L'Indigné du Canapé

Loi Immigration : les néolibéraux préfèrent l’extrême droite à la démocratie

J’aime le dire et le répéter. En tant qu’anarchistes, nous ne sommes pas pour les démocraties modernes, ou plutôt pour ce système politique qui se rapproche bien plus d’oligarchies élues que de systèmes permettant à chacune et chacun de décider pour toutes et tous.
Nous ne défendons donc pas spécialement la Constitution (pierre angulaire d’un droit bourgeois), mais en tant que matérialistes, nous réagissons aux faits, et toujours dans le sens de l’émancipation du plus grand nombre. C’est ainsi que nous réagissons à la loi récente au sujet de l’immigration votée par le Gouvernement Borne avec le soutien de la droite et de l’extrême droite, ne l’oublions jamais.

Lors de son premier mandat, Macron (et toute sa cour, politique, journalistique, économique) a tenté de faire illusion sur son positionnement politique : ni de gauche ni de droite, à gauche et à droite, afin de siphonner les deux anciens blocs politiques de ses forces vives (ou de ses traîtres, comme dirait Rachida Dati, sa nouvelle Ministre de la Culture, lol). En réalité, dès 2017, il a mené une politique de droite et nous n’étions pas dupes ici.

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Mais depuis le début de son deuxième mandat, plus le temps pour l’illusion ou la rhétorique. Macron a mis la barre à droite toute. A la droite de la droite. Oui, à l’extrême droite. Les médias ont beau s’en donner à coeur joie sur la gauche « radicale », sur la trotskyste LFI, l’antisémite Mélenchon, s’époumoner pour tenter de convaincre qui veut l’entendre que les extrêmes se rejoignent, le RN vote souvent avec Renaissance (ou s’abstient). Le RN évite de venir tout court ou a minima de venir polémiquer dans l’Assemblée. Le RN évite de proposer des amendements. Le RN évite de prendre des positions fortes dans les médias. Pour amasser les soutiens des mécontents, mieux vaut ne rien dire, ne rien faire, et critiquer dans le sens du vent, quitte à tout dire et son contraire.

Et comme les médias mainstream ne parlent jamais de ces connivences droitières entre Renaissance et le RN, et comme ils continuent de présenter le parti des Le Pen comme l’adversaire crédible, l’outsider de plus en plus républicain et fréquentable, le parti qui monte qui monte, le parti qu’il faut inviter à toutes les occasions eh bien… le parti monte et monte (c’est ballot).

Et que fait la Macronie, politiquement ? Elle dit « combattre » son « adversaire politique » en allant toujours plus à droite voire en récupérant celles d’extrême droite (rappelons-nous que pour Darmanin, Le Pen est trop molle). Renaissance réduit les taxes et les impôts pour les plus riches, ne fait rien contre les multinationales et les plus fortunés, ne réduit pas les inégalités économiques et sociales mais au contraire fait grimper le taux de pauvreté, et propose des « solutions » moyenâgeuses et autoritaires comme les uniformes à l’école. Elle stigmatise les pauvres, mais aussi minorités (musulmanes et étrangères notamment). Elle fait fermer des associations musulmanes sur des bases obscures grâce à une loi nauséabonde. Elle retire les agréments d’écoles musulmanes pourtant reconnues (et ne dit rien quand des écoles d’autres confessions accumulent les scandales, coucou Stanislas). Elle laisse des intervenants médiatiques et politiques enchaîner les mensonges et les exagérations sur tout ce que feraient « subir » les étrangers et ceux qui ne sont pas Français depuis six générations aux « vrais » Français…

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C’est dans ce contexte qu’a été votée la Loi Immigration, par le RN, LR et Renaissance, tous unis dans la réaction et le mépris des corps intermédiaires.

Renaissance a clairement fait voter un texte anticonstitutionnel, sur plusieurs points. Déjà, car il était bourré de cavaliers législatifs, c’est-à-dire d’articles qui n’étaient pas en rapport avec la loi initiale, mais qu’on a tenté de faire passer en catimini en les mêlant à une loi dont on savait qu’elle passerait. Cela a concerné 32 articles sur 86 retoqués par le Conseil Constitutionnel. Mais retoqués sur la forme du coup, pas sur le fond, donc ils pourraient revenir par la fenêtre, dans une future loi.
Le Conseil a aussi rejeté certains articles sur le fond car ils constituaient des entorses à l’égalité des droits, un fondement de nos « démocraties » libérales. Ces entorses (majoritairement introduites par la droite au Sénat) consacraient en gros le principe de préférence nationale, cher au RN depuis bien longtemps.
Mais ne nous réjouissons pas trop vite, donc.

Pour un gouvernement soi-disant centriste, agir comme cela – faire voter un texte en attendant qu’il soit censuré par le Conseil constitutionnel – a quelque chose de dérangeant. Jouer ainsi avec les règles pour ne pas accepter la joute politique, pour ne pas chercher à convaincre, pour ne pas asseoir clairement ses positions, c’est dérangeant. Cela fait le jeu de l’extrême droite qui fustige à la fois le manque de démocratie (à juste titre, puisque Renaissance ne fait pas de politique, pas de l’administratif en faveur du capital), mais aussi le manque de liberté d’action des dirigeants, ce qui est évidemment plus problématique. On le sait car on connait l’Histoire, le but de tout parti d’extrême droite est de mettre en place un régime où seuls ses dirigeants ont du pouvoir, et où les contre-pouvoirs se font discrets ou sont éliminés. Marine Le Pen ou Zemmour défendent (plus ou moins en l’assumant) des programmes politiques racistes et donc allant à l’encontre de la Constitution. Le jeu de Macron les renforce et leur donne la légitimité pour, un jour peut-être, nier tout pouvoir de décision au Conseil constitutionnel au nom même de la démocratie (filou, même vicieux, mais stratégiquement habile vu la manière dont la Macronie joue avec les règles).

Lire aussi : le libéralisme autoritaire et sa haine des corps intermédiaires

La Loi Immigration est problématique, dangereuse et nauséabonde a plus d’un titre (lire cet article, ou celui-là). Mais la manière dont elle a été adoptée l’est également. On ne combat pas un adversaire politique avec ses idées. Sinon, il y a belle lurette que Macron aurait augmenté le SMIC pour combattre LFI, ou imposé des normes environnementales et sanitaires plus strictes aux entreprises pour combattre EELV.
On ne combat pas non plus un adversaire politique en s’affaiblissant, en mettant aux yeux de toutes et tous le Conseil Constitutionnel – et de manière générale, les corps intermédiaires et les autorités tierces – en porte-à-faux. Car c’est là encore faire le jeu des autoritaires qui veulent affaiblir la démocratie encore plus ouvertement que ne le fait Macron.

Le libéralisme (et a fortiori, le néolibéralisme) n’est pas une idéologie de la liberté, mais une idéologie de la domination de la bourgeoisie capitaliste. Elle utilise l’Etat pour défendre les intérêts de la classe dominante coûte que coûte, quitte à épouser les thèses fascistes si la situation l’exige.
En revanche, elle a pour ennemi fondamental (de classe) les idées anticapitalistes, les idées révolutionnaires, bref, les idées incarnées historiquement par la gauche la plus radicale : socialisme, anarchisme, communisme.

Voir aussi : La naissance du fascisme

Si vous détestez Macron et son monde, l’alternative n’est pas chez Le Pen, encore moins chez Zemmour, pas plus que chez Ciotti. Il faut tourner la tête, décoller les yeux de Cnews, et aller se renseigner sur la philosophie politique. Comprendre le rôle de l’anarchisme et du communisme dans les mouvements ouvriers et les améliorations concrètes de la vie des travailleurs, comprendre l’intérêt de défendre la fin du capitalisme et enfin, enfin, se mettre en mouvement, mais dans un sens qui permette l’émancipation réelle de toutes et tous.

Bisous.

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