L'Indigné du Canapé

Redonner corps, dignité et mémoire aux Disparus

Beauté-fluide de 60 minutes. Violences en quatre actes. Le spectacle Les Disparus commence avec une horloge, qui tourne. Les minutes s’égrènent. Et la première violence fait place. C’est l’usine. Le bruit. La chaleur. La cadence infernale. La souffrance des corps. Cette densité est imagée et les danseurs qui « poppent » et ‘lockent » à l’unisson. Ça souffle, ça souffre, c’est ébouriffant. 

Fin de la journée. Les danseurs à la chaîne rentrent chez eux. Les difficultés s’enchaînent. On est en 1961 en France et ils ne sont pas (tous) Blancs. Ceux-là sont donc coupables désignés. Moqueries, racisme, course-poursuite…  Violence, acte 2. C’est le couvre-feu qui va commencer. Et qui va tout faire dégénérer. 

La troisième violence sera la (trop peu connue encore) répression du 17 octobre 1961. Les Algériens « jetés à la Seine ». Parce qu’ils ont osé manifester contre un couvre-feu raciste, donc inique. 

(ce trailer est avec l’ancienne équipe de danseurs…)

Chiffres officiels, dans la presse du lendemain. Deux morts. 
Chiffres issus du travail des historiens. Entre 50 et 300 morts. 
Sans oublier les milliers d’individus molestés et arrêtés. Parce que manifestants, dans un monde blanc et colonial, parce que non-blancs assimilés à d’éternels colonisés qu’il faut dominer, donc ne pas hésiter à maltraiter.

Un massacre gigantesque, mais camouflé 

Ce spectacle est un hommage à la plus grande répression de manifestation depuis 1945 en Europe de l’Ouest.
Oui. Le meurtre d’au minimum 50 personnes juste parce qu’elles ont manifesté contre un Etat raciste est un massacre d’Etat. Illégal et illégitime. Encore camouflé par ce même Etat aujourd’hui. 

Et c’est là la quatrième violence, celle de l’oubli. Celle de l’Histoire bafouée, de la mémoire enterrée. Celle-là, elle ne passe pas. C’est face à celle-là que se dressent Mehdi Slimani et des danseurs de la Compagnie No Mad, muscles tendus mais esprits affutés. 

L’Histoire est faite. Et il est important de bien comprendre comment et de comprendre pourquoi elle a pris ce tour là, à l’époque. Même si c’est du passé, révolu. Mais la mémoire, elle, est actuelle, vivace. Elle peut être remobilisée à tout moment. C’est un acte politique de le faire. Par les mots, par les discours, par la musique, par la danse. Le hiphop a cette dimension faite de beauté, d’énergie et d’espoir, et se prête parfaitement à l’exercice. 

« Les Disparus », c’est sincère, c’est chargé d’émotions… Les danseurs aussi, sont touchés. C’est puissant, c’est intelligent. Après le spectacle, Mehdi nous explique comment il en est arrivé à écrire cette pièce. Il y a une petite vingtaine d’années, alors étudiant, il doit faire l’exposé d’un livre devant sa classe. Il ne sait lequel choisir, ne pense qu’à la danse. Son prof l’invite à lire « Meurtre pour mémoire », de Didier Daeninckx. Le choc a lieu. Les idées germent. 

Ici, la danse est le moyen, l’outil, pour rendre dignité et corps à ces disparus oubliés. Pour leur donner l’occasion de (res)surgir dans nos mémoires, à chaque fois que l’époque veut transpercer l’Humanité. Veut effacer les mémoires. Veut répéter l’Histoire.  

Merci à tous les danseurs pour tout cet amour balancé par saccades. Un bouquet d’émotions et de beauté-fluide, un peu de conscience politique et de mémoire vive, c’est un luxe offert, par les temps qui courent. 

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