L’appel au boycott : un acte politique non-violent devenu acte de désobéissance civile

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Boycotter, c’est dire non. Rien d’autre qu’une arme non-violente pour montrer sa désapprobation. On voudrait nous faire croire que c’est une arme de propagande raciste. C’est faux et voilà pourquoi.

Boycott sud-africain : pour la petite histoire

Dès les années 60, une partie de la communauté internationale – emmenée par les pays communistes, les pays scandinaves et les leaders anti-apartheid – lancent l’idée d’une grande campagne de boycott afin de sanctionner la politique d’apartheid de l’Afrique du Sud et d’isoler le pays. Embargo militaire, embargo pétrolier, sanctions économiques et boycotts culturel et sportif, le pays alors racialiste est mis au ban.

Mais pas par tous les pays. L’Histoire a créé des liens, la mondialisation progresse et certaines nations ont du mal à abandonner leurs avantages économiques « simplement » pour combattre une idéologie. Citons notamment la France, les Pays-Bas, les États-Unis ou la Grande-Bretagne…

Dans les années 70, une grande campagne populaire de boycott des produits sud-africains (notamment des oranges Outspan) agite les Pays-Bas avant de rapidement s’étendre à de nombreux pays occidentaux. Le public est enfin massivement sensibilisé à la cause. Un réveil salvateur.

À partir de cet acte fondateur, le boycott s’intensifie dans de nombreuses régions du globe afin de lutter de manière concrète contre la politique ségrégationniste qui agitait le pays de Madiba. Le boycott est un symbole de résistance !

Depuis fin 2010 en France, une loi est passée, interdisant (sous certaines conditions) le boycott… Pourquoi ? Afin d’éviter que ce moyen de pression devienne un outil de propagande plutôt qu’un moyen politique. « Les faits de boycott ou de provocation au boycott peuvent s’analyser, selon les espèces, soit en une provocation à la discrimination, soit en une discrimination ayant pour effet d’entraver l’exercice d’une activité économique » expliquait en 2009 le procureur général de Paris. Quelques mois plut tard, la loi naissait.

Les boycotteurs, une association de malfaiteurs ?

N’est-ce pas là nous priver d’une liberté fondamentale sous couvert d’une obscure raison, compliquée voire impossible à déterminer ?

Gandhi qui lance un appel à boycotter les produits du Royaume-Uni pour lutter contre la colonisation, un provocateur ? Les militants anti-apartheid qui boycottent les produits sud-africains, des racistes ? Des intolérants aussi, les gays qui boycottent une marque de bière qui refuse d’engager des homosexuels ? Pareil pour les militants qui appellent au boycott des produits chinois pour soutenir le Tibet, ou des produits israéliens pour soutenir la Palestine ? Des méchants pas beaux qui empêchent le monde économique de tourner correctement ? On se pince pour ne pas rire (ou pleurer).

En fait, au niveau individuel,vous pouvez tout à fait décider de ne pas acheter de produits américains ou espagnols, jugeant qu’ils sont trop pleins de pesticides et d’OGM, ou même de refuser de consommer suédois, sous prétexte que vous n’aimez pas les Suédois, surtout leurs meubles (ceci est juste pour l’exemple, amis suédois, mes excuses !)

Personne ne vous suivra dans le supermarché en vous accusant de racisme. Là où vous devenez hors-la-loi, c’est si vous appelez au boycott des produits un pays. Encore une fois, c’est parfaitement ce qui avait eu lieu pour l’Afrique du sud, et même si ce boycott n’avait peut-être pas été bien accepté au début (les États craignant pour leurs sous) cela a fini par emporter l’adhésion de tous. C’est à peu près la même hypocrisie qui a fait que le monde entier a célébré le combat de Nelson Mandela à sa mort, alors que seule la gauche extrême a soutenu son combat dès le début.

Fin 2013, la question – et la loi avec – du boycott a refait surface, un collectif  (« Boycott 68) ayant été condamné pour avoir appelé au boycott des produits venant d’Israël. Les membres ont été condamné à 1000€ d’amende chacun (plus 7000€ de préjudices à des associations qui s’étaient portées partie civile dont la LICRA) ! Ils étaient poursuivis pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison de l’appartenance à une nation, une race ou une religion ». Suis-je le seul à trouver cela complètement disproportionné car hors-de-propos ?

A-t-on le droit dire que l’on soutient la Palestine (ou ce qu’il en reste) face à l’apartheid que subi ce semblant de pays – au peuple bien réel ? Il semblerait que non, même en France, et c’est une très mauvaise nouvelle pour la démocratie ! L’exemple de la condamnation des militants anti apartheid du 68 est frappant.

La loi française interdit tacitement le boycott des produits d’Israël. Encore une loi qui sous couvert de lutter contre le racisme alimente les injustices et crée le terreau favorable à l’éclosion de la haine. Gauche et droite s’accordent sur ce point, comme le montre Christine Taubira, interrogée récemment sur le sujet.

Il faut savoir que de nombreux biens israéliens ont été produits sur des terres qui sont, disons, en discussions entre Israël qui se les adjuge et les Palestiniens qui les cèdent sous la pression des armées.

Les résistants de BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions

Ne pas consommer de produits israéliens, spécialement ceux produits sur les terres colonisées, c’est un acte politique et militant qui parait aussi noble que l’a été ce geste à l’époque de l’apartheid sud-africain. Pas un acte antisémite. De la désobéissance civile qui devient acte d’humanisme.

L’association BDS fait figure de vraie résistante dans ce paysage. L’asso Boycott Désinvestissement, Sanctions fait des émules et sensibilise de plus en plus de monde grâce à son combat juste, citoyen et non-violent.

Les entreprises précisément visées par BDS – car non, toutes les entreprises israéliennes ne sont pas concernées, seulement celles qui tirent profit de l’apartheid et exploitent les richesses d’un pays occupé en dépit du droit international – sont AHava (cosmétiques), Sodastream (fabricant de sodas) et Mehadrin (agrumes, dattes, avocats…).

Allez voir leur site. Et si vous pensez aussi que parfois, désobéir est beaucoup plus raisonnable qu’obéir… À titre individuel, désobéissez !

 Le site de BDS France

 

Photo : afp.com/Sebastien Bozon

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4 commentaires

  1. L'indigné...de nuit

    Tes propos tombent sous le sens et il est bon de rappeler la fourberie du gouvernement à légiférer sur des affaires si importantes sans en rendre compte à leurs électeurs! Cette amende est simplement inacceptable et absurde. Car, si combattre l’injustice ne mérite pas de telles condamnations, alors arrêtons aussi de poursuivre les financiers véreux ou encore la lecture de BD, comics de super-héros et que sais-je!

    Enfin, vouloir contrôler le peuple est est un vieux rêve de monarque (ou d’enarque!) qui mène inexorablement à la désobéissance civile…à condition que le peuple reste vigilant.

    Désobéissons ensemble!!

  2. L'indigné...de nuit

    Ah oui! Et dire qu’un boycott sur une politique menée par un pays et non par un peuple ne peut mener à une provocation à la haine ou à la discrimination puisque c’est l’entité politique dudit pays qui est visée et point les habitants!

    Réfléchissons…ensemble!

  3. L'indignée jour et nuit

    En fait elle ne répond pas à la question de l’acte comme nécessaire et soutenant pour les minorités opprimées quelles qu’elles soient.

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