L'Indigné du Canapé

CNews ou la preuve par 3 que l’extrême droite est incontrôlable

En démocratie, on est censé accueillir toutes les opinions, tant qu’elles respectent le cadre démocratique et la dignité de toutes et tous. Problème : comment fait-on face à des idéologies qui disent respecter le cadre démocratique (en façade), mais qui refusent de se plier à toute contrainte et toute limitation de leur pouvoir dès qu’on leur fait remarquer qu’elles n’agissent pas de manière démocratique ?

Bolloré est un riche industriel conservateur ayant fait sa fortune en Afrique, et qui, depuis qu’il rachète en pagaille des médias, diffuse et promeut l’idéologie d’extrême droite en France. Le groupe Canal (sa chaîne emblématique CNews mais aussi C8) a permis de faire émerger le candidat Zemmour ou le chroniqueur politique Praud (qui était un tantinet meilleur et moins dangereux à parler de foot), de transformer l’image du clown Hanouna en clinglé fascistoïde, mais aussi de promouvoir tout un tas de figures plutôt cantonnées à la droite de la droite voire à la fachosphère : Rioufol, Lejeune, Bercoff, d’Ornellas, Bock-Côté, Bastié, entre autres. Il a même récupéré en guise de chroniqueur un certain De Villiers, rendant floue la frontière entre politicien et éditorialiste (c’est important pour la suite).

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CNews, une chaîne multirécidiviste

Le groupe ou certains de ses intervenants ont régulièrement été épinglés, mis en en garde, mis en demeure, et même parfois condamnés pour incitation à la haine, incitation à la violence, à la suite de divers propos mensongers, erronés, malhonnêtes, discriminatoires. En voici une liste assez exhaustive (merci aux Sleeping Giants) :

Les graphiques s’arrêtent à fin 2023, mais les polémiques ont continué en 2024, par exemple tout récemment sur l’IVG comme première cause de mortalité au monde…
Est-ce respecter la démocratie que de tenir ce genre de propos faux, imprécis, impropres, discriminatoires, etc. sur une chaîne de grande écoute qui se dit être une chaîne d’information ? Non.

Pourtant, vous n’entendrez jamais un quelconque journaliste du groupe faire son travail, c’est-à-dire réfléchir contre lui-même, contre la main qui le nourrit, donc faire amende honorable, reconnaître une erreur, des abus. Ils font corps contre les instances juridiques, n’étant jamais responsables de rien, étant toujours victimes d’une gauche omniprésente (la bonne blague). C’est la stratégie de la citadelle assiégée, une stratégie bien connue qui a permis au RN de grimper dans les sondages de décennie en décennie malgré de très nombreuses affaires et scandales qui font tache. Ne rien assumer, remettre toute la faute sur les autres en jouant sur les bas instincts : c’est comme cela que la droite de la droite fait toujours, et ça fonctionne (on l’a vu aussi aux US où Trump a surjoué de cela).

Critiquer CNews, c’est être critiquable (CNews est une sainte chaîne, priez pour elle)

Venons-en à l’actualité. Le Conseil d’Etat a été saisi par RSF (Reporters Sans Frontières) car l’association souhaiterait que l’ARCOM (ex CSA) cesse de simplement faire des rappels à la loi à la chaîne CNews et sévisse, notamment au sujet du pluralisme de l’information. CNews se désignant elle-même comme une chaîne d’information, et ayant signé une charte en ce sens pour avoir accès aux fréquences de la TNT (bien public), elle doit assurer une information indépendante, honnête et pluraliste.

Or, plusieurs problèmes se posent. Déjà, CNews ne produit que très peu d’informations, la majorité de sa grille étant occupé par du débat, donc de l’opinion. De plus, la chaîne invite en grande majorité des politiciens de droite, et très peu de personnes de gauche. Elle se plaint de ne pas réussir à les attirer, mais cela n’est pas étonnant vu comment elle les reçoit : c’est être dans un tribunal, voire au poste de police que d’être face à Praud, ou Bock-Côté, ou Lévy, ou autres, quand on n’est pas de droite.
Enfin, on l’a vu précédemment, la majorité des journalistes et chroniqueurs de la chaîne sont conservateurs, voire réactionnaires, et il n’y a quasiment pas de chroniqueurs de gauche (ou alors, des gens qui s’auto-diagnostiquent de gauche alors qu’ils n’ont pas tenu un seul discours de gauche depuis bien longtemps, big up à Onfray et à Naulleau ici).

Bref, quels sont les anticorps démocratiques face à ce constat ? Eh bien, déjà, si CNews (ou n’importe quelle autre chaîne d’ailleurs) refuse de se plier aux conditions pour émettre sur les canaux publics et gratuits de la TNT (c’est-à-dire être une chaîne d’information et une chaîne pluraliste, mais aussi être indépendante vis-à-vis de ses actionnaires), il faut tout simplement ne pas renouveler cet accord. Ce n’est pas de la censure, la chaîne de Bolloré devrait simplement se trouver et se payer un autre canal, comme la chaîne Le Média par exemple, qui est une chaîne de gauche et qui ne s’en cache pas, mais qui ne remplit pas les conditions pour être sur la TNT.

Par ailleurs, il faudrait que l’ARCOM trouve une nouvelle manière de comptabiliser le temps de parole des différents intervenants sur les chaînes de télé. Depuis une loi datée de 1986 et jusqu’à présent, on ne comptabilisait que les temps de parole des invités politiques. Sauf qu’en 1986, les chaînes d’info en continu n’existaient pas, et les éditorialistes devenant politiciens ou les politiciens devenant éditorialistes n’existaient pas non plus (coucou De Villiers). La vie médiatique change, les règles d’équité doivent changer aussi. Rappelez-vous que c’est CNews qui passait en boucle des meetings de gauche durant la nuit pour respecter l’équité du temps de parole durant la campagne présidentielle, évitant ainsi de se faire taper sur les doigts mais évitant aussi que son public soit informé équitablement de tous les programmes et idées politiques (un sacré scandale ça aussi).

Lire aussi : Le double discours indécent des médias sur le RN

Bien sûr, pour les journalistes ou les universitaires/scientifiques/spécialistes ayant un diplôme spécifique allant avec un certain code de déontologie, on peut se demander s’il est utile d’exhiber leurs préférences politiques à tout bout de champ. Mais il serait de bon ton de faire le ménage au minimum parmi toutes ces personnes invitées chaque jour sur les plateaux télé auxquels on colle l’étiquette « d’éditorialistes », de « chroniqueur » alors qu’ils n’en ont pas la légitimité. Il faut être plus rigoureux sur les bandeaux de présentation des différents individus qu’on voit à la télé chaque jour, à propos de leurs conflits d’intérêt, afin savoir d’où ils parlent, c’est-à-dire pour qui ils parlent. Voilà, c’est tout. Ce que l’ARCOM va devoir faire, c’est remettre de la transparence dans un milieu qui joue des règles pour faire parfois n’importe quoi avec l’information et véritablement piéger les téléspectateurs.

CNews et la stratégie de la citadelle assiégée

Et que fait l’extrême droite face au compte-rendu de l’ARCOM, qui n’a rien de radical non plus ? Elle rejoue la stratégie de la citadelle assiégée : « On nous veut du mal ! « On dérange ! » « Le gauchisme veut nous censurer ! » « Nous défendons la liberté d’expression, ils veulent nous ficher ! »
Si ça n’était pas si grave, ce serait tellement drôle. C’est la chaîne qui refuse d’informer honnêtement, qui refuse l’impartialité, qui refuse les temps de parole équitables, qui refuse d’inviter et de débattre calmement avec divers avis politiques, qui retourne les accusations venant d’autorités compétentes (ils aiment bien les autorités pourtant, d’habitude ?) car ils veulent continuer à biaiser, à mentir, à discriminer, sans limite.

Le pire, c’est qu’ils savent très bien qu’ils sont en tort, ils l’ont signée la charte, elle les oblige. Alors, ils noient le poisson, en criant le plus fort possible, d’une seule voix, en se serrant les coudes, une fois encore. Des méthodes mafieuses qui ont tendance à séduire celles et ceux qui en ont marre des élites… sans comprendre que parmi les élites, CNews, Praud, Bolloré ou Hanouna sont en bonne place et font peut-être partie des plus dangereuses de toutes.

D’ailleurs, ils sont les premiers à dire que les médias publics (comme France Inter) n’invite que des gens de gauche (« c’est pas moi c’est les autres »). Ah oui ? Eh bien, mettons vite en place ces nouvelles règles contre lesquelles France Inter ne pleure pas afin qu’on voie vraiment si c’est le cas où non (spoiler : ce n’est pas le cas et c’est pour cela que personne ne s’indigne de règles de l’ARCOM sur les médias sérieux).

Lire aussi : bientôt, un article sur comment réformer les médias en France

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