L'Indigné du Canapé

De l’extrême droite à Darmanin, le fond de l’air est brun

Notre système politico-médiatique glisse dangereusement vers l’extrême droite… Cela fait des années que le processus est en marche, mais les récents propos de Darmanin sur Benzema sont extrêmement inquiétants. Ne pas le voir, c’est être aveugle aux discriminations, ou y être insensible, ce qui n’est pas mieux. On le sait, qui ne dit mot consent…

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Darmanin a lancé des accusations sans preuve à l’encontre de Benzema, l’accusant d’avoir des liens avérés avec les Frères musulmans, en se basant sur les tweets du joueur, et surtout, sur ce qu’il n’a pas tweeté, ce qui est le comble de la mauvaise foi et de la présomption de culpabilité (l’inverse de la justice et de l’état de droit que le Ministre est censé incarner). En bref, selon Darmanin, si KB9 agit, il n’agit pas comme il faut. S’il n’agit pas, il n’agit pas comme il faut.

Du coup, il est coupable quoi qu’il fasse.
Coupable de quoi au final ? Pas forcément d’être connu, pas d’être riche. Mais d’être riche et connu ET d’être Musulman.
Car être musulman, pour M. Darmanin, c’est se rendre coupable de dissimulation et de mensonge par défaut, c’est user (très certainement) de la taqiya pour convertir le maximum de personnes à sa religion… Soit dit en passant, toutes les religions ont pour objectif de convertir de nouveaux croyants, pas seulement celle des Musulmans. Dit autrement pour Darmanin, tous les Musulmans sont suspects, intrinsèquement. Selon lui (et beaucoup de Français tombent dans le panneau), on ne peut jamais savoir s’ils sont honnêtes ou fourbes, quoi qu’ils fassent, ou quoi qu’ils ne fassent pas.

Ils manifestent contre la colonisation d’un Etat sur un autre ? « Peut-être, mais ne soutiennent-ils pas en fait un parti politique et un groupe armé commettant des actes terroristes ? » Vous voyez un peu la fourberie de ce genre d’arguments qui vous traitent en coupable quoi qu’il arrive.

Cette rhétorique est purement et simplement du racisme, car elle amalgame tout un groupe aux comportements les plus extrêmes et problématiques de quelques-uns (je ne minimise bien sûr pas du tout l’islamisme terroriste qui existe et doit être éradiqué mais modérons, être un musulman fondamentaliste n’est pas forcément être dangereux, on peut tout à fait être un quiétiste et ne poser de problème à personne).

C’est une rhétorique que ne renie pas le RN, qui depuis longtemps déjà s’attaque à tous les Musulmans en attaquant parfois « l’hydre islamiste », parfois « les jeunes des quartiers », parfois « les étrangers ou les immigrés », parfois même « tous les enfants d’immigrés »…
On a d’ailleurs vu Le Pen, Morano, ou encore Zemmour tenir ce genre de discours ces dernières semaines, en confondant un peu tous ces sujets pour, toujours et encore, créer un ennemi de l’intérieur : les Musulmans et la gauche, tous mélangés, tous confondus.

Imaginez que sur les plateaux télé (qui ne sont pas de gauche, loin s’en faut), on faisait pression sur Darmanin, Zemmour, Le Pen et consorts pour condamner les propos racistes de certains groupuscules, ou les sorties racistes de certains intervenants à la télé, ou pour condamner les agissements d’autres groupuscules contre les antifascistes, ou contre les Musulmans. Imaginez qu’on insiste pour que Darmanin condamne les agresseurs du maire de Saint-Brévin, ou les tueurs fascistes du rugbyman Aramburu… Ou « les amis de Charles Martel », qui viennent de se signaler d’une manière particulièrement infâme.

Imaginez si l’on tenait le même discours sur les Juifs ou les Protestants que ceux qu’on entend désormais à longueur d’antenne sur les Musulmans. En expliquant que leur religion prônait la dissimulation, le mensonge, et qu’on ne pouvait donc pas leur faire confiance, qu’ils aient un comportement correct/décent/juste ou non. Qu’ils se montrent sous leur meilleur visage ou non. Qu’ils revendiquent leur religion ou non. Tout serait suspect chez eux, et on ferait en sorte que la population non concernée se méfierait d’eux. Ambiance.

2023, un retour aux années 30

C’est d’ailleurs exactement comme cela que les milieux réactionnaires des années 30 se penchaient sur ce qu’ils appelaient « la question juive », en suspectant sans arrêt et sans distinction les Juifs d’être des fourbes communistes avides de pouvoir (notamment parce que Blum était à la tête du Front populaire à l’époque, ce que ne supportaient pas les capitalistes) ; d’être dissimulateurs ; d’être belliqueux (parce que de nombreux Juifs voulaient à raison que la France s’oppose au nazisme d’Hitler)…

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Des propos que l’on retrouve, modernisés, aujourd’hui.
La disqualification des Musulmans se fait sur différents points, religieux certes, mais aussi politiques, et permettent dans le même temps de disqualifier la gauche (le judéo-bolchévique d’hier a été remplacé par l’islamo-gauchiste aujourd’hui, terme que Zemmour adore employer).
Comme dans les années 30, on va aussi voir des intellectuels qui vont venir modérer les discours politiques, mais sans remettre en cause leurs fondements. On va expliquer que si la collusion avec les Frères Musulmans et la taqiya ne fonctionne pas pour le cas de Benzema, cela existe malgré tout, et que c’est très développé et courant (exactement le discours qu’a tenu Le Pen). On va confondre le port du voile, le fondamentalisme et le terrorisme potentiel, comme Morano. Ou comme ce petit homme dont on se demande encore pourquoi il est invité dans les médias.

Et personne ne dit rien sur les plateaux télé. Créer de la confusion, créer de la haine, faire un deux poids deux mesures, retourner les accusations est devenu la norme. Comme dans les années 30. Et comme dans les années 30, la gauche n’est pas exempte de reproches, et sur fond de conflit colonial sur la bande de Gaza, on voit à nouveau des élus de gauche s’emmêler les pinceaux et considérer certaines manifs ou certains slogans comme problématiques, uniquement pour paraître plus conformistes, plus lisses, plus acceptables…

Sauf qu’être conformiste quand le fond de l’air est brun, c’est ne pas être loin du racisme…
Alors il s’agirait de toujours garder la même boussole, celle qui évite toujours de prendre position pour le pire : nous sommes contre toutes les dominations. Nous sommes contre tous les chefs. Nous ne défendons pas plus les dirigeants du Hamas ou d’Israël. Pas plus ceux de France ou des Etats-Unis. On veut la liberté pour les peuples, leur indépendance, leur autodétermination.

Cela ne se fera pas sans heurts, mais il parait probable que sans chefs d’Etat corrompus, avides de pouvoir, désireux de ne jamais questionner les injustices ou les inégalités tant qu’elles les arrangent eux et les grands capitalistes de ce monde, sans ces gens-là, on trouverait bien plus vite et efficacement des solutions pacifistes et sereines. Vive l’indépendance réelle des peuples, condition préalable à leur fraternité.

I have a dream…

Source : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah-2013-1-page-99.htm

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