Comment prendre sa « Place » quand on n’appartient totalement à aucun monde ?

Deux pays. Deux cultures. Deux personnalités.
Dans sa pièce de théâtre, intitulée « Place », la metteuse en scène Tamara Al Saadi nous raconte une histoire, son histoire, celle d’une jeune fille irakienne ayant débarqué en France avec sa famille pour des vacances mais n’ayant jamais pu repartir… entre temps, là-bas, dans la foulée de l’éclatement de la guerre du Golfe (1991), les frontières se sont fermées, repoussant le retour, encore et encore…

Au début de la pièce, notre jeune héroïne ne sait plus lire…
C’est grâce à un petit garçon, qui ressemble à s’y méprendre à un thérapeute, qu’elle va essayer de prendre conscience de ce qui lui arrive. Avec cette introduction mystérieuse, on déboule dans l’esprit de Yasmine, jeune femme déracinée.

On retrace avec elle son parcours et… celui-ci n’a rien de banal. Yasmine, avec sa grande sœur, son frère, et ses deux parents, vivait en Irak jusqu’au début des années 90 (Guerre du Golfe, 1991).
Bagdad, une langue, des odeurs, Yasmine joue à Rambo ou à Dragon Ball Z avec son frère… Des vacances, puis la guerre, vont tout bouleverser.

Yasmine arrive en France, et c’est là, loin des conflits armés, que tout se complique, étrangement. Tout est différent, la langue, la culture, les odeurs, les saisons.
Ses parents n’ont qu’une seule envie, retourner au pays. Yasmine, elle, est toute jeune. Notamment grâce à l’école, elle apprend de nouveaux codes et cherche à s’intégrer malgré cette différence qu’elle lit dans le regard de l’autre. Un chemin de croix : de nombreux épisodes de sa vie (avec l’administration notamment) lui rappellent, plus ou moins formellement, qu’elle ne sera jamais tout à fait d’ici, même si elle n’est plus tout à fait d’ailleurs non plus, comme certains membres de sa famille le lui rappellent.

Comment les déracinés font-ils pour se construire, et construire leur vie sociale sereinement ? Comment est-ce possible, quand on vous fait sentir que vous n’appartenez pas tout à fait à tel ou tel monde ? Quand chaque monde vous parle une langue familière, mais incomplète ? Quand chaque monde vous attire et vous rejette ?

Comment trouver sa place au seuil de différents univers, entre deux chaises ?

C’est la réflexion que pose Tamara Al Saadi dans sa pièce, une pièce qui brille par la sobriété de sa mise en scène, par les délices de ses dialogues, à la fois drôles et émouvants, et par le talent ses comédiens (mention spéciale pour les deux Jasmine, Mayya Sanbar et Marie Tirmont).

Crédit : Baptiste Muzard

« Place » ne répond pas directement aux questions qu’elle pose, mais permet au spectateurs de vivre, parfois à coup de grands éclats de rire, parfois à coup de pied dans le cœur, le quotidien d’une jeune femme qui ne désire rien d’autre que d’être acceptée, comme elle pense et comme elle est, sans a priori et sans cliché.

Pendant la grosse heure que dure la pièce, réfléchissez à ces clichés qui vous animent sûrement parfois, sans même que vous ne le contrôliez.
Réfléchissez à la tristesse que représente une frontière dans notre monde qui s’affiche comme hyper-connecté, à ce que devient une culture ou un pays qui se renferme sur soi et ses petits tracas, à ce que ressent une vie qui tente de s’émanciper et voit les portes se fermer une à une face à elle…

« Place » est un poème bouleversant, universaliste, qui donne envie d’embrasser le monde, et de chérir autant ces ressemblances qui nous rassemblent, que nos différences, qui devraient nous donner envie – à tous – de partager.

Pour connaître les futures dates de programmation de « Place », c’est ici.


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