Montreuil dans ma bulle : bobo vs prolo, lutte des classes 2.0. ?

montreuildansmabulle-colonisation_1-b3c9e

J’ai eu la chance d’apprendre la naissance de la BD Montreuil dans ma bulle – un reportage dessiné pendant les municipales, et j’ai adoré ce travail autant sociologique que politique sur une ville que je connais bien, Montreuil, dans le 9-3.

Prenant comme point de départ les élections municipales 2014, les deux auteures de cette BD géniales – Claire Robert et Taina Tervonen – sont parties à la découverte de leur ville, Montreuil, une ville particulière aux 90 nationalités pour 100 000 habitants, une ville au passé ouvrier mais frontalière avec Paris (et qui accueille de plus en plus de bobo), une ville coincée entre Vincennes la riche et Bagnolet la sociale… Bref, une ville unique !

Et au fur et à mesure de leur périple, au travers du logement, de l’école, des rapports entre les gens, c’est justement ce phénomène de gentrification qui a sauté aux yeux des deux auteures. La gentrification, elles la définissent ainsi : « Un phénomène urbain où des arrivants plus aisés s’approprient un espace initialement occupé par des habitants moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social du quartier au profit d’une couche sociale supérieure. »

Résultat : une bande dessinée croustillante, drôle mais aussi grinçante, où l’on découvre comment des tensions peuvent se cristalliser entre une classe moyenne arrivante qui se voit comme « ouverte d’esprit » et une population subissant de plein fouet les inégalités de notre pays et qui ne voit pas nécessairement d’un bon œil ces « bons samaritains » plein de beaux principes qu’ils veulent partager mais qu’ils n’appliquent pas spécialement pour eux-mêmes.

gentrif

J’ai particulièrement aimé la page « Pourtant, je n’avais jamais lu Marx », dont je ne peux m’empêcher de reproduire une partie :

« Pourquoi personne ne s’est impliqué vraiment quand on a organisé la consultation dans la cité ? »

Parce que le dominant ne comprend pas quand le dominé ne participe pas aux consultations que le dominant organise, alors qu’il est de bonne augure de dire qu’on a concerté tout le monde. Parce qu’il veut sincèrement que l’autre participe, avec lui, à la construction d’un avenir commun où le dominant aura la satisfaction d’avoir contribué à un monde meilleur et où le dominé sera toujours aussi dominé mais un peu mieux loti. Et il ne comprend pas que l’autre se taise, ou se défile.

« Pourquoi ? »

Peut-être parce que ce que l’autre a à dire ne va pas plaire au dominant, et contrairement à ce dernier, l’autre, lui, il le sait. Il connaît les règles de la société mieux que quiconque parce qu’il les subit et ne les fixe pas, pas comme le dominant qui dit qu’il va changer le monde et qui veut simplement que le monde pense comme lui. Peut-être parce que personne n’a envie qu’on vienne l’écouter quand ça tombe bien pour celui qui écoute, mais qu’on l’entende quand il a quelque chose à dire. Parce que personne ne veut qu’on lui donne le droit de s’exprimer. Peut-être parce qu’il a compris, depuis longtemps, que le dominant ne sait pas écouter.

« Pourquoi ? »

Parce que le dominant refuse obstinément de voir l’essentiel : ce système qu’il dit combattre, il en fait partie, et il y participe, peu importe ses principes et bien malgré lui.

Parce que voir les rapports de domination, pour le dominant, ce serait accepter qu’on ne leur échappe pas, accepter que sa propre parole vaut plus que celle de l’autre et donc choisir de la fermer, accepter que non, l’autre n’a pas besoin de toi, mais toi tu as besoin de lui pour garder ton statut de dominant. Ce serait accepter son statut de privilégié en arrêtant de s’en dédouaner avec de la culpabilité, ce petit luxe de ceux qui ont le choix, ce carburant du bien-pensance pétri de bonnes intentions et de bons sentiments, de celui qui dit penser au bien collectif avant de penser à soi. Ce sentiment à la fois désagréable et délicieux parce qu’on peut s’en racheter dans un geste sacrificiel ultime, en se posant en martyre des idées qu’on dit défendre.

Et voilà le tour joué.

L’Autre reste l’Autre, inoffensif et à sa place.

Voilà pourquoi.

« Sale bobo ! »

Si le style vous plaît, dépêchez-vous de découvrir Montreuil dans ma bulle, une manière originale de visiter et de comprendre cette ville ouverte sur le monde et en plein changement, cette ville qui symbolise la France !

Pour une fois qu’une lecture ne fait pas toujours causer les dominants (enfin !) vous en sortirez enrichit de nouveaux points de vue sur notre société… Salvateur !

Montreuil dans ma bulle, en intégralité sur le site officiel !

 

Vous pouvez aussi suivre les réflexions de L’Indigné du Canapé sur Facebook et Twitter !

2 commentaires

  1. De nos jours tout le monde est taxé de bobos ! Le terme englobe tout et rien. Moi je n’y vois qu’une façon de désolidariser les gens entres eux et ainsi mettre des barrières au sein du peuple lui même. Nous avons besoin d’unité pour résister et pas de nouveaux mots savants qui ne servent qu’à faire des généralités. Je suis fille et petite fille d’ouvriers immigrés, ma famille a trimé pendant 50 ans pour devenir enfin propriétaire et offrir la meilleure éducation possible aux enfants. L’amélioration de nos conditions de vies n’empêchent pas que nous restions toujours fidèles aux valeurs de gauches. Moi je souhaite à tout les montreuillois de devenir des « bobos » comme vous dites !
    Vive la rage du peuple et mort à ceux qui veulent le diviser.

    • @Indignados

      Dans l’absolu, je suis tout à fait d’accord avec votre discours, qui d’ailleurs se retrouve très bien dans mon dernier article : http://www.indigne-du-canape.com/redevenons-solidaires-contre-les-riches-nous-les-salauds-dpauvres/
      Nous sommes tous dans le même pétrin, du bobo (en effet, la définition de bobo est assez vague, mais je vous invite à lire Montreuil dans la bulle, on y appose une description assez juste) au SDF en passant par l’ouvrier et le chômeur, l’intermittent et l’infirmier, le policier et le retraité. Je suis pour l’unité de classe face à un vrai ennemi, les voleurs en costards, les élites, ceux qui nous volent.

      Mais malgré tout, en lisant la BD, j’ai compris certaines fractures dans notre société. Il s’agit de ne pas les nier, car il ne suffit pas de ne pas vouloir voir les inégalités et les barrières qu’elles installent disparaitre pour que cela se réalise…
      N’est-ce pas ? 😉

      Belle soirée,

      L’ I

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas utilisé à des fins commerciales. Champs obligatoires *

*