SDF : Donnons notre attention à nos voisins des rues !

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La tempête hurle et s’immisce dans les interstices de la fenêtre vermoulue. Le froid est de retour. L’hiver est là. La pluie ne s’arrête plus.

Mais comme chaque année en hiver, ils sont nombreux à dormir dans les rues. Le métro avance à pas de loup et dans chaque nouvelle bouche, des ombres dorment ou se réveillent à peine. À côté du Monoprix. À côté des distributeurs du LCL. Au feu rouge. Ils sont avec nous, ils sont en nous, mais nous faisons semblant de ne pas les voir.

Les hommes sont-ils déshumanisés ? On le croirait parfois. Combien de femmes et d’hommes pressés détournent le regard, détournent leur marche folle même, pour éviter le moindre contact avec cet humain affaibli qui les ramène à leurs peurs les plus enfouies.

Nous sommes le monde. Le système fait ce que nous sommes autant que nous faisons ce qu’il est. La pauvreté matérielle, incarnée par ces sans-logis, est la face la plus sombre de l’ultra-libéralisme qui gagne chaque jour du terrain. Et le fait de les ignorer est le résultat le plus sombre de l’ultra-égoïsme qui gagne chaque jour les consciences.

Un sourire SVP

Un égoïsme, un individualisme contre lesquels il faut lutter. Faut-il maintenant faire de la vulgaire  » com’ « , comme une pauvre agence de pub, pour attirer le regard sur nos SDF ? C’est en tout cas le choix qu’a fait la Fondation Abbé Pierre en mettant en place une expo intitulée « Un sourire SVP » avec les artistes Luigi Li et Little Shao : des photos de SDF avec des cartons griffonnés de punchlines, pour marquer les esprits !

L’expo est terminée depuis longtemps, mais les affiches restent dans les têtes, et la problématique des personnes sans-abris, dans les rues. Alors il faut faire prendre conscience. Alerter. Diffuser.
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En espérant que la prochaine fois que vous croiserez l’un de vos voisins des rues, vous comprendrez que même si vous n’avez pas de pièce, vous avez énormément à lui offrir : un sourire, un « bonjour », une attention !

La tempête ne s’est pas calmée. La dame a tenté de colmater sa fenêtre. Moi, je suis reparti sous la pluie à la recherche d’un autre monde où m’abriter…

vies de merde
le vent souffle fort ce soir
un vent glacial
et je pense aux
copains à la rue.
j’espère que quelques-uns ont une bouteille
de rouge.
C’est quand on est à la rue
qu’on remarque que
tout
est propriété de quelqu’un
et qu’il y a des serrures sur
tout.
c’est comme ça qu’une démocratie
fonctionne :
on prend ce qu’on peut,
on essaie de le garder
et d’ajouter d’autres biens
si possible.
c’est comme ça qu’une dictature
aussi fonctionne
seulement elle a soit asservi soit
détruit ses
rebuts.
nous on se contente d’oublier
les nôtres.
dans les deux cas,
le vent
est fort
et glacial.

Charles Bukowski

Pour aller plus loin :

sakado.org
prisedecourant.org
ActionFroid

Photos : © Little Shao

10 commentaires

  1. Ton article me touche, forcément.
    L’autre jour, j’ai croisé un capitaine de bateau, dans le RER A. Il a dû faire des milliers de changements depuis sa taverne de Saint-Malo pour arriver là. Il transportait toute sa vie dans un grand sac, ça doit craindre de tout laisser sur le bateau. Il faisait de grands gestes avec ses mains, comme pour s’entraîner à tenir son gouvernail. Tout le monde le regardait bizarrement et se tenait le plus loin possible de lui, faut dire qu’il sentait un peu la mer, normal. Moi je lui ai souri, je lui ai dit « Au revoir capitaine ! » en partant. Et il a ri aux éclats. C’est bien la preuve que j’avais raison, non ?

    Voilà, c’est le monde que j’ai trouvé pour m’abriter.
    Merci pour le lien à la fin, merci d’avoir parlé d’eux. 🙂

    Joyeuses fêtes

  2. Oui, la société tend à nous déshumaniser. Merci pour cet article et ces belles photos qui ravivent un peu la compassion au fond de nous tous.

  3. Je suis heureuse de constater que je ne suis pas la seule à vouloir aider les SDF et leur (re)donner le sourire.
    Il y a pas si longtemps que ça (il y a 1 an pour être plus précise), le 23/12, j’avais un petit paquet de papillotes dans la main et j’ai rencontrer un SDF, justement. Je suis allée à sa rencontre et je lui ai tendu 2 papillotes tout en lui disant « Joyeux Noël » puis il m’a remercié et je suis partie.
    Ce petit message pour dire que même les petites actions sont importantes.
    Voilà,
    Bien à vous,
    Safia,11ans

    • Safia, merci mille fois !
      Tu as raison, chaque petite action est importante. Cela me fait penser à ce fameux conte :

      « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part » .

      Merci beaucoup Safia, ton commentaire aussi me fait bien plaisir et me motive,
      et motivera j’espère d’autres gens à partager ce qu’ils ont !

      L’ I

  4. Il faisait froid… c’était peu avant minuit
    Je remontais la rue Mouffetard quand je l’aperçu..
    Au pied du mur il était assis
    Il leva les yeux et me sourit…
    Il a toujours été là, ce sans abri
    Mais cette nuit… tous les deux nous fûmes surpris
    Par un étrange sentiment de déjà vu
    Peut-être l’incongru de nos deux vécus
    Je ne l’ai pas connu…il ne m’a pas connu
    Mais nous nous sommes reconnus
    Comme deux inconnus mis à nu
    Parce qu’ils vivent dans la même rue
    Entre quatre murs pour l’une
    Aux quatre vents pour l’autre
    Un instant de toute intensité entre deux existants qui ignorent pourquoi Il en est ainsi et ne peut en être autrement.
    La fragilité, la précarité, la pauvreté de notre condition… peut-être ?
    J’ai beau être nourrie, logée et chérie
    Je ne pus m’empêcher de ressentir
    Une certaine proximité avec cet homme sans intimité
    s.d.f. comme il dit, et qui incarne à lui tout seul,
    Tous mes griefs contre la banalisation de ce mal social
    Je me sentie tout aussi abandonnée
    Ni pitié, ni empathie
    Ce fut comme un éclair de lucidité
    J’y voyais soudain plus clair dans cette épaisse obscurité
    Et le réel me devint insupportable… inacceptable
    Je l’ai invité aussitôt chez moi
    Pour y passer la nuit… toutes les nuits.
    Il refusa avec un soupçon de majesté
    Il eut peur… mais de quoi?
    Il préférait son sort à mon confort…
    Et ne voulait l’échanger pour rien au monde…
    Parce que cela faisait partie de son odyssée,
    De son échappée… belle
    De son bras d’honneur au mutisme de son prochain.
    Je ne pus m’empêcher de lui poser cyniquement la question :
    S’il ne trouvait pas bizarre de me voir insister à ce point
    Pour l’embarquer dans mon pied à terre…
    Il me répondit sans malice qu’il n’est pas du tout étonné…
    Parce qu’il est persuadé d’être… l’homme de ma vie
    Je ne sais pourquoi, je fus bouleversée
    Comme s’il m’avait révélé… la seule vérité vraie :
    « Reconnais-toi toi-même »
    Sur le champ, je n’eus, ni cette reconnaissance, ni cette intelligence…
    Après, je l’ai regretté comme jamais
    Parce qu’il était bel et bien, l’homme de ma vie
    Le lendemain, le SAMU a retrouvé un corps gisant par terre
    Mort de faim et de froid… c’était lui…
    Non… je ne vous raconte pas d’histoire
    C’est à moi que je la raconte!

    http://www.lejournaldepersonne.com/2013/10/des-millions-de-delaisses/

  5. Votre article,est très bien fait,et très touchant,merci pour eux,visons un avenir plus solidaire,et moins individualiste,étant bénévole au 115. Du particulier,et ayant été a leur place,a un moment donné de ma vie je ne peut que comprendre tout ce que ces personnes traversent,merci

    • Aurorr (Aurore ?)
      Merci à vous pour ce très joli message, ça me touche et m’encourage !
      Un monde plus juste et solidaire, c’est finalement ce que tout le monde veut.
      Sauf que certains vivent en tentant d’améliorer les choses, et d’autres baissent les bras et ne finissent par ne plus penser qu’à eux.
      Il faut que ceux qui ont nature à échanger, partager, soutenir continuent de se battre et de crier plus fort que les autres.
      Merci à vous !

      L’I

  6. Bonjour L’Indigné,
    C’est décidé, avec mes amies, Marie et Zoé, nous avons créé l’association Zanzibar (pourquoi « Zanzibar »? une idée comme une autre), qui va aider l’humanité (on l’espère). Notre but? Nourrir le plus grand nombre de SDF dans notre ville. Comment y parvenir? Comme on a 12 ans et qu’on n’a pas d’argent, nous allons regrouper le plus d’objets possible comme des habits, jouets, livres… pour ensuite les revendre. L’argent récolté sera directement reversé aux SDF sous forme de nourriture, matériel d’hygiène corporelle http://dissidenceresistance.files.wordpress.com/2014/09/m25-1.jpg?w=367&h=245&crop=1
    Enfin voilà, si vous aussi, citoyens comme les autres, vous voulez changer le monde…
    FAITES COMME NOUS!!
    Merci infiniment,
    Les Zanzibar (actuellement 6 membres)

    PS: une vidéo qui m’a donné cette idée de faire de l’humanitaire (et qui m’a aussi fait pleurer je l’avoue): http://www.youtube.com/watch?v=ljQDEMwOaDM

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