
Cette réforme est comptable et idéologique. Elle consiste à réduire le niveau des dépenses de l’Etat pour faire plaisir à Bruxelles. Ce qui est scandaleux, c’est que les moyens pour maintenir la retraite à 62 ans, voire pour revenir à la retraite à 60 ans (ou même moins, pourquoi pas) existent, mais disparaissent peu à peu.
Ce n’est pas notre choix de baisser les cotisations sur les bas salaires, des choix qui sont fait depuis 20 ans par les Gouvernements successifs pour faire plaisir aux entreprises (mais qui détruisent la logique même de la Sécurité Sociale). Ce n’est pas notre choix de baisser les impôts et taxes des entreprises. Sauf que ces recettes en moins doivent être compensées, et pour ce faire, ils s’attaquent à notre solidarité intergénérationnelle, donc aux retraites.
Il faut se mobiliser, et il faut le faire efficacement. Ce projet de loi est un projet rectificatif à la loi de finance de la protection sociale. Le Parlement doit se prononcer en 50 jours. L’usage du 49-3 n’est pas à exclure, surtout vu la facilité avec laquelle Borne dégaine cette carte.
Nous devons refuser toute négociation sur les deux paramètres ciblés par cette loi. Chose rare, les syndicats sont totalement soudés pour le moment. C’est bien, mais peu importe. Les syndicats ont une mauvaise tendance à noyauter les luttes, à les apaiser, à les faire trainer.
Au contraire, il faut frapper vite et fort. Appeler à la grève reconductible, bref, à une véritable paralysie de l’activité dans ce pays. Et nous sommes nombreux. Dans tous les secteurs, les appels à la mobilisation se multiplient. Dans les sondages, une grosse majorité se dégage pour faire dégager cette réforme d’un autre temps.
Avec un allongement de la durée de travail, c’est le fruit de notre travail qui nous est volé, révoltons-nous !
Pour aller plus loin
Travailler moins et dans de meilleures conditions, partager le travail quand il y en a, être émancipé dans son travail et pouvoir discuter de la manière dont on l’organise, faire un métier qui a un sens pour la collectivité, avoir un revenu décent pour son travail (mais ne pas voir d’autres individus gagner 10, 100, 1000 fois ce que l’on gagne non plus), avoir du temps pour se reposer mais aussi du temps et les moyens de se divertir, de s’instruire, de se découvrir en dehors de son travail.
Ce ne sont pas des combats gagnés. Ce ne sont pas des luttes du passé. Les socialismes (communisme, anarchisme) ont toujours lutté contre le capitalisme dans le sens d’une émancipation individuelle et collective.
Continuons à nous battre, pour une vie plus libre, plus digne, plus saine.
Continuons à nous battre contre l’exploitation capitaliste :
Continuons à nous battre pour gérer nous-mêmes nos activités :
Continuons à nous battre pour la liberté dans l’égalité :
A jeudi ?








