L'Indigné du Canapé

La loi “contre les séparatismes”, une offensive liberticide

La loi “contre le séparatisme” (à traduire par : “la loi qui fait plaisir à l’extrême droite et qui cible les Musulmans et ceux qui critiquent l’Etat”) a été adoptée à l’Assemblée nationale. Elle doit encore passer par le vote du Sénat pour être définitivement adoptée.

Celle-ci “contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l’encadrement de l’instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés.e“, nous dit poliment Le Monde. A peu près, que des choses qui étaient déjà contrôlées et encadrées par la loi auparavant. Mais pour lesquelles il est de bon ton d’en remettre une couche, ça rassure.

Sauf qu’à force de faire semblant de travailler, et toujours dans le même sens (le contrôle, la répression, la surveillance, l’essentialisation, la stigmatisation), on ne fait que renforcer un sentiment (devenu réalité) de persécution chez une partie de la population… quitte à renforcer le séparatisme ?

Une loi répressive contre Musulmans et militants ?

Voici l’avis de la Défenseure des droits sur le texte : “Le renforcement des principes républicains passe uniquement par des mesures de caractère répressif. Le texte ajoute des contraintes et sanctions supplémentaires comme si c’était suffisant pour faire vivre et renforcer nos principes républicains. À l’instar de précédentes lois sur l’état d’urgence, il semble que la réponse apportée pour atteindre un objectif d’intérêt général, pour répondre à une demande sociale ou pour faire vivre des valeurs passe uniquement par de nouveaux interdits, de nouveaux contrôles, de nouvelles sanctions. L’action publique se replie alors dans la facilité apparente de la restriction des libertés.”

Eh oui, comment ne pas prendre en pleine face – et s’offusquer – d’une stigmatisation à peine voilée de nos concitoyens musulmans (scrutés, suspectés, mis à distance, construits comme différents et menaçants) ? Que dire par exemple (car cela va dans le même sens) de la “charte des imams”, qui atteste que parler de “racisme d’Etat” pourrait entraîner la révocation pure et simple desdits imams. Où est la laïcité (séparation des Eglises et de l’Etat) quand l’Etat vient donner des bons et mauvais points aux religions (une en particulier) et censurer certaines idées inconfortable pour sa toute-puissance ?

Les musulmans sont ciblés donc, mais potentiellement aussi tous ceux qui luttent contre la destruction libérale et individualiste de ce monde ! Qui sait si demain, sous Etat d’urgence et à travers cette loi, les associations de défense de l’environnement, des migrants, du droit au logement et d’autres qui se font parfois entendre par la désobéissance civile, ne seront pas menacés, ce texte à l’appui ?

Des membres de la Coalition des libertés associatives alertent, dans une tribune publiée fin janvier : “Dans un contexte d’urgence et aussi de surdité des autorités aux revendications citoyennes, de plus en plus d’associations ou groupes militants ont recours à la désobéissance civile non violente qui n’a pas vocation à “sauvegarder l’ordre public“. Ces actions militantes n’en restent pas moins légitimes et parfois reconnues comme telles par les tribunaux au nom de la liberté d’expression comme en attestent les relaxes de décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron. [La formulation floue de la loi] fait craindre que [ces] contestations [concernant] certaines politiques publiques ne soient jugées par les décisionnaires comme s’opposant à l’attribution de concours financiers dès lors qu’elles mettent en cause l’ordre établi. Ce risque est plus avéré encore au regard de certaines formes d’engagement vite requalifiées en délits, notamment dans le domaine de l’exclusion et de l’accueil de l’étranger.”

S’attaquer à ceux qui dénoncent, mais ne rien proposer

Et comment ne pas voir enfin que ce projet de loi brille par l’absence totale de mesures sociales afin de contrecarrer le pire des séparatismes : le séparatisme économique et social ! Car ce qui fait séparation, avant, tout, c’est la ghettoïsation. C’est l’extrême abandon de certains quartiers où disparaissent les services publics, les entreprises, la mixité sociale, le partage des différences et la compréhension mutuelle ? Par exemple, les enfants des quartiers Nord de Marseille ne sont pas séparatistes, ils ont été séparés.

C’est (et tout est lié) le séparatisme des classes moyennes et aisées qui fuient certaines quartiers (eux le peuvent, pas les précaires) et laissent les “pauvres entre eux”, qui fuient certaines écoles, qui fuient le paiement de certains impôts, etc., qui polluent pour 30 avec un mode de vie égoïste, qui ubérisent le monde du travail quand ils sont aussi chefs d’entreprise, c’est ce séparatisme là qui plonge le pays dans un clivage insurmontable.

Lire aussi : Pourquoi la fortune des ultra-riches crée inégalités et pauvreté ?

Toutes les études le montrent : la mixité scolaire, géographique, professionnelle, sociale, fait progresser tout le monde, apaise les tensions, enrichit les relations, etc. Alors, si l’idéologie libérale et individualiste pousse les individus à préférer un bien-être personnel à un bonheur collectif, il faut agir sur les structures, pour rendre le vivre-ensemble incontournable. Ces questions sont purement politiques. Mais n’aboutissent sur aucun projet concret, aucune solution vers le haut. Macron, c’est le bâton. C’est ce qui a fait dire à une députée PS que ce texte est unijambiste : réprimer et punir, oui. Aider et favoriser, l’équité, c’est non.
Sauf qu’au final, le PS n’a pas voté contre, il s’est abstenu…

La loi a été adoptée à par 347 voix pour, 151 voix contre et 65 abstentions… Sans surprise, l’immense majorité des députés de droite (de RN à LREM en passant par LR) a voté pour.
Le seul parti de gauche, LFI, a voté contre à l’unanimité. Plus étonnant (mais cela démontre une fois de plus les difficultés d’une certaine gauche dès que se mêlent des questions de stigmatisation, de racisme, de religion et de laïcité, le PC n’a pas fait front contre ce texte insupportable).

Décidément, l’Islam et le RN ont bon dos : dès que le Gouvernement pèche (dans la gestion du COVID, les chiffres du chômage, les problématiques psychologiques, les inégalités, la répression du mouvement social, etc.), il agite le chiffon de la division (l’islamogauchiiiiisme est partouuuuuuut !) et le risque de la montée de l’extrême-droite (qu’eux-mêmes favorisent). Et tant qu’on marchera dans cette combine, on n’avancera pas.

“Le propre de la solidarité, c’est de ne point admettre d’exclusion”.
Victor Hugo

Source :
https://www.bastamag.net/Loi-separatisme-principes-republicains-libertes-fondamentales-associations-religions-cultes
https://reporterre.net/La-loi-separatisme-saborde-la-liberte-associative
https://reporterre.net/Secessionistes-et-gros-pollueurs-les-riches-sont-les-separatistes-de-la-Republique

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