Hommage à Nelson Mandela // Empêchons-nous de salir son dernier sourire !

 

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Il est des visages qu’il est impossible d’oublier. Celui de Nelson Mandela sera de ceux-là. Le Sud-Africain, l’Africain même, nous a quittés le 5 décembre 2013, et c’est comme si l’équilibre entre le bien et le mal s’en trouvait irrémédiablement perdu.

95 ans, c’est un bel âge. Partir entouré de toute sa famille, que rêver de mieux ? Mais dans l’histoire de cette tragique disparition, c’est le monde entier qui perd un être proche. « L’Afrique du Sud a perdu son plus grand fils. Notre peuple a perdu son père », a déclaré Jacob  Zuma, actuel Président sud-africain, personnage situé à mille lieues de la grande sagesse qu’incarnait Madiba, de son nom tribal.

Nelson Mandela était un symbole de courage, d’abnégation, de force, de révolte, de non-violence, de tolérance. Et dire que Sarkozy a osé dire un jour que l’homme noir n’était pas entré dans l’Histoire…

Durant ces prochains jours, personne ne doit accepter que Madiba soit récupéré. Que sa lutte soit détournée. Mais malheureusement, il le sera, elle le sera. Les Américains feront un film sur lui (un autre, plusieurs ont déjà été faits) comme pour célébrer un héros dont ils partagent les même valeurs alors que l’on sait tous que le Pays de l’Oncle Sam était opposé au combattant pour la paix.

Freedom Fighter : non-violence et désobéissance civile

Rappelons-nous que pendant 15 ans APRÈS qu’il ait gagné le prix Nobel de la Paix (1993), Nelson Mandela était encore sur les listes anti-terroristes des États-Unis, et il a toujours été considéré comme un opposant par les Reagan, les Thatcher et j’en passe ! Le FN par exemple, qu’on salue presque aujourd’hui comme le futur parti « tendance » en France, a toujours eu une méfiance malsaine pour le « terroriste » Nelson Mandela.

Sans aller dans les excès de Mélenchon qui a récemment déclaré que Madiba « était communiste », il est clair que les combats de Nelson Mandela le rapprochaient assez largement de la gauche de la gauche. L’Humanité par exemple, a été l’un des premiers grands journaux français à défendre le combat anti-apartheid du Monsieur. Et le Sud-Africain ne s’y est pas trompé : lors de son voyage en France en 1991, il a mis un point d’honneur à visiter les locaux du journal créé par Jean Jaurès avant même de rencontrer Mitterrand, le président de l’époque !

Avant sa condamnation en prison, un séjour qui durera plus de 27 ans (1962-1990) au nom de la liberté, Madiba prononcera ces mots :

Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J’espère vivre assez pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.

Nelson Mandela a combattu toute sa vie pour la liberté. Il a souvent pris des positions très fortes, considérant par exemple que « Israël est un système d’apartheid. Tout discours sur la paix restera creux tant qu’Israël continuera à occuper un territoire arabe ». Quel média influent – du FN au PS – a remis en lumière ces derniers jours cette dimension très engagée et actuelle de Madiba ?

Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.

Ernesto « Che » Guevara, Gandhi, Martin Luther King ou Mère Teresa sont tous partis avant lui, assassinés ou de leur belle mort. Exemple de désobéissance civile, Nelson Mandela était l’un des derniers résistants mythiques encore en vie. Seules ses dernières années, durant lesquelles fatigué, il a plus cherché le consensus que l’affrontement, ont pu permettre aux médias de le récupérer comme icône pacifiste plutôt que comme résistant engagé… Mais peut-on le reprocher à cet être unique qui a osé sacrifier sa vie au nom du Bien Commun ?

Après les départs de l’indigné Stéphane Hessel et d’Hugo Chavez, l’année 2013 est bien triste pour les combattants. Il faut souhaiter que dans notre recherche d’un monde plus juste et plus libre, d’autres combattants sauront reprendre et porter loin le flambeau contestataire.

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2 commentaires

  1. L'indigné incertain

    Peut-on mettre sur le même plan Nelson Mandela et Hugo Chavez?
    Non point que je ne permette pas de remettre en cause le désormais « demi-dieu de la paix » mais plutôt l’action d’Hugo Chavez.

    Si les mesures entreprises par ce dernier lors de sa première élection sont marquées du sceau de l’égalité, de la reprise du pouvoir étatique sur les grandes entreprises et de son émancipation de la domination des USA, sa fin est moins glorieuse. Au fil de ses réélections, sa gouvernance vire à la dictature.
    Toutefois, peut-on vraiment lui reprocher d’avoir essayé de nager à contre-courant du tsunami néolibérale?

    • Je crois que ton avant dernière phrase est légèrement exagérée.
      Je crois que dans ta dernière phrase, tu reviens à la raison !
      Je les mets sur un pied d’égalité à bon escient, tout simplement parce que les deux hommes ont combattu l’injustice et la toute puissance capitaliste/occidentale (et ce qu’elle engendre : racisme, exclusions, guerres, etc.) avec la même fougue, mais pas avec les mêmes moyens.
      Mandela a quand même été proche du pouvoir cubain, de Arafat, de Kadhafi… Pourquoi pas le rapprocher de Chavez ?

      Je ne considère pas Chavez comme un dictateur, même si certains faits dans sa manière de gouverner pouvait ressembler à du pouvoir totalitaire,
      comme son emprise sur les TV.
      Mais dans ces histoires, beaucoup de désinformation a circulé. Car le propre d’une dictature qui ne dit pas son nom, c’est de discréditer les autres régimes.
      Et honnêtement, je ne sais aujourd’hui quel régime ressemble plus à une dictature que le modèle occidental dominé par le pouvoir financier mondialisé, sur lequel plus aucun état n’a d’emprise…

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