L'Indigné du Canapé

Le modèle de Preston : pour une économie locale, sociale et écolo

Il n’y a pas de main invisible qui régulerait tous les marchés comme par enchantement. Dans un monde où certains sont géants et d’autres tout petits, il n’y a pas de formule magique permettant à chacun de poursuivre ses intérêts propres et égoïstes et aboutissant à un modèle juste et idéal pour tous.

Croire cela, c’est considérer que le loup et l’agneau sont égaux et ont les mêmes chances dans un face à face.
C’est considérer que le patron qui propose un CDD à temps partiel à 600€ est aussi heureux de signer le contrat que la pauvre mère de famille qui va devoir survivre avec ce maigre revenu et ses horaires éclatés, entre très tôt le matin et très tard le soir.
C’est considérer que l’investisseur fait du bien à l’économie en cherchant à faire plus de bénéfices en spéculant sur des matières premières (en espérant que la valeur de l’actif monte ou baisse en fonction des guerres, des crises, des conditions climatiques, etc.) plutôt qu’en investissant dans une coopérative alimentaire ou sanitaire dans sa ville (car elle fait moins de profits, et de toute façon, elle ne peut même pas entrer en Bourse, hahaha, la pauvrette…).

Bref, l’économie et ses acteurs influents, en se désencastrant de la réalité historique, sociale, politique, écologique, en tentant de devenir la seule priorité d’un monde tout entier absorbé dans le capitalisme, le libéralisme, la croissance, et totalement aveugle aux nécessités du lien social, de la cohésion, du bien-être, de la démocratie, ont créé plus de problèmes que de solutions.
Il est temps de réencastrer l’économie dans la société. Il est temps de redonner du sens aux échanges, aux liens, et de penser au bien-être collectif.

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C’est en ce sens que le modèle de Preston a été inventé, dans les années ayant suivi la crise financière de 2008. Il tire son nom de la ville de Preston au Royaume-Uni, où il a été pensé et testé sous l’initiative de deux conseillers municipaux de gauche, Matthew Brown et son collègue Martyn Rawlinson. Leur but : sortir « leur » ville de la précarité et de l’austérité. Ces derniers expliquaient la misère régnant dans leur ville par une « activité [qui] servait à enrichir des groupes londoniens ou étrangers, qui ne privilégiaient ni l’emploi ni les produits locaux ».
Depuis, le modèle de Preston a inspiré la politique municipale de la ville de Cleveland (Etats-Unis), très impactée par la crise des subprimes, et essaime un peu partout (dans les têtes surtout, pour le moment).

Relocaliser et démocratiser l’économie

En quoi consiste ce modèle exactement ? En un circuit économique local, circulaire et vertueux, car bénéfique à tous. Un modèle local, mais aussi social et écologique.
Dans un premier temps, il consiste à défendre l’idée que davantage de moyens économiques peuvent être conservés dans l’économie locale à partir du moment où les écoles, les hôpitaux, les municipalités (toutes les institutions publiques) utilisent leur budget pour acheter des biens et des services auprès de firmes locales plutôt que d’entreprises multinationales exilées fiscalement (appels d’offre plus petits avec clause de proximité et de qualité).
De plus, Brown défend l’idée que ces firmes locales ont tout intérêt à être des coopératives afin que les profits éventuels reviennent aux travailleurs -à tous les travailleurs – plutôt qu’à des d’actionnaires.
Enfin, cela fonctionne encore mieux avec une augmentation des salaires des fonctionnaires puisqu’ils pourront d’autant mieux consommer et participer à l’essor de ces nouvelles coopératives (et ainsi, améliorer aussi les revenus des coopérants) !

L’idée de fond est bien la suivante : l’économie doit servir aux individus et à la collectivité, elle doit donc être pensée par la collectivité pour construire une société dans laquelle il fait bon vivre, et pas être capturée par une sphère financière et technocratique ayant fait sécession (ou séparatisme).

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Concrètement, c’est par différents outils existant déjà (analyse des dépenses publiques, ajustement des contrats d’achat public, formation de nouveaux fournisseurs, création locale d’entreprises coopératives) que le modèle de Preston se met en place. Tranquillement.
« C’est l’idée que les marchés publics, qui sont en apparence une question ennuyeuse et technocratique, sont en fait un enjeu éminemment politique. En ne voyant pas ce rôle potentiel de l’achat public, nous avons massivement sous-estimé un moyen important dont disposent les élus pour améliorer la vie des gens ». (Martin O’Neill, maître de conférences en philosophie politique à l’université de York)

A Cleveland, ce modèle aurait permis de réinjecter 3 milliards de dollars dans le tissu économique local (budget global des institutions publiques de la ville). N’est-ce pas mieux que de voir cette fortune s’échapper dans des circuits opaques et avantageant toujours les mêmes industries, pendant que 40% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté ?

Pour continuer à soutenir l’économie locale, d’autres actions ont vu le jour, on sont en gestation. La ville de Preston a rédigé un manuel sur les marchés publics afin d’aider les citoyens et les villes à s’emparer de leur modèle. Elle a également préparé un guide à destination des PME et autres producteurs, afin de mieux comprendre comment postuler aux appels d’offre de leur ville. Le cercle vertueux commence ainsi, mais ce n’est pas tout.
Une monnaie locale (la « livre du Bristol ») est également à l’étude. Elle a pour avantage de ne pas pouvoir être utilisée comme outil de spéculation ni à l’autre bout du monde, et donc de ne pouvoir que stimuler la consommation locale, et donc la production locale des industries indépendantes du territoire. Logique, pratique, social, écologique.

Pour aller plus loin, Preston souhaite créer une banque communautaire sans but lucratif, basée sur le modèle allemand, pour soutenir les créations et le développement de petites entreprises locales. L’objectif étant qu’une banque communautaire et éthique prête non pas pour faire des profits futurs, mais réellement pour permettre à des projets utiles à tous et vertueux écologiquement voient le jour. Tout l’inverse de la logique financière des banques commerciales classiques.

La banque communautaire est une autre pièce du puzzle. Le principe reste le même : relocaliser l’investissement et permettre à la communauté de mieux contrôler l’économie locale. » Matthew Brown

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Et devinez quoi, ce modèle fonctionne. Ce n’est pas une vue de l’esprit, une lubie anarchisante, un dangereux projet islamogauchiste… C’est simplement une réponse à la nécessité de remettre le capitalisme à sa place (sur une étagère évoquant le passé), une réponse sur la nécessité de l’égalité dans la sphère économique. Lisez plutôt les résultats d’une « étude d’impact » mesurant l’efficacité du « modèle de Preston » (extrait du site Ritimo) :

Les premiers résultats de tous ces changements sont prometteurs. Preston a enregistré la deuxième plus importante amélioration de son « indice de privation multiple », un indice officiel utilisé par le gouvernement britannique, entre 2010 et 2015 (LCRCA 2018). En novembre 2018, elle a été désignée comme la ville « s’étant le plus améliorée » du Royaume-Uni selon le Good Growth for Cities Index, qui mesure l’emploi, le salaire des travailleurs, les prix des logements, les transports, l’environnement, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et les inégalités.

C’est radical et prouvé que le mal des maux, c’est le capitalisme, pas les étrangers, pas l’Islam, pas le féminisme ou la sexualité des un.e.s ou des autres, le capitalisme ! Et si c’était aussi simple que cela de faire un premier pas vers le collectivisme et le localisme économiques (bref, vers la sortie du capitalisme) ?

Source :
https://www.bastamag.net/Municipales-modele-Preston-budgets-municipaux-emplois-locaux-cooperatives-banques-regionales-villes-contre-multinationales
https://www.ritimo.org/Le-modele-de-Preston
https://www.franceinter.fr/emissions/histoires-economiques/histoires-economiques-24-octobre-2019
https://www.youtube.com/watch?v=MObfh_VNqs4&ab_channel=TheLauraFlandersShow

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