L'Indigné du Canapé

Le libéralisme-autoritaire et sa haine des corps intermédiaires !

Remettons les choses à leur place grâce à quelques définitions. Nous vivons dans un pays capitaliste, car les lois permettent à la classe de ceux qui possèdent les moyens de production (une usine, une entreprise, un commerce) d’en tirer du profit en faisant travailler une autre classe, ceux qui ne possèdent rien sinon leur force de travail. Cette relation capitaliste-travailleur est une forme d’exploitation, car le travailleur ne gagne pas la réelle valeur de ce qu’il produit, le capitaliste lui extorque ce qu’on appelle une plus-value qui lui permet d’augmenter son capital sans limite, tandis que le travailleur n’a qu’un revenu qui lui permet de survivre.

La liberté sous le capitalisme, c’est avant tout la liberté d’exploiter

Cette liberté d’exploiter, cette liberté de posséder est une liberté au fondement de notre société capitaliste. On a parfois l’impression, quand on observe l’augmentation des libertés et des droits des grands patrons et à l’inverse, les vexations et rétrécissement des droits réservés aux chômeurs, aux SDF, aux réfugiés, aux grévistes, aux militants/manifestants parfois condamnés juste pour une dégradation matérielle, que le capital est plus vénéré et protégé dans nos sociétés que certains humains eux-mêmes. Ni les inégalités et la pauvreté, ni le dérèglement climatique et la disparition du vivant, ni les morts en Méditerranée, ni les logements vides, ni l’inflation ne font dévier de son axe la logique capitaliste et ceux qui la protègent, les politiciens dits néo-libéraux.

Le néolibéralisme est une technique de gouvernance qui utilise l’Etat pour favoriser des politiques permettant la libéralisation de l’économie, et donc, les libertés économiques des capitalistes. L’UE est néolibérale. A des degrés divers, Sarkozy, Hollande mais surtout Macron sont des néolibéraux. Leur action publique a constamment consisté à réduire les dépenses publiques comme les impôts ou encore les cotisations au profit de ceux en payant beaucoup (les capitalistes), à réduire le périmètre d’action du public par rapport au privé en privatisant et en mettant en concurrence le secteur public, ou encore en cassant les statuts et les droits sociaux des salariés du public, de libéraliser le secteur bancaire et financier, le tout pour favoriser le développement de nouveaux marchés, donc de nouvelles entreprises, donc de nouvelles relations capitaliste-travailleur, alors même qu’on a dit que cette logique favorisait l’augmentation des inégalités et des dégâts écologiques.

Ce néolibéralisme est né dans les années 80, avec des penseurs libéraux (de droite) comme Friedman et Hayek, et des politiciens (de droite) comme Thatcher et Reagan. Et l’arrivée de cette idéologie et de ce mode de gouvernance coïncide avec l’explosion des inégalités que l’on constate dans tous les pays libéraux depuis. Des inégalités qui ne vont pas sans un certain niveau de contestations et de violences sociales (logique, personne n’aime voir sa condition sociale se dégrader sans réagir).

Sous le néolibéralisme, l’autoritarisme devient une norme

C’est un fait sociologique connu : quand une société fixe à ses membres des buts sans lui donner les moyens concrets de réaliser ces buts, elle les pousse à la déviance. La déviance n’est pas forcément la délinquance, mais ce sont tout de même des comportements qui s’écartent des normes… mais rappelons-le, dans le but de remplir des objectifs légitimes, en tout cas ceux fixés par la société.

Par exemple, dans une économie capitaliste, si vous faites rêver vos citoyens avec l’idée d’une bonne éducation, d’une bonne santé, d’une belle propriété, d’une belle voiture, d’une vie de famille calme et sereine, de services publics accessibles et de qualité, de vacances, etc. mais que dans la réalité, seule une petite partie de la population peut réellement accéder à ce mode de vie – notamment du fait de politiques qui réduisent les droits des chômeurs et des bénéficiaires des minimas sociaux, notamment du fait d’une paupérisation des fonctionnaires, notamment du fait d’une casse des services publics, d’une réduction de ces derniers, notamment du fait d’une réduction des aides aux associations, notamment du fait de politiques favorisant la destruction du tissu économiques au profit de grandes multinationales, – vous ouvrez la possibilité que les moins nantis de la société cherchent aussi à obtenir ce bien-être matériel, par un moyen ou par un autre.

C’est ainsi que naissent les actions militantes contre les inégalités et les injustices. Rien que cette année, on peut mentionner les multiples mouvements de grèves et de manifestations de la part des citoyens contre la réforme des retraites, soutenus par les médias indépendants (de gauche) et (une fois n’est pas coutume) par les différents syndicats de ce pays. On peut mentionner aussi les actions de défense du vivant d’associations et de citoyens déterminés. On peut mentionner les rassemblements suite aux violences voire aux meurtres policiers, et pour une reconnaissance et une réduction des injustices vécues en banlieue, notamment les discriminations de classe et racistes. On peut mentionner le travail de fond fait par experts, des associations et des médias concernant les effets de l’inflation sur les ménages précaires, ou sur le mode de vie inacceptable des nantis (leur refus de payer l’impôt, leur train de vie écocide, leurs niveaux de dividendes qui détruisent des emplois, leurs exils fiscaux, le néocolonialisme, la manière dont les conditions de travail se dégradent pour toujours plus de profits, etc.). On peut aussi mentionner tous les collectifs et assos qui font un travail sur le terrain pour dénoncer et sensibiliser sur le sexisme, l’homophobie et la transphobie, le validisme, et j’en passe.

Le problème, c’est que le néolibéralisme n’a que faire de ces combats-là, pour ces libertés-ci (car oui, réduire les inégalités économiques, entre groupes, entre territoires, entre familles, entre classes sociales, les injustices, les discriminations, c’est bien égaliser les chances, c’est bien améliorer les libertés, les capacités, de toutes et tous). Mais la seule liberté qu’il défend, c’est la liberté de ceux qui possèdent déjà, de produire, de vendre, de faire du profit en plus. Toujours plus, toujours pour les mêmes. Dans le néolibéralisme, les autres libertés sont nécessairement conditionnées à cette liberté première. Et toute remise en question de ce modèle est sévèrement critiqué, voire puni. On peut même accuser ceux qui critiquent ce modèle de sortir de « l’arc républicain », confondant volontairement « néolibéralisme » et « république » alors que les deux termes sont en partie contradictoires.

C’est la raison pour laquelle on peut parler de libéralisme-autoritaire sous Macron. Macron a tellement systématisé le procédé consistant à adopter une multitude de réformes libérales façon Blitzkrieg puis à attaquer et violenter toute contestation sociale qu’il correspond parfaitement à cette étiquette.

La Macronie est libérale-autoritaire, la preuve

Dans un état de droit, dans une démocratie digne de ce nom donc, la représentativité des citoyens ne se limite pas au Président, aux ministres ou aux députés de la majorité. Il faut prendre en compte les députés de l’opposition, mais aussi les différents partis d’opposition, ceci dans la sphère politique. Mais ça ne s’arrête pas là non plus.

Lire aussi : L’anarchisme peut-il réinventer la démocratie ? (vidéo)

Dans les sphères sociales, judiciaires et économiques également, d’autres corps intermédiaires, d’autres contre-pouvoir ont également voix au chapitre. Il faut citer le pouvoir judiciaire donc, évidemment, qui doit pouvoir agir sans pression et traiter tout le monde de la même manière, du plus célèbre politicien au plus anonyme voleur. Mais il faut aussi citer les syndicats, qui portent une parole différente de celle du patronat et défendent les droits des travailleurs. Il faut citer les associations et collectifs, qui défendent encore d’autres points de vue et d’autres groupes sociaux. Il faut citer aussi tous les médias, dont le travail consiste à remettre de la transparence et de la lisibilité dans les faits politiques et sociaux, qu’ils soient d’accord avec le pouvoir ou dans l’opposition. Enfin, tous les citoyens, du moment où ils s’engagent, méritent d’être aussi écoutés. C’est ça, une démocratie représentative fonctionnelle. Or, sous Macron, les contre-pouvoir sont au mieux ignorés, au pire attaqués. Pas très démocratique tout ça ! Quand seul l’exécutif règne, organise, domine, on n’est pas loin de l’autoritarisme. Et quand cette domination sert des intérêts néolibéraux, on peut parler de libéralisme autoritaire.

Des preuves que la Macronie déteste les corps intermédiaires, vous en voulez ?

Vous voulez qu’on parle de la loi Séparatisme, qui a ouvert la boîte de Pandore pour criminaliser et même dissoudre des associations sous le fallacieux prétexte qu’elles ne seraient pas « républicaines » (en fait, dès qu’on attaque ce gouvernement, on est taxé d’être antirépublicain, c’est assez simple à comprendre). Cela a permis de dissoudre aussi bien des associations combattant les discriminations faites aux Musulmans (ouh, c’est mal), que des associations d’extrême droite négationnistes (normal) ou des associations écologistes s’attaquant à des champs et à des tuyaux (ouh, c’est très mal).

On peut aussi parler de l’utilisation massive du 49-3 soumettant le législatif (les députés) à l’exécutif (le gouvernement) et remettant en cause l’esprit démocratique et la séparation des pouvoirs. Le tout en accusant les députés d’opposition d’être les vrais antidémocrates, comme c’est pratique.

On a aussi vu la déconsidération totale des syndicats notamment pendant les manifestations liées à la réforme des retraites, qui malgré un soutien massif, une coalition et des millions de personnes dans les rues, n’ont pas obtenu le moindre copec et la moindre avancée politique…

On peut évoquer aussi les ordres du ministère de la Justice (cette fois, la soumission du judiciaire à l’exécutif) pour des peines exemplaires (et disproportionnées, et racistes) suite aux « émeutes » liées à l’assassinat de Nahel.

On peut évoquer la toute-puissance de la clique macronienne, trempée dans de multiples affaires mais défendue corps et âme par le chef (« qu’ils viennent me chercher ») dans un mouvement mi-mafieux, mi-complotiste.

On peur redire à quel point la post-vérité est utilisée par le gouvernement afin de disqualifier ceux qui les critiquent, c’est-à-dire uniquement la gauche, requalifiée en extrême gauche dangereuse, islamiste, antirépublicaine, populiste, et j’en passe. Des attaques sous forme d’hommes de paille pour ne jamais débattre sur le fond des idées.

En enfin, un véritable blanc-seing donné à l’extrême droite sous couvert de pluralisme et/ou de libéralisme économique : c’est notamment vrai sur le marché médiatique où plus en plus de médias de droite et surtout d’extrême droite prolifèrent, avec la bénédiction du pouvoir en place, qui n’hésite jamais à se rendre dans les médias d’extrême droite ou à adopter ses thèmes de prédilection.

A ce sujet d’ailleurs, les opposants à la Macronie qui soutiennent la Lepénie ou la Zemmourie doivent vraiment se rendre compte qu’ils sont des opposants de pacotille.

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Le RN est l’allié utile de la Macronie, la preuve

L’extrême centre et l’extrême droite se sont bien trouvés. Ils sont des alliés bien commodes quand les inégalités créées par le libéralisme créent des inégalités et donc des résistances et qu’il s’agit de sauvegarder l’ordre économique des choses à tout prix, quitte à en devenir plus autoritaire.

On l’a déjà dit, mais depuis que Macron est là, ses ministres n’ont eu de cesse de créer des fausses polémiques sur des personnalités et des mouvements de gauche (dangereux, antirépublicains, islamistes, woke, et j’en passe), de véritables moulins à vent afin de donner l’impression qu’ils agissaient, plutôt que d’émettre des critiques sur le camp d’en face.

Ils ont aussi laissé toujours plus de médias d’extrême droite proliférer au détriment de la concurrence (la concentration des médias en France est une calamité et les rachats en masse des Bolloré, Pinault, Drahi et Arnault n’arrangent rien) et au détriment de la pluralité et de la qualité journalistique. Paix à l’âme du JDD, de Paris-Match, de Femme Actuelle, de Gala, de Science et Avenir, de l’Obs, l’Express, le Point… la liste n’en finirait pas.

Voilà pour les gages des gouvernements soi-disant centristes de Macron (en réalité, très à droite, dans leurs discours et leurs actions) à l’extrême droite.

Et l’extrême droite, elle, que fait-elle ? Elle qui se drape désormais dans une posture hyper-républicaine, un respect farouche des institutions, une critique des groupuscules qui se réclament de la même idéologique qu’elle et qui mettent en place une multitude d’attentats heureusement souvent déjoués, elle qui s’habille en costard et parle convenablement, utilise-t-elle sa langue et ses capacités politiques et intellectuelles pour fournir une opposition décente à l’ultra-libéralisme ? Défend-elle corps et âme les corps intermédiaires ?

Que nenni ! Une opposition fantoche que celle de la droite extrême et de l’extrême droite, qui évacuent encore et toujours cette question centrale des inégalités économiques pour se focaliser sur des combats inutiles et lancer au vent des fake news, comme sait aussi le faire le gouvernement.

Alors qu’on a vécu les Gilets Jaunes, le COVID, l’inflation, des 49-3 en pagaille, des meurtres policiers, les révoltes des banlieues, une crise environnementale sans précédent, des inégalités qui exposent, qu’a proposé le lepénisme face à ces crises sociales, politiques et économiques ? Rien pour encadrer les prix des biens de première nécessité ou les loyers, rien pour augmenter le SMIC ou les bourses étudiantes, rien pour encadrer les aides aux entreprises, rien pour construire des logements d’urgence pour les nécessiteux, pas d’ISF ou de taxe sur les superprofits, pas d’augmentation de la TVA pour les produits de luxe, pas de taxe des superprofits, pas de taxation du kérosène ou des yachts, pas de fonds supplémentaires pour l’école, la justice ou l’hôpital, pas de revalorisation des fonctionnaires, pas de réforme de la police, pas de critique du 49-3 à répétition ou des mises en examen de ministres, rien… Depuis 6 ans, MLP a piscine (et Zemmour aussi, depuis 2 ans).

Toutes ces idées que je viens d’énoncer, toutes ces critiques constructives, ce sont celles de la gauche. C’est parce que ces idées sont bonnes que la Macronie, que la Lepénie, que les plateaux télé, que cette grande alliance libérale-autoritaire se liguent contre elle pour la ridiculiser et la criminaliser (avec des moyens financiers démesurés, coucou Schiappa et le fond Marianne).

Evidemment, vous n’avez pas entendu et vous n’entendrez pas non plus la Lepénie ou la Zemmourie critiquer la criminalisation et les tentatives de dissolution des associations, critiquer les violences policières sur les manifestants et les citoyens, critiquer l’ostracisation des syndicats de la vie politique… Tous ces faits autoritaires affaiblissant la démocratie, ce sont des actions que ces droites radicales mèneraient exactement de la même façon si elles étaient au pouvoir.

Le problème, c’est que la majorité des médias aujourd’hui défendent aussi cet agenda consistant uniquement à critiquer la gauche sur des postures plus que sur des faits, ne cherchant plus à défendre le vrai, ou le juste, mais se focalisant eux aussi sur les combats inutiles ou caricaturaux afin d’évacuer les luttes légitimes de l’esprit des gens.

Sortir de l’ornière, quitter ses œillères sera difficile dans ces conditions. Il y a deux solutions : soit commencer à regarder des médias alternatifs pour – au moins – avoir un son de cloche un peu différent que celui qu’on trouve sur 95% des chaînes de télé et des radios de ce pays. Mais beaucoup rechigneront à le faire car ils considéreront se faire manipuler tout autant, juste « par l’autre bord » (certes mais ça rééquilibre un peu, non ?). Soit se mettre à réellement suivre et agir politiquement, regarder les débats à l’Assemblée nationale, lire les programmes, aller voir ce qui se passe et ce qui se dit dans les manifestations, et arrêter de combattre des chimères.

Vivre un peu dans le réel, quoi. Nous sommes tous des corps intermédiaires, nous en pâtirons tous de ce libéralisme-autoritaire (sauf les 5% de nantis qui voient leurs conditions de vie rayonner ces dernières années).

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