L'Indigné du Canapé

L’Education nationale se zemmourise dans l’indifférence générale

L’Education nationale n’est pas uniquement le projet purement émancipateur et libéral (au niveau culturel) qu’il dit être. Oui, c’est une institution qui a permis d’accompagner une certaine progression des conditions matérielles d’existence des moins nantis, qui a formé des générations et des générations, qui les a diplômés, qui les a fait passer de la paysannerie à l’industrie, puis de l’industrie aux services.

Mais c’est aussi un projet conservateur et libéral, au sens économique. Ce fut un moyen de discipliner les corps, un moyen d’uniformiser en masse tout en hiérarchisant les savoirs au profit de ceux appartenant à la bourgeoisie, un moyen d’occuper les jeunes gens quand leurs deux parents – travailleurs – ne pouvaient pas ou plus le faire, un moyen d’adapter les nouvelles générations aux besoins des nouvelles productions capitalistes, un moyen de former des cerveaux pour gagner la course à l’innovation, mais encore un moyen de trier afin de toujours, toujours, avoir le bon nombre d’ouvriers, d’employés, de chômeurs sur le marché…

En ce sens, l’Education nationale est une institution complexe. Elle n’est pas fondamentalement capitaliste, car ses fonctionnaires n’y font pas de profits et n’enrichissent pas de patrons capitalistes directement. Mais elle crée le carburant pour de futurs gains capitalistes. Un peu comme l’Etat néolibéral en général, elle est un outil à disposition des puissants industriels quand elle est tordue en ce sens. Ainsi, on pourrait aussi imaginer qu’elle puisse être repensée de manière plus émancipatrice, dans un Etat social… Idée dont on s’éloigne à grands depuis 40 ans.

L’éducation nationale est schizophrène

« L’école » crée donc de la confusion, des injonctions contradictoires, voire du cynisme et de la réactance. On a des profs qui veulent bien faire, qui très souvent croient au mythe de l’école formatrice et ascenseur social, mais qui se cassent les dents jour après jour, d’un côté sur une hiérarchie qui elle, n’hésite pas à dompter, uniformiser, trier, voire casser de l’élève sans vergogne (on a aussi des profs qui jouent ce jeu, consciemment ou inconsciemment). Et de l’autre, les profs sont face à des élèves qui vivent leur vie adolescente assis, passifs, ennuyés, voire mécontents. Et qui donc, parfois, s’en prennent à l’école, puisque c’est là qu’ils passent (ou perdent) le plus clair de leur temps et subissent donc directement l’Etat. Et les parents, pour ne rien arranger au schmilblick, sont souvent les premiers à les encourager à faire mieux qu’eux à l’école, alors qu’ils connaissent la mascarade, qu’ils savent que ce lieu rime avec ennui, violences réelles et symboliques, honte, frustration. Ce qui crée des conflits sur l’école au sein du foyer et n’aide pas. Bref, l’école et la société, la société scolaire, c’est irréconciliable, c’est mathématiquement irrésolvable, car c’est schizophrène.

Ce système scolaire est usé, et il est de pire en pire. Car les gouvernements qui s’enchainent, tous biberonnés à l’autorité comme unique solution, ne font qu’aggraver la situation en disant l’améliorer. Toujours plus d’heures de cours, d’autorité, de violence, de sexisme, de racisme, d’ennui, de méthodes chiantes, de discipline nulle… ça assomme parfois, mais ça ne fonctionne pas. Toujours plus de tri, de calcul budgétaire, d’économies sur le dos de l’enseignement, toujours plus d’élèves par classe, d’administratif et de comptes à rendre à la hiérarchie… ça se donne des airs d’ordre et de progrès, mais c’est la vraie décadence, et la perte de sens.
De quelles réformes je parle ?

Les récentes réformes scolaires sont d’extrême droite

-Rationnaliser au maximum les recrutements au concours et les fermetures de classe pour qu’il y ait partout sur le territoire le maximum d’élèves devant chaque enseignant (ce fait faire des économiques mais qui augmente la charge mentale des enseignants en classe, mais aussi leur travail hors classe)
-Ne pas augmenter les traitements des profs, geler les points d’indice, bref, baisser mécaniquement les salaires depuis 40 ans (ce qui limite les recrutement, et permet aussi d’économiser sur le budget de l’éducation)
-Limiter les rares « hausses de revenus » à des primes non garanties à tou.te.s et non comptabilisées dans le calcul de la retraite (ce qui précarise la profession et là encore, réduit le nombre de futurs candidats à la profession)

– Faire en sorte que les profs fassent leurs formations hors temps scolaire (ce qui augmente encore plus le temps de travail, donc la charge mentale et la fatigue, donc le sentiment d’impuissance et de mal faire son travail)
-Prévoir une baisse des vacances scolaire et l’annualisation du service des enseignants (pour pouvoir toujours plus augmenter leur taf, à ces feignasses).

-Vouloir à tout prix que les élèves partent le plus tard possible en vacances en été, en leur imposant des trucs genre le SNU ou des stages en entreprise (ce qui n’est rien d’autre qu’une vision autoritaire et capitaliste de l’école : celle-ci doit transmettre « les valeurs de la République », mais pas l’égalité ou la fraternité, non, mais l’argent, le travail, l’ordre, la patrie, bref, une vision carrément rétrograde qu’on retrouve dans les programmes les plus à l’extrême droite de l’échiquier politique)

-Prévoir le retour de l’uniforme (autorité, autorité, quand tu nous tiens : encore une idée complètement en décalage avec les besoins réels des élèves, des parents, des enseignants…)
-Interdire l’abaya après le voile (une mesure à la fois raciste et sexiste, c’est le bingo : de manière générale, on le sait, c’est toujours le corps des femmes qui est contrôlé sous des prétextes de sécurité, jamais le comportement masculin qui est remis en question, dans une parfaite illustration de la culture du viol).

-Prévoir des groupes de niveau au collège, et conditionner l’obtention du brevet au passage en seconde (il faut adapter l’école au marché du travail, et pas donner un socle de connaissances large à toutes et à tous, peu importe que certains soient d’ores et déjà stigmatisés voire sortent du système sans rien)
-Réduire encore et encore le nombre d’heures de cours en lycée professionnel (voir point précédent : le tri social fait son œuvre, et pour faire des économiques, on rabote sur les cours des moins ambitieux scolairement…On s’en fiche puisqu’ils sont destinés à occuper les emplois les plus précaires).

Lire aussi : 7 principes qui prouvent que l’Ecole de la République n’est pas démocratique

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Zemmour jubile. Le Pen acquiesce. L’école est actuellement un lieu de mise au pas, dans une vision à la fois pro-capitaliste et pro-nationaliste assez angoissante.
En ce moment, les pays capitalistes sont en crise. Peu de croissance, peu de débouchés, des secteurs en crise, des remous voire des révoltes. Les gouvernants serrent donc la vis : qu’il soient de droite radicale, d’extrême droite ou du centre-droit, ils s’allient ou dérivent sur leur droite en arguant que c’est la seule solution : il faut travailler plus, il faut se tenir à carreau, il faut faire des enfants, il faut aimer son pays.
Travail famille patrie.

C’est votre rêve, à vous ? Pas le mien.
C’est cela pour vous, l’école idéale ? Pas pour moi.

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