Sionisme, antisémitisme, islamophobie… : doit-on cautionner ces mots ?

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On l’a vu grâce à la novlangue d’Orwell dans 1984. On l’a vu en vrai, grâce aux démonstrations de Franck Lepage ou d’Herbert Marcuse : les élites manipulent les mots et les mots nous manipulent.

On peut le voir notamment dans la thématique toujours très compliquée à aborder de l’intolérance ou du racisme.

Tentons, à la manière d’un Franck Lepage, un petit cours de désintoxication du langage.

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Antisémitisme et islamophobie

– On peut tout d’abord se demander pourquoi il existerait un terme particulier à l’intolérance envers les personnes de confession juive.

Lorsqu’on lutte contre le racisme, ne lutte-t-on pas contre l’antisémitisme aussi ? L’intolérance n’est-elle pas la même pour tous ceux qui la subissent, qu’ils soient jugés « non conformes » parce que juifs, noirs, musulmans, homosexuels, petits, gros, etc. ?

Néanmoins, et il est juste de le souligner, la stigmatisation à l’égard de ce que l’on appelait autrefois les races – couleur de peau, attributs physiques – peut sembler différente de l’intolérance à l’égard d’une religion. D’où la probable tentation, une fois que le concept de race a été balayé (mais le racisme, lui, se faisant toujours aussi présent) de proposer un nouveau mot pour un nouveau type de racisme : le racisme religieux.

L’antisémitisme mêle maladroitement racisme de race et racisme de religion. On attribue – à tort, doit-on le préciser ? – au juif des caractéristiques physiques, mentales et morales comme on le fait du « Noir », du « Jaune » et de tous les « indigènes », exotiques d’un point de vue européen et ethnocentré. Mais aussi des caractéristiques soi-disant liées à sa religion…

Est-ce une raison pour en faire un mot à part, et donc un racisme à part ?

N’est-ce pas donner de la valeur et de l’importance à ce nouveau racisme que de le distinguer des autres ? Je pense que si.

– De la même manière, le terme d’islamophobie n’a selon moi pas lieu d’être. Soit on parle de racisme religieux ou d’intolérance religieuse de manière générale, soit on ouvre une boîte de Pandore pour classifier les gens par type et donc justifier les différences.

Pourtant, je retiens une deuxième problématique liée au terme d’islamophobie : la première, je l’ai évoquée, tient à cette propension à créer de nouveau mots et donc de nouvelles différences là où il n’y en a pas besoin, selon moi.

La seconde tient à la nature même de ce néologisme qui, maintenant qu’il existe, doit être regardé, décortiqué, voire le cas échéant, discuté ou combattu.

Et en effet, je combats ce mot. Étymologiquement parlant, l’islamophobie définit la « peur de l’Islam ». Et bien que le racisme soit une forme de peur en effet, c’est bien plus que cela. C’est aussi un mépris, une haine, une stigmatisation… Alors, pourquoi limiter le racisme religieux envers les musulmans à une peur ?

Aujourd’hui, on peut aller sur un plateau télé et se déclarer islamophobe, sans gêne, de la même manière qu’on peut se dire arachnophobe. Puisque étymologiquement, cela ne définit qu’une peur, sans haine, sans mépris. On ne peut pas aller sur un plateau télé et se dire antisémite.

Doit-on le rappeler (puisque l’on joue avec les mots), les arabes sont aussi des sémites et donc, parler d’antisémitisme revient à mettre les Arabes et les Juifs dans le même groupe racial et donc dans la même stigmatisation et le même racisme.

La logique serait donc de parler « d’anti-islamisme » ou « d’anti-musulman » plutôt que d’islamophobie. Là, la chose serait clairement comparable à ce que l’on devrait appeler de l’anti-judaïsme.

Encore une fois, je suis personnellement contre le fait de distinguer et catégoriser les formes d’intolérance à ce point. Cela ne mène à rien. Mais puisque les mots existent, qu’on les dénonce s’ils sont injustes et qu’on les utilise correctement. Une justice à deux vitesses dans les mots entraine des frustrations dans la société, c’est inéluctable.

D’autres termes flous à éclairer d’une lumière nouvelle

Sionisme, islamisme, laïcité, racisme anti-blancs… Quelques autres termes, flous, me semblent faire le jeu des intolérants et des réactionnaires en tous genres.

– La laïcité par exemple. La laïcité n’est pas une arme offensive, ce n’est pas une baïonnette. La laïcité est une clôture, qui sépare strictement le religieux de l’État.
Je répète : de l’état. Pas des gens. Pas des institutions privées… La laïcité assurant ainsi et AUSSI une neutralité totale et une liberté de culte totale aux citoyens de cet État.

La laïcité ne doit pas servir à attaquer des communautés, à les stigmatiser, à leur interdire ceci ou cela. Sinon, c’est du racisme religieux.

Quand Nadine Morano étale son « islamophobie » sur les plateaux télé, quand elle explique avec une faiblesse historique consternante que la France est un pays judéo-chrétien de race blanche, elle brandit finalement la laïcité comme un poignard pour  révéler qu’elle a peur d’un grand remplacement et ne voudrait pas que la France soit à majorité musulmane un jour. Bref, elle fait du racisme, quoi qu’on en dise.

– L’islamisme est étymologiquement à l’Islam ce que le catholicisme est à la religion catholique. Ce mot devrait donc désigner le courant de pensée liée à une religion, mais pas seulement la doctrine politique de cette idéologie. En France, le glissement sémantique du « islamisme » a eu lieu dans les années 70 et il est très grave.

A cause de cette confusion, on tend à faire croire que tous ceux qui sont croyants musulmans sont des extrémistes qui rêvent d’un Islam politique (voire de la charia) car en effet, étymologiquement, ce sont des islamistes.

Encore une fois, par les mots, on met l’accent sur une peur d’un côté, et l’on stigmatise de l’autre. Voilà pourquoi je n’utilise pas ce terme. On devrait parler d’extrémisme islamiste ou musulman, comme on pourrait parler d’extrémisme catholique ou judaïque.

– Le sionisme serait né au début du 20e s., suite à l’affaire Dreyfus. C’est un nationalisme, comme de nombreux nationalistes naissaient à cette époque où la notion de nation était encore relativement récente.

Le sionisme désignait avant 1948 la volonté de certains juifs de bénéficier d’une terre, d’avoir un état juif. C’est donc une idéologie politique qu’on pourrait définir comme nationaliste et communautaire (car je le répète, la volonté est que cette terre soit juive).

Pourtant, depuis 1948 et la naissance de l’état juif, il existe des sionismes de droite, de gauche, d’extrême droite et même bizarrement, d’extrême gauche. Il existe même un anarchisme sioniste (ce qui peut paraitre contradictoire, car l’anarchie n’est pas nationaliste, mais passons). Bien évidemment, chaque idéologie politique sioniste est très différente l’une de l’autre.

En ce sens, il est très difficile de se définir comme antisioniste de nos jours. Ce terme est trop vague. Personnellement, je ne le fais pas, bien que je condamne clairement et fortement la politique expansionniste et ségrégationniste de l’état d’extrême-droite israélien actuel.

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Ceux qui se complaisent à baser toute leur réflexion politique sur la stigmatisation du sionisme font fausse route. Ceux qui pensent encore que tous les sionismes actuels sont les mêmes que le sionisme nationaliste d’avant la création de l’état d’Israël sont sûrement anti « néo-sionisme »… Ce terme plus exact leur évitera bien des déconvenues, dont le fait d’être traité, souvent à tort, d’antisémites.

Pour faire plus simple :
Néo-sionisme : héritier du sionisme religieux et du sionisme nationaliste.
Post-sionisme : sionisme laïque, souvent vu comme antisioniste.

Et pour mettre fin à toute polémique : Netanyahu représente une politique d’extrême droite clairement sioniste nationaliste ou néo-sioniste. On a le droit d’être contre cela sans être ni intolérant, ni raciste, non ? Et ce n’est pas de l’intolérance, bien au contraire. Sinon, on pourrait dire aussi qu’être contre la politique de Le Pen est une forme de racisme ! Mais on dirait vraiment n’importe quoi….

– Pour le racisme anti-blanc, bien qu’il existe en effet, j’irai même plus loin. Ce racisme n’est pas du racisme au sens systémique du terme, c’est-à-dire une intolérance et une coercition constante (systémique) d’une majorité dominante sur une minorité dominée. C’est donc une intolérance ponctuelle qui, bien qu’elle ne doive pas être sous-estimée, ne relève pas d’une cause des problèmes créés par notre société mais bien de conséquences malheureuses et évitables de ces problèmes. En réduisant les inégalités dans la société, on détruira sans aucun souci le racisme anti-blanc. Dont acte.

expo vivre ensemble en france montpel

Je le dis souvent. Changer le monde commence par se changer soi-même. Mais une majorité de gens semble perdue et se demande comment faire.

Le plus simple, mais aussi le plus compliqué, peut être de commencer sa révolution en changeant les mots qu’on utilise. En parlant différemment, plus précisément et justement que le système ne le voudrait, on commence par réfléchir différemment et ne plus être obéissant. On commence à changer et donc, à devenir libre.

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Dois-je préciser que je ne suis aucunement linguiste ? Je me suis juste permis d’aller lire les définitions et étymologie des mots, que j’ai ensuite comparées à la manière dont ces mots sont utilisés – comme des armes – par les médias, les éditorialistes, les « penseurs », les politiciens, bref ces personnes censées nous influencer positivement… Contre-productif.

Pensez par vous-même. Lisez. Et partagez ensuite vos pensées pour vous assurer que vous ne vous trompez pas de chemin. Ces réflexions deviendront des connaissances précieuses.

Albert Camus disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Camus était décidément un grand homme…

 

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Sources photo : Combo, Exposition « Vivre ensemble en France »

Un commentaire

  1. Très bon article. Tous ces nouveaux mots, islamophobie, homophobie, etc…sont, dans ce monde étrange que nous laissons se fabriquer, des armes de destruction sociale.
    Dans mon vieux, très vieux dico Larousse édité en 1992,le mot homophobie, par exemple, n’existe pas. ça laisse rêveur non ?

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