L'Indigné du Canapé

« Une transition de genre maintenant, c’est trop facile »

Une contribution issue de Twitter signée Anna Marchal :

« Une transition de genre maintenant c’est trop facile, tu vas chez n’importe quel médecin et il te prescrit des hormones à la première consult’ en 5 minutes, puis les chirurgies tu as juste à appeler et ça va très vite ! ? »Quand la désinformation se heurte à la réalité

Une « lubie », un « caprice », un « effet de mode », des mots témoins d’ignorance et/ou de malveillance minimisant des parcours si difficiles. Pour illustrer cela, je fais état ici du mien qui, après 5 ans, n’est à mon sens pas encore terminé ?

Passées les longues années de refoulement est arrivé le déclic, le moment où j’ai su que je ne pouvais plus vivre en jouant ce rôle masculin. La réflexion, intense, et les coming-outs se sont étalés sur plusieurs mois.

En parallèle et parce que j’en avais besoin, j’ai consulté une psychiatre pendant plus de deux ans – non pas pour « diagnostiquer » ma transidentité mais pour m’aider à lutter contre les épreuves qui arrivaient. Elles ont été nombreuses et surtout familiales. Alors que je n’ai pas choisi de vivre cela (je m’en serais volontiers bien passé), mes parents ont choisi, eux, de rejeter ma transidentité et de se battre – contre ma femme et moi – pour m’empêcher de la réaliser. À tout prix. Ils ont emporté dans leur refus catégorique tout un pan de ma famille, frère et soeur, cousins, oncles, tantes, tout le monde en fait, y compris ma grand-mère que je ne peux plus voir (c’est une longue histoire que je raconterai plus tard).

La psychiatre m’a été d’un grand secours.
Au bout d’un an de consultations, elle m’a écrit la fameuse attestation « prouvant » ma transidentité et, grâce à celle-ci (elle n’est pas obligatoire mais très fortement demandée), j’ai pu trouver un médecin pour une prescription de traitement hormonal.
Trois consultations étalées sur 3 mois avec ce même médecin et je pouvais enfin avoir ces molécules qui ont progressivement changé ma vie – avec bonheur.
Connaissant les longs délais, j’ai appelé des chirurgiens pour la chirurgie du visage et celle plus en bas (car j’en avais besoin mais ce n’est pas le cas de toustes).
On m’a dit qu’il y avait 1 an d’attente pour un premier rdv à Lyon.

Ensuite 3 ans pour la chirurgie. À Lille c’était 3 ans en tout. À Grenoble il n’y avait rien.
À Marseille on m’a dit « euh, allez ailleurs, y’a plus de place ».
J’étais abattue mais j’ai choisi Lyon tout de même avec un chir’ privé qui officie dans le public. Plusieurs allers-retours. Après plus d’une année de rien, un crédit et une facture de 4400 euros (ça pique plus que la chirurgie) pour un délai d’un an à la place de 3 et j’avais enfin ma féminisation du visage (conditionnée par l’attestation psy FPATH) – une chirurgie que les chirurgiens et la sécu considèrent comme de la reconstruction et non de l’esthétique.

Avant tout cela, j’ai changé de prénom avec tous les papiers « preuve » qu’ils demandaient au bout d’un an de traitement hormonal.
Puis après ça, j’ai continué mes consults pour la chir’ génitale (avec ma tronche toute éclatée du moment) à Lyon toujours. Huit mois pour un premier rdv, et deuxième rdv 8 mois plus tard, après une validation du projet par un endocrinologue et un psychiatre de la FPATH. Ouf, c’est passé. Et on m’a dit « maintenant que tout est ok, le délai pour l’opération est de 18 mois ». J’étais là, au téléphone, et j’ai fait gloup. Il en faut, de la patience. Normalement, si l’hôpital se remet de sa crise et si on a pas une vague COVID en plus, ma dernière chirurgie sera donc dans moins d’un an.

Bon. Avec tout ça, j’ai aussi fait la procédure de changement d’état civil. Réunir tous les documents « preuve », constituer le dossier (galère) et paf, délai de réponse de 6 mois.
Je reçois une lettre et une convocation au tribunal dans 6 mois. Allez, ça fait qu’un an de plus. Et là bas, la juge me dit qu’il faudra encore attendre 4 mois pour avoir le délibéré.
Ça n’aura pris qu’un an et 4 mois pour changer d’état civil… ?

Bref. Les « primum non nocere » et pseudo arguments anti-trans disant que tout est facile alimentent les paniques mais c’est déjà le cas, c’est déjà super long et laborieux, c’est parfois des sacrifices immenses, des décisions à prendre extrêmement difficiles et encore, je ne parle pas de la transphobie qui règne partout, de tous ces gens qui veulent nous empêcher de vivre.

Quand ce sera terminé pour moi, après ces 6 ans de transition, je pourrais peut-être enfin vivre sereinement mais je n’oublierai pas les conséquences de tout cela, de ce rejet des transidentités qui m’a fait poireauter autant (merci le moral), qui m’a fait perdre une énorme partie de ma famille, certains amis (pas trop des amis du coup), notre accès à la PMA pour un 2ème enfant, notre vie de couple dont j’ai tant à écrire aussi… et j’en passe !
Force aux personnes trans ❤ et plus encore aux personnes racisées et handicapées qui subissent plus de discriminations et de rejet encore.

L’accès aux soins évolue tout doucement, trop doucement.
Nous méritons une meilleure prise en charge. »
#TransRightsAreHumanRights

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