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Buffy : contre les… autorités nulles ! (vidéo 2/2)

Partie 2 : Buffy, une série qui critique les autorités nulles de notre société !

Yo ! Ca va depuis la dernière fois ? Bon je vous propose qu’on reforme notre Scooby Gang et qu’on plonge à nouveau dans la super série, Buffy contre les vampires.

Dans un premier épisode, on s’est intéressé au traitement des personnages, et plus globalement aux causes défendues par la série : la place des femmes, la place des différentes sexualités, la place des Autres avec un grand A (car tous les non-humains ne sont pas les méchants, et les humains, au contraire, peuvent tout à fait être animés de mauvaises intentions), le traitement des inégalités scolaires ou économiques, la place de la culture (à la fois geek et savante) dans la série… Et on a souligné le fait que le racisme était assez peu traité par la série, seul petit bémol mais à ne pas négliger.

Cette fois, on va s’intéresser, de manière renversée, à tout ce que la série critique. Vous allez le voir, on va revenir sur certains points assez peu développés dans la première partie, mais aussi prendre de nouveaux angles d’analyse. Let’s go !

1/ Le monde des adultes

Dans Buffy, l’adolescence est valorisée, au détriment du monde des adultes incarné par les parents évidemment, mais aussi les profs et le proviseur, le monde du travail, etc.

Dans notre première partie sur Buffy, on a rapidement évoqué Dawn, la petite sœur de Buffy. Cette dernière est exaspérante dans son rôle d’ado colérique, boudeuse, voleuse. Mais elle aussi est un personnage très sensible et très intelligent, et au fil des saisons, elle se met à effectuer un gros travail de l’ombre pour aider le Scooby Gang à combattre le Mal, sans broncher, sans chercher la lumière (et vous pouvez imaginer comme c’est dur d’être dans l’ombre d’une sœur Tueuse connue dans le monde entier). Ici, les scénaristes nous envoient un message en montrant un monde adolescent parfois plus mature et rationnel que celui des adultes. Et cette valorisation de l’adolescence, voire de l’idée de socialisation inversée, où ce sont les ados qui se montrent plus fins et matures que les adultes et qui les corrigent, les recadrent, revient souvent dans la série. On notera cet épisode où la mère de Buffy se met avec un gars pas commode qui se montre insupportable avec la Buffy en se prenant pour son père au bout de quelques jours (normal, c’est un robot, il n’a aucune nuance). Malgré les preuves que sa fille lui apporte, la mère ne veut rien admettre… jusqu’à ce que le robot ne devienne violent et que cela se règle à coups de poings.

C’est un peu la même chose quand la mère de Buffy (oui, encore) et Giles prennent des bonbons piégés lors d’une fête d’Halloween (ça ne se passe jamais bien pendant Halloween) ce qui les rend complètement ados et immatures : grâce à cet épisode, on mesure bien l’écart entre leur comportement une fois retombés en adolescence, et celui de Buffy, Willow, Xander, qui sont des ados bien plus posés et mature. Être la Tueuse ou côtoyer la Tueuse, ça donne de sacrées responsabilités !)

A l’école, on voit bien à quel point il est difficile pour Buffy d’être entendue, d’être écoutée, d’être comprise. Elle n’a de cesse de faire des efforts, elle sauve la mise à son lycée plusieurs fois (elle sauve la vie de camarades, de profs, mais met aussi hors d’état de nuire certains autres profs ou camarades ayant des projets dangereux, comme le petit Jonathan prêt à commettre une tuerie de masse), mais pourtant, elle reste sans cesse le bouc émissaire. Sur ce point, on est face à une inversion des responsabilités : alors que Buffy les assume, les encadrants scolaires semblent engoncés dans des règles qu’ils respectent aveuglément, sans se poser la question de leur pertinence dans une ville de Sunnydale un peu particulière…

Un peu plus tard dans la série, quand Buffy se met à chercher un job et à bosser, on a aussi une critique acerbe de l’absurdité du monde professionnel, ses jobs à la con, ses tâches répétitives, ses boulots épuisants, ses relations hiérarchiques parfois pourries… Après avoir vu la série, on n’a vraiment pas du tout envie de bosser dans un fast-food, je vous le garantis !

La série permet aussi d’évoquer le thème de la dépression et de l’addiction, et nos héros et héroïnes n’y échappent pas (vous vous rappelez, je vous disais dans l’épisode 1 que les héros de la série étaient loin d’être parfaits).

2/ La dépression, le deuil et l’addiction

Dans Buffy, les personnages principaux sont des héros pas comme les autres, mais aussi, parfois, des antihéros. Ils ont des moments de faiblesse, et c’est aussi pour ça qu’on peut d’autant mieux s’identifier à eux.

Au premier rang d’entre eux, Buffy. Sa mission de Tueuse est une charge très lourde à porter pour une adolescente (on peut l’imaginer), mais on pense aussi à son histoire d’amour impossible (ses histoires d’amour même) avec des vampires, au fait qu’elle rencontre la mort (deux fois), qu’elle subisse une agression sexuelle, à sa difficulté à de mener de front une vie de sœur, d’étudiante, de travailleuse suite au décès soudain de sa mère lors de la saison 5 (qui donne d’ailleurs lieu à un épisode assez incroyable et loin des clichés, un épisode plutôt rempli de moments de vide et d’ennui). Bref, quelle vie de merde elle a, cette Buffy.

Du coup, l’héroïne va parfois très mal, elle connait de vrais moments de solitude dans la série : à un moment donné, elle fugue et pense refaire sa vie loin de sa famille et de ses responsabilités de Tueuse (S3) et tout au long de la saison 6, suite à son retour à la vie (assez traumatisant, je pense que si vous avez vu l’épisode, vous ne pouvez pas l’avoir oublié), elle sera embourbée dans un malaise dépressif assez dur à supporter pour nous, les spectateurs : on aimerait aider, comme ses amis, mais rien n’y fait.

Comme souvent, c’est donc par des comportements déviants et potentiellement autodestructeurs qu’elle fait face : on le voit à travers un épisode qui traite de l’addiction à l’alcool, et dans d’autres, où elle est dans une forme d’addiction à la violence liée à son rôle de Tueuse. On le voit aussi, à un autre moment de la série, à travers la relation d’emprise (et violente) dans laquelle elle est empêtrée avec le vampire Spike. La série n’est pas qu’une série d’aventures, c’est aussi une série sociologique, sur la vie et la mort. Une série plutôt adolescente et drôle au départ, mais qui s’assombrit et se montre souvent dure et mélancolique au fil des saisons.

Buffy n’est pas le seul personnage qui connait l’addiction. Willow, ancienne geek pas vraiment considérée comme une meuf cool mais qui le deviendra à la fac, à la fois en public en étant valorisée pour ses résultats scolaires et en privé parce qu’elle devient une puissante sorcière, va carrément devenir addict à la magie. A un moment donné, confrontée à la mort (de sa petite amie), elle sombre carrément dans la violence et la destruction. Elle aurait même dû finir en prison… C’est fou quand on se remémore les premières saisons et à quel point c’était une ado gentille, respectueuse, timide.

On aurait aussi pu mentionner Faith, dont on sait que le passé douloureux et sa difficulté à être validée en respectant les codes la pousse à trouver une validation paternelle (avec le Maire) via des comportements immoraux. Elle aussi devient une vraie délinquante et a des démêlés avec la justice.
On pense aussi à Xander, qui fuit son mariage en s’imaginant finir comme son père, dépressif et alcoolique (même s’il ne passe pas vraiment aux actes).

Bref, la série est basée parce qu’elle nous présente des personnages complexes. Je vous l’avais dit dans l’épisode 1, c’est une série assez spinoziste ou bourdieusienne, c’est-à-dire assez déterministe, démontrant que le contexte dans lequel on évolue explique une grande partie de nos comportements (et qu’il ne suffit pas de dire « quand on veut on peut » pour s’en sortir). Mais elle est basée aussi parce qu’elle attaque de front plein de marottes de droite et d’extrême droite, l’idée de vengeance personnelle, les fake news, le patriarcat et les formes d’autorité en général. Allez, on continue !

3/ L’idée de Loi du Talion (vengeance personnelle)

Dans la série Buffy, il y a une grosse critique de l’idée de vengeance personnelle, de Loi du Talion : ce n’est pas parce que quelqu’un agresse qu’il faut l’agresser, que quelqu’un tue qu’il faut le tuer : il y a une confiance dans le principe de justice, et d’une justice qui agirait de manière plus honorable que celles et ceux qu’elle condamne (on retrouve ici un argument contre la peine de mort, qui est une sorte de loi du Talion et n’a jamais fait baisser la criminalité dans un pays).

Bien sûr, il arrive que Buffy utilise sa force, mais contre des forts, jamais contre des faibles (sauf s’ils sont dangereux). Et sa force, elle l’utilise de manière défensive, pour arrêter la violence, pour protéger les victimes, pas pour faire mal ou par plaisir (sauf quand elle va mal, voir le point précédent sur l’addiction, mais dans ce cas-là, c’est traité comme un problème par les scénaristes, et pas comme un truc cool).

Dans la S6 par exemple, alors que Warren (un des gars du Trio) a tué plusieurs personnes et notamment Tara, Buffy se retrouve en position de le tuer, et elle subit même la pression d’Anya et Xander pour le faire… Pourtant, elle ne cède pas et l’oblige à se rendre à la police. Elle a beau avoir du pouvoir, elle ne veut pas l’utiliser pour sa vengeance personnelle.

Dans la saison 7, on retrouve la même idée : on a un personnage qui se bat aux côtés de l’héroïne (Robin Wood, proviseur dans son ancien lycée) et qui découvre que Spike (un vampire mais qui se bat du côté des gentils et qui sort avec Buffy à la fin de la série) est celui qui a tué sa mère. Durant toute la saison, il est tiraillé entre sa morale et sa vengeance. Buffy l’aidera (et parfois même l’empêchera) de mettre sa vengeance à exécution en lui expliquant qu’agir comme Spike, c’est se mettre à son niveau (là encore, c’est une critique de la peine de mort et de la loi du Talion).

C’est vraiment un basique des questions philosophiques mais évidemment qu’une société qui tue les tueurs, incendie les maisons de pyromane, viole les violeurs est une société qui ne propose aucun horizon émancipateur à ses membres. En tant que société, il faut répondre aux actes les plus horribles par des actes d’un niveau supérieur, sinon c’est un cercle vicieux dont on ne sort que par le totalitarisme…

Le patriarcat aussi est critiqué dans la série. On l’avait déjà abordé dans notre premier article.

4/ Une évidente critique du patriarcat !

La volonté de Whedon en créant la série, c’est de renverser les codes des séries de vampires ou d’horreur et de faire de la jeune fille blonde à sauver celle qui sauve les autres. Mais il pousse le concept bien plus loin en faisant de Buffy une incarnation de la lutte contre l’oppression patriarcale.

Voir aussi : Féminisme et anarchisme : deux causes main dans la main ? (vidéo)

Le patriarcat est notamment incarné par l’observateur, qui ne se bat pas, ne prend pas de risques, mais utilise la Tueuse comme son instrument pour mener le combat contre les forces occultes. On pourrait aussi voir ça comme une redite de la division entre travailleurs et capitalistes : les premiers prennent les risques, abîment leur corps pour un salaire de merde. Les seconds profitent et s’enrichissent grâce au travail des premiers. Version patriarcale quoi. Mais on a pire que l’observateur, on a le Conseil des Observateurs. Eux sont encore plus loin des combats, et dans la série, ils se permettent de critiquer Giles (l’observateur de Buffy) car ce dernier s’écarte peu à peu de leurs préceptes en laissant Buffy s’émanciper et faire ses propres choix (quel anar, ce Giles). Buffy finira par faire sécession et ne plus accepter aucun ordre de leur part. Zut à la fin, c’est elle qui fait tout le boulot, laissez-la gérer les choses. Vive le collectivisme, en somme !

Voir aussi : L’autogestion peut-elle être révolutionnaire ?

Au-delà de cette hiérarchie détestable et critiquable, on a dans la série pleins de remarques sexistes et machos, notamment dans les premières saisons : chez les adolescents du lycée, de la part du principal Snyder, de la part de Spike, ou plus tard sur le chantier où Xander bosse et où il fait bosser Buffy (bon, ça ne dure pas longtemps, elle est trop efficace et se fait mal voir par les ouvriers). Souvent, Buffy finit par remettre à leur place ces hommes mal à l’aise avec leur masculinité et qui en deviennent toxiques.

On a également une analyse des dérives potentielles des Incels (célibataires involontaires) qui finissent par politiser leur détresse affective en cherchant à transformer le monde à leur avantage. Je fais évidemment référence ici au Trio, qui ira jusqu’à tuer pour avoir de l’argent, du succès et enfin, plaire aux filles, ce qui semble être leur objectif ultime. Je parlais un peu d’eux dans la première partie.

On évoque aussi dans la série les violences masculines, notamment dans le couple : je l’ai déjà évoqué donc je ne reviens pas dessus, mais Spike est un personnage particulièrement violent car doublement tiraillé : déjà, entre sa nature de vampire et son ancienne personnalité humaine, douce et sensible. Ce qui le rend jaloux et agressif avec ses conquêtes, l’inénarrable (j’avais envie de placer ce mot) Drusilla, ou encore Harmony. Et second tiraillement, plus tard dans la série, entre son agressivité vampire et son envie d’être aimé par Buffy et intégré au Scooby gang.

Et dans les premières saisons, Buffy dénoue aussi une histoire de violence conjugale entre deux camarades en couple : le garçon, hyper jaloux, prend une substance bizarre qui le rend hyper agressif et violent. Dans cet épisode d’ailleurs, on soupçonne aussi Oz, le petit ami loup garou de Willow d’avoir commis une agression… Et Buffy se fait aussi agresser par un Angel redevenu méchant, ce qui est redondant dans les premières saisons : d’ailleurs, Angel (le premier amour de Buffy) est condamné à ne pas connaître le bonheur absolu – c’est-à-dire avoir une relation charnelle – avec Buffy s’il veut rester gentil, un châtiment intenable qui condamne un peu leur relation dans l’œuf.
Bref, essaies-tu de nous envoyer un message sur les masculinités toxiques, Whedon ?

Enfin, les figures masculines sont aussi critiquées aussi par leur absence : on pense notamment au père de Buffy qui se sépare de sa mère et ne cherche pas vraiment à s’occuper d’elle à partir du moment où elle commence à « être une ado à problème », c’est-à-dire une Tueuse. Encore une idée qui vise juste, car on sait qu’un nombre non négligeable d’hommes n’assument rien de leur sexualité, surtout pas la paternité…

5/ Et plein d’autres critiques encore : capitalisme, impérialisme, transhumanisme, fake news, tout y passe !

On a déjà dressé des parallèles entre la situation hiérarchique unissant la Tueuse et les observateurs et le capitalisme. Mais plus largement que cela, la série Buffy met les pieds dans le plat pour critiquer le pouvoir politique et économique ! Que ce soit avec la figure du maire, le grand méchant de la saison 3, un élu local auquel on ne peut décemment pas du tout faire confiance. Ou que ce soit à travers les problèmes d’argent que rencontre Buffy et sa sœur dès la saison 6 (ce qui donne lieu à une critique des banques, insensibles et qui ne prêtent qu’aux riches, et aussi à une critique des jobs à la con chers à David Graeber à travers l’expérience de Buffy dans un fast food). En bref, la série ne ménage pas les institutions politiques et le capitalisme.

Mais elle aborde aussi (souvent à l’occasion d’un épisode isolé) d’autres thématiques intéressantes, comme le génocide des Amérindiens. Plus précisément, un épisode évoque les Chumash, une tribu qui a véritablement vécu du côté de la Californie, où se situe la ville de Sunnydale. Dans cet épisode, les personnages s’informent mieux sur la fête de Thanksgiving et se sentent coupables et mal à l’aise sur le bon comportement à adopter. On rappelle que Thanksgiving serait à l’origine une fête puritaine des premiers colons pour remercier Dieu de leur avoir permis de survivre à un hiver rude lors de leurs premiers mois en Amérique. Sauf qu’en réalité, ce sont les Amérindiens, en leur expliquant comment cultiver telle et telle espèce, qui ont aidé les colons à survivre. Et on sait comment les colons les ont remercié… Un épisode intéressant qui ne prend pas vraiment partie et pêche un peu dans sa représentation des Amérindiens (ramenés au sauvage, au surnaturel) mais à l’avantage d’évoquer un événement clé de l’Histoire étatsunienne avec plus de profondeur que bien des divertissements d’hier ou d’aujourd’hui.

La série évoque aussi le transhumanisme à travers différents personnages androïdes comme le petit ami gênant de la mère de Buffy dans un épisode d’une des premières saisons, ou encore Adam sur qui je reviendrai juste après, ou encore le robot à l’effigie de Buffy que ses amis utilisent pour faire croire aux vampires que la Tueuse est toujours en vie dans le début de saison où elle n’est plus.
Adam, antagoniste principal de Buffy dans la saison 4, est central sur ce thème car il est une sorte de cyborg surhumain fabriqué par une cheffe militaire et professeur de psychologie, Maggie Walsh. Il incarne les risques du désir d’immortalité des dirigeants de notre société, un risque qui mène fatalement au désastre… Et une critique de l’Etat car Walsh dirige un bureau de recherche étatique sur les démons, appelé l’Initiative.

Enfin, la série effectue un vrai travail sur le vrai et le faux, et la difficulté de la cohésion sociale dans une société où le mensonge devient la norme. Elle aborde notamment ce sujet au cours de la saison 7, durant laquelle la Force, une entité immatérielle représentant le mal absolu, prend l’apparence de personnes défuntes ou crée des visions pour manipuler différents personnages de la série, comme Spike, mais aussi Buffy et Dawn, Willow, Andrew (l’un des membres du Trio capturé par le Scooby gang), une des potentielles, etc. Et ça fout une pagaille monstre : plus personne ne se fait confiance, on ne sait pas qui est manipulé ou non, qui joue avec quelles règles et dans quel camp…

Bref, vive la science et l’analyse du vrai et du réel pour remettre de l’ordre dans la galaxie des idées et des faite. Vive le savoir, vive les livres de recherche, vive la culture, on en revient à ce que je disais dans mon premier article sur cette série mythique !

Pour finir, venons-en à la critique la plus explicite des autorités !

6/ Une critique explicite de toutes les autorités !

De manière générale, la série Buffy contre les vampires est une série assez anarchisante, critiquant toutes les formes d’autorité traditionnelles et valorisant l’égalité, l’autogestion et l’entraide.

Voir aussi : Faut-il préférer l’égalité ou l’équité ? Et pour un anarchiste ? (vidéo)

On a déjà un peu parlé de la manière dont Buffy va peu à peu s’émanciper de ses figures tutélaires : du proviseur au lycée, mais aussi de son observateur Giles, et surtout du Conseil des observateurs, entité dédiée à la gestion des Tueuses. Même sa relation à sa mère (à partir du moment où celle-ci apprend que sa fille est la Tueuse) ou ses relations de couple lui laissent une grande part d’autonomie. Buffy est une femme moderne, on ne lui dit pas à quelle heure se lever ou se coucher, avec qui sortir ou se lier d’amitié, quoi faire, comment le faire. Elle s’assume, bien qu’elle accepte volontiers les conseils et soit aussi capable, parfois, d’assumer son besoin d’être encadré.

Son groupe d’amis et de proches fonctionne aussi de manière relativement autonome de toutes les institutions figées (ce qui me fait penser à de Lagasnerie, et son bouquin sur l’amitié comme forme de lien social pas assez valorisé dans la société, notamment par rapport au couple ou à la famille).

A l’inverse de ces groupes autonomes et égalitaires qui sont valorisés, la série critique fortement l’obéissance aveugle pour des valeurs d’autorité nulles comme l’armée, la patrie, la religion : cette idée se retrouve à travers certains épisodes que j’ai évoqué, comme celui sur Thanksgiving, ou la saison avec le Maire, mais aussi et surtout à travers deux personnages : le premier, c’est le soldat Riley, qui finit par découvrir le double jeu de Maggie Walsh et de l’armée dans laquelle il officie (l’Initiative) et dont il se détourne par un magistral crochet du droit dans la mâchoire d’un de ses supérieurs hiérarchiques en proclamant : « Je suis un anarchiste » (non non, je n’invente rien, le scénariste s’est lâché là). Une manière de dire qu’obéir sans réfléchir, c’est vraiment le pire.
Un autre personnage clé, c’est Caleb, prêtre proche du mal suprême (Gloria, ce nom n’est pas anodin non plus) car c’est un personnage plein de jugements avec une vision archaïque et dégradante des femmes, notamment. A travers lui, c’est la religion qui en prend un coup.

La hiérarchie et le pouvoir sont aussi critiqués frontalement dans le dénouement de la série (fin de la S7) alors que le combat final se prépare : Buffy, en tant que Tueuse n°1, part du principe qu’elle doit décider de tout, qu’elle a la vie de chacune et chacun entre ses mains. Cela comporte des points positifs, car cela la rend capable de remettre en cause les autorités instituées, notamment partriarcales ou traditionnelles, on l’a déjà évoqué. Mais cela l’amène aussi à faire des erreurs (des potentielles meurent par sa faute) et elle est finalement destituée de son rôle de cheffe par le groupe. S’en suit des scènes de débat collectif qui montrent la difficulté de s’organiser sans leader, mais aussi l’importance de se poser la question de la nécessité d’un leader, et de la fécondité de l’intelligence collective. Seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin !

Voir aussi : Qu’est-ce que l’anarchie ? (vidéo)

Au final, Buffy sera rétablie comme meneuse MAIS, car il y a un mais qui a son importance… de son côté, Buffy  aussi s’est questionnée sur son rôle de cheffe, et l’a remis en cause. 
Bilan : Buffy finit par rompre la tradition et fait en sorte (grâce aux pouvoirs de Willow) que toutes les potentielles obtiennent le pouvoir et deviennent ses égales sans que « la mort les sépare », si je puis dire. 
Morale de l’histoire : Quand on est toutes et tous égaux, tous soudés, non pas ensemble par individualisme et respect de la hiérarchie mais par volonté de s’entraider et de faire en commun, on peut arriver à tout ! 

Bilan

La série Buffy critique le monde des adultes, critique les traditions et le conservatisme, le patriarcat, la violence gratuite, des phénomènes souvent injustes, violents, difficiles à comprendre quand on est jeune et plein de désir de justice, d’égalité, de fraternité. 
La série évoque et sensibilise aussi sur la dépression, la mort, la vengeance personnelle, les fake news.

Bref, c’est une série qui, même si elle a mal vieilli au niveau des effets spéciaux, aborde des sujets intemporels et essentiels afin d’accompagner les ados et jeunes adultes sans leur compréhension du monde et dans une dynamique d’ouverture, d’émancipation, de changement. 

Vive le Buffyverse !

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