Consommation & capitalisme : KidZania, le parc qui lobotomise les enfants

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L’enfance est le monde du rêve et des espoirs permis. C’est un monde d’innocence où le poids de la vie semble léger comme une plume. Pas de contraintes, pas d’emploi du temps fixe ni de problèmes d’argent, mais une soif de vivre, d’apprendre, de rire, de comprendre et d’aimer.

Mais on le sait, en terme marketing, les enfants sont une cible privilégiée. Innocents donc influençables, curieux donc manipulables, les jeunes sont de plus en plus prisés par ces têtes (mal) pensantes du capitalisme carnassier qui repousse partout les limites de l’acceptable.

Oui, certaines inventions sont tellement horribles qu’on aurait aimé qu’elles ne voient jamais le jour. C’est le cas du parc d’attractions KidZania, qui se propose de fournir aux enfants un cadre pédagogique pour leur inculquer le « merveilleux monde des adultes ».

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A son arrivée dans le monde des enfants de KidZania (de 4 à 14 ans), chaque bambin reçoit une somme de KidZo ou dollars KidZania (la monnaie locale) lui permettant de tester quelques attractions. Puis, s’il veut continuer à se « payer » des divertissements, il doit se mettre à travailler !

On leur enseigne les valeurs de la vraie vie. […] Rien ne tombe du ciel. Tu dois gagner le droit de profiter de la vie !
Ray Cadbury, Directeur général KidZania Londres sur France 2

Véritable terrain d’expérimentation de la société de consommation de demain, KidZania élève l’Argent au rang de Divinité et réduit la vie d’adulte au fait de produire et de consommer : magique et pas du tout réducteur !

Faire travailler des enfants pour leur faire aimer l’argent

Les parcs Kidzania sont des reproductions à échelle d’enfant des villes aseptisées des capitales occidentales, qui se ressemblent toutes. On y retrouve de nombreuses grandes marques, qui s’arrachent un stand dans ce paradis du capitalisme avec une cible de 4 à 14 ans.

Les enfants peuvent donc travailler et consommer chez McDonald’s, Renault, H&M, Kinder, Samsung, ou encore dans des supermarchés remplis eux aussi des mêmes marques que dans la vraie vie, etc.

A chaque travail correspond un salaire : comme on le voit dans le reportage, pour 15 minutes de labeur au supermarché (soit à la caisse, soit pour ranger les rayonnages), l’enfant touche 8 dollars kidzaniens. S’il veut gagner plus, l’enfant peut aussi se PAYER des études à l’université, ce qui lui permet ensuite de gagner 25% de salaire en plus dans les jobs proposés, mais aussi d’accéder à de nouveaux postes, comme ingénieur ou médecin.

Cette monnaie locale leur permet aussi de se payer des activités plus fun comme par exemple… devenir pompier !

Eh oui, le métier de pompier – à la base désintéressé et à forte valeur sociale et humaine – est dévoyé dans ce parc capitaliste. Comme naturellement, ce métier est souvent l’un de ceux que les enfants préfèrent, on leur donne l’impression qu’il faut payer pour le mériter. C’est la loi de l’offre et de la demande : pour s’assurer qu’il y aura assez d’enfants pour faire caissier en supermarché ou cuiseur de steak chez McDo, il faut limiter l’affluence de pompiers en herbe…

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Et le pire dans la logique capitaliste de KidZania, c’est que le must ultime, c’est d’obtenir une… carte bleue ! La banque de KidZania (une vraie banque : c’est même la scandaleuse HSBC qui est installée dans certains pays) est ainsi érigée au rang d’étape nécessaire pour que l’enfant sente que son travail a été reconnu à sa juste valeur. Ici, la banque ne fait pas spéculation, elle permet juste de déposer son argent. Elle se rend donc indispensable, délestée de ses dimensions si critiquables dans le monde des adultes. Malin, mais tellement inquisiteur.

Et pour boucler la boucle, tous les parents attendent leurs enfants en… consommant puisque les parcs KidZania sont en général installés à côté de « vrais » centres commerciaux.

L’histoire d’un scandale

C’est un richissime homme d’affaires mexicain qui a eu l’idée de créer le premier parc d’attraction KidZania en 1999 au Mexique. Et depuis, la recette fonctionne tellement bien qu’elle a été transposée partout. Il existe désormais une douzaine de KidZania dans le monde. Et l’Europe s’y est mise aussi puisque Londres, Lisbonne, Istanbul et bientôt Moscou ont leur parc (et leurs marques à l’intérieur). On doute fort que la France résiste bien longtemps à l’attrait économique de ce haut-lieu de la lobotomisation ultra-libérale !

Ce parc « pédagogique » est une honte totale. Je pensais que la « pédagogie » consistait à enseigner un savoir-faire et des méthodes utiles à l’émancipation et à l’épanouissement de ceux qui les reçoivent.

Un parc qui érige l’argent, les banques, le travail salarié et la consommation au rang de nécessité en omettant évidemment les méfaits que ce système commet partout dans le monde est-il pédagogique ? Je ne le crois pas.

Un parc qui ne met pas en valeur les notions de solidarité, d’entraide, de gratuité dans ce qui devrait être un moment d’amusement pour nos enfants est-il pédagogique ?

Un parc qui ne met pas en valeur toute la dimension sociale, citoyenne et humaine des enfants est-il pédagogique ?

Un parc qui tente de créer des consommateurs addicts et non des citoyens intelligents et critiques est-il pédagogique ?

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Les parcs KidZania représentent toute la dérive du capitalisme actuel. Un système économique qui est en passe de transformer toutes les relations humaines (sociales, ludiques, culturelles, politique) en relations économiques, tout le temps et l’espace humains en temps et espaces économiques. Et ce dès notre plus tendre enfance, pour que ces réflexes deviennent en nous des conditionnements difficiles à extérioriser et à critiquer.

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C’est grave et triste. Ne laissez pas les gens autour de vous vous convaincre que ce genre de parcs à le mérite d’enseigner aux enfants la valeur de l’argent et du travail et toutes ces inepties. Bien sûr que les enfants aiment jouer aux adultes, s’occuper de leur poupée, jouer au docteur ou à la dinette ? Mais jouer à la dinette, est-ce préparer des burgers chez McDo ? L’argent doit-il vraiment être la pierre angulaire de toutes les activités d’un môme ? Est-ce cela, lui apprendre la vie ?

On le sait, notre monde va mal. Et ce n’est pas en adaptant nos enfants dès le plus jeune âge (4 ans, rappelez-vous, 4 ans !) à ce monde injuste qu’on le rendra plus juste, bien au contraire ! Tous ceux qui aimeraient vivre dans un monde plus humain et plus juste savent bien que nous faisons les choses à l’envers.

Ce n’est pas le monde des enfants, pas plus que le monde de l’école, ni celui des universités, ni celui des hôpitaux, de la recherche ou de l’agriculture qui devraient s’adapter au monde de la finance, de l’économie et finalement, du travail.

C’est bien le monde du travail, et donc de l’économie et de la finance qui devraient s’adapter au monde de la recherche, de la santé, de l’éducation, de l’agriculture afin que nos enfants aient enfin des perspectives dans la vie, et un monde qu’ils méritent.

Actuellement, par notre indifférence, nous tuons leur futur. Essayons de ne pas tuer leur innocence dès l’enfance !

 

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Sources : FranceTVinfo, Europe 1, Wikipédia

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