L'Indigné du Canapé

Pourquoi il faut refonder une vraie Sécurité Sociale (universelle et intégrale)

La Sécurité sociale française, pilier fondamental de notre système de protection sociale (vous savez, ce système qui vous permet de ne pas être sans revenu quand vous êtes malade, enceinte, ou à la retraite), a connu une lente dégradation depuis sa création en 1945. Initialement conçue comme un système universel et unifié, elle a progressivement été affaiblie par des décisions politiques libérales, favorisant l’émergence d’une concurrence du secteur privé.

Ici, on va démontrer que, dans tous les cas, la Sécurité sociale demeure plus efficace que les alternatives privées. Et que c’est pour cela qu’il faut la protéger et même la renforcer dans le domaine de la santé par exemple, et qu’il faudrait même la prolonger dans de nouveaux domaines d’utilité publique, comme le logement ou les transports, ou même l’alimentation.

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Les origines et l’âge d’or de la Sécurité sociale

La Sécurité sociale française est née dans le contexte particulier de l’après-guerre. Le Gouvernement provisoire de la République française institue officiellement le régime général de la Sécurité sociale sous l’impulsion du ministre du Travail Ambroise Croizat (un méchant coco) et du haut fonctionnaire Pierre Laroque. Ce nouveau système, inspiré par les idéaux du Conseil national de la Résistance (CNR qui serait aujourd’hui classé à l’extrême gauche), visait à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils seraient incapables de se les procurer par le travail. La création de la Sécurité sociale s’inscrivait dans un contexte social et politique favorable aux masses exploitées :
– Le Parti communiste était devenu le premier parti de France, avec 26% des voix
– La Confédération générale du travail (CGT) comptait 5 millions d’adhérents
– Le patronat était déconsidéré en raison de sa collaboration avec l’occupant nazi

Cette conjoncture a permis la mise en place d’un système ambitieux, géré par les travailleurs eux-mêmes, et financé par des cotisations sociales, c’est-à-dire une part collectivisée des salaires. La Sécurité sociale, c’est une brèche communiste dans un monde capitaliste : une partie de la richesse créée qui ne va pas dans les poches du patronat mais qui retourne aux travailleurs, notamment ceux dans l’incapacité de travailler, les femmes enceintes, les malades et blessés, les vieux qui peuvent enfin bénéficier d’une retraite… De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.

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Mais des premières réformes vont entraîner un lent affaiblissement de cet outil garantissant la solidarité entre toutes et tous. Dès 1947, on observe les premiers signes d’une remise en cause du modèle initial. La création de la retraite complémentaire pour les cadres, puis sa généralisation en 1961-1962, marque une première cassure dans le principe d’universalité.
Les ordonnances de 1967 sur la Sécurité sociale constituent un tournant majeur. Elles suppriment l’élection des administrateurs de la Sécurité sociale et divisent le système en plusieurs « branches », mettant fin à son unicité. Ces décisions, qui déclenchent une grève générale, marquent le début d’une série de réformes visant à réduire le périmètre et l’autonomie de la Sécurité sociale. En bref, plus on fragmente et divise le fonctionnement de cet outil, plus des intérêts individuels émergent (ceux des cadres par exemple), et plus il devient aisé de monter « les uns contre les autres » (surtout une fois qu’on a mis fin aux élections d’administrateurs).

L’accélération du démantèlement dans les années 1990

À partir des années 1990, on assiste à une accélération du processus d’affaiblissement de la Sécurité sociale, caractérisée par trois tendances principales :

La baisse des recettes : La création de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) en 1991 et de la Contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale (CRDS) en 1996 marque le début de l’étatisation du financement de la Sécurité sociale. Ces nouvelles sources de financement, basées sur l’impôt plutôt que sur les cotisations, réduisent progressivement l’autonomie financière du système. Eh oui, le système, originellement géré par les travailleurs (via les cotisations) pour les travailleurs (via la redistribution), est progressivement récupéré par l’Etat (qui entre dans le système en intégrant des impôts au système, la CSG, la CRDS) et baisse fortement les cotisations sociales. Vous savez, ces patrons et médias qui insistent lourdement, partout et tout le temps, pour dire qu’il y a trop de « charges » font en fait le jeu du privé et au contraire, nous entubent nous, les travailleurs. Pourquoi ?

La baisse des remboursements : Parallèlement à la baisse des cotisations, on observe une diminution progressive des taux de remboursement pour de nombreux actes médicaux et médicaments. Bah oui, un Etat libéral (et ses entreprises, et ses lobbies, et ses médias) va tout faire pour mettre cette énorme réserve d’argent qui circule à la base uniquement entre travailleurs et sans spéculation ni taux d’intérêt aux mains d’acteurs privés. Pour cela, on baisse les cotisations, et on les remplace par des impôts mais moins élevés. Ainsi, le système fonctionne moins bien, et cela pousse les assurés qui veulent continuer à être bien couverts face aux risques à se tourner vers des complémentaires santé privées (qui doivent faire des bénéfices et contenter des actionnaires, et qui doivent aussi dépenser de l’argent en marketing pour faire face à la concurrence, donc qui vont vous rembourser moins bien pour les mêmes actes).

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Pour illustrer, voici la démonstration brillante de D. Guiraud (LFI) qui montre comment l’Etat affaiblit sciemment la Sécurité sociale dans une perspective libérale :

@david_guiraud 🤔 Explication : Comment ils tuent la Sécurité Sociale #fyp #pourtoi #davidguiraud #clash #melenchon #macron #politique #etat #securitesociale ♬ son original – David Guiraud

L’ouverture à la concurrence : Bien que le monopole de la Sécurité sociale soit confirmé par la jurisprudence française et européenne, on constate une pression croissante pour ouvrir le système à la concurrence. Les tenants de la « liberté de choix » entre la Sécurité sociale et les assurances privées argumentent que l’assurance-maladie devrait être soumise aux règles du marché.

Ces évolutions ont eu plusieurs conséquences négatives :
Fragmentation du système : La multiplication des régimes et l’émergence des complémentaires santé ont conduit à une fragmentation du système, rendant sa gestion plus complexe et moins efficace.
Déresponsabilisation des assurés : L’échec de l’instauration d’une vraie démocratie sociale, avec la suppression de l’élection des administrateurs, a conduit à une déresponsabilisation des bénéficiaires qui en viennent parfois à se retourner contre la Sécurité sociale alors que c’est un outil à la base autogéré pour leurs intérêts.
Inégalités croissantes : La baisse des remboursements et le recours croissant aux complémentaires santé ont accentué les inégalités d’accès aux soins.

L’efficacité supérieure de la Sécurité sociale par rapport au privé

Malgré ces évolutions, la Sécurité sociale demeure plus efficace que les alternatives privées pour plusieurs raisons :
Économies d’échelle : La taille du système permet des économies d’échelle importantes, réduisant les coûts de gestion.
Absence de profit : Contrairement aux assurances privées, la Sécurité sociale n’a pas d’objectif de profit, permettant de consacrer une part plus importante des ressources aux prestations.
Solidarité intergénérationnelle : Le système par répartition permet une solidarité entre les générations, impossible à reproduire dans un système privé.
Couverture universelle : La Sécurité sociale couvre l’ensemble de la population, y compris les personnes à haut risque que les assurances privées refuseraient ou surfactureraient.
Stabilité à long terme : Le système public offre une stabilité et une pérennité que les assurances privées ne peuvent garantir.

Voici, pour illustrer, comment sont répartis 1000€ de dépenses publiques. Comme vous le voyez, à part 49€ pour la gestion (donc pour payer les fonctionnaires) et 40€ de charge de dette, soit moins de 9%, tout ce qui est payé est redistribué. Le privé vous fait souvent payer plus cher en comparaison, car il dépense plus en marketing notamment…

L’histoire de la Sécurité sociale française depuis sa création en 1945 est celle d’un système initialement conçu comme universel, solidaire, autogéré (communiste libertaire), progressivement affaibli par des décisions politiques libérales. Malgré ces attaques, la Sécurité sociale demeure plus efficace que les alternatives privées pour garantir une protection sociale de qualité à l’ensemble de la population. Pour préserver et renforcer ce système, il est crucial de revenir aux principes fondateurs de la Sécurité sociale : l’universalité, la solidarité et la gestion démocratique. Cela implique de résister aux pressions en faveur d’une privatisation accrue et de réaffirmer le rôle central de la Sécurité sociale dans notre modèle social.

La célébration du 80e anniversaire de la Sécurité sociale en 2025 doit être l’occasion de réaffirmer ces principes et de lancer une réflexion nationale sur l’avenir de notre protection sociale. Il est temps de réinventer notre Sécurité sociale pour la sauver, en s’inspirant de l’esprit novateur et solidaire qui a présidé à sa création. Et même, en vue de 2027, de pousser les partis les plus à gauche à proposer d’étendre la couverture sociale à des biens et services aussi vitaux que le logement, l’alimentation, ou encore les transports !

Sources : Wikipedia, https://www.capital.fr/economie-politique/quitter-la-securite-sociale-1396691 ; https://fresques.ina.fr/securite-sociale/parcours/0002/naissance-et-evolution-de-la-securite-sociale.html

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