Réflexion autour du travail et de son partage (Loi Travail, non merci)

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La Loi El Khomri est sur bien des points une aberration qui nous fait retrouver la glorieuse époque des Misérables de Victor Hugo.

Reculs sociaux présents dans la Loi Travail (ou loi « Travaille ! »)

☞ En cas de licenciement illégal, l’indemnité prud’homale est plafonnée à 15 mois de salaire
☞ Les 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures peuvent être fractionnées
☞ Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et changer le temps de travail
☞ Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos
☞ Le dispositif « forfaits-jours », qui permet de ne pas décompter les heures de travail, est étendu
☞ Les apprentis mineurs pourront travailler 10 heures par jour et 40 heures par semaine
☞ Le plancher de 24 heures hebdomadaires pour un contrat à temps partiel n’est plus la règle dans la loi
☞ Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins rémunérées
☞ Une mesure peut-être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats
☞ Une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques
☞ Après un accord d’entreprise, un-e salarié-e qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié
☞ Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour

Ce n’est pas pour rien que la France connait une mobilisation sans précédent qui va bien au-delà des grèves et manifestations ponctuelles : je veux bien entendu parler du Mouvement #NuitDebout qui porte en lui une formidable énergie de changement politique qui émane du peuple et qui, par l’expérience, prouve que l’on peut penser et faire autrement ; mais cette expérimentation 100% politique est tout simplement inacceptable pour le Pouvoir en place qui a passé ses journées à décrédibiliser ce mouvement, idéologiquement, médiatiquement et physiquement.

Lire aussi : Médias et politiciens sur #NuitDebout : plus réac, tu meurs

Pour un pouvoir corrompu, le peuple doit rester imbécile et se contenter de se sentir intelligent en regardant des bêtises à la télé, sur FB et au cinéma. Pas réfléchir. Pas se rassembler. Encore moins sur la place publique, pour penser à la politique, à SA politique.

Il n’y a que dans une vraie démocratie qu’un mouvement comme Nuit Debout serait encouragé et vu avec bienveillance.

On ne peut pas taire non plus ces violences policières qui émaillent l’actualité depuis quelques semaines, technique ultime de déstabilisation d’un mouvement lorsque ce dernier est pacifiste et supporté par la majeure partie de l’opinion…

Et comment parler de violence sans mentionner l’odieux passage en force de la loi Travail à l’aide du 49-3, véritable preuve antidémocratique de notre régime ?

Lire aussi : Mensonge : arrêtons d’appeler notre système une « démocratie » !

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Bref, la Loi Travail et ses conséquences mériteraient un livre à elles seules. Mais tandis qu’on se lance dans mille et un débats factuels, on oublie un point essentiel : l’importance de débattre du sens du travail en lui-même et du meilleur moyen de le partager en ces périodes de chômage intense.

La « logique néolibérale », qui n’a pas grand chose de logique, consiste à dire au sujet de cette Loi Travail ultra libérale : « Il faut le faire, tous les autres l’ont fait. » C’est la fameuse phrase « There is no alternative » de la délicieuse Thatcher. Mais cela ne nous avance pas plus que ça.

Les USA ou l’Allemagne ont peut-être moins de chômage que la France grâce à l’ultra libéralisme, mais combien de travailleurs dans la pauvreté, et combien d’ultra richesses totalement indécentes ? Est-ce un exemple de société ? Ou sommes-nous simplement les pions de quelques puissants qui veulent faire du monde entier leur terrain de jeu, terrain privatisé où les esclaves sont corvéables à merci sans même le Droit pour les protéger ? Est-ce le futur dont nous voulons ?

Est-ce normal de la part d’un groupe politique quel qu’il soit de vouloir baisser les droits et les conditions de tout un peuple au profit de quelques-uns ?

Ne serait-il pas plus logique de réduire les privilèges de ces quelques-uns pour instaurer une logique de répartition des richesses bien plus égalitaire, et plus vertueux car cela permettrait à tous de réinjecter de l’argent dans l’économie, plutôt que de voir ces quelques-uns soustraire leurs millions (résultat du travail de tous) vers des paradis fiscaux ? Ne serait-il pas également plus astucieux de diviser le temps de travail plutôt que de laisser la possibilité aux exploiteurs d’exploiter chaque travailleur encore plus longtemps ? Cela les poussera-t-il à l’embauche ? Jamais. Cela fait aussi partie de l’illogisme ultra libéral.

Et au-delà de ces questions déjà trop pratiques, qu’est-ce que le travail ? Est-ce une activité qui doit uniquement être confiée aux patrons ?

Au delà de sa dimension nécessaire et contraignante visant à transformer la nature en nourriture, toit, vêtements, etc. – dimension qui est aujourd’hui grandement abandonnée à l’automatisation des tâches ou aux travailleurs d’autres pays au profit de jobs à la con – le travail n’est-il pas un moyen de trouver un sens utile et transcendant à la vie, de s’émanciper, de s’épanouir, de progresser en tant qu’humain et en tant que société ?

Laissons la parole au philosophe politique canadien Alain Deneault sur cette question du travail et de son sens :

On est à des années-lumière de faire du travail un Bien Commun, de faire du travail un objet démocratique, plutôt que d’abandonner le travail à ceux qui prétendent le créer sous la forme d’emploi.

Le travail, qu’est-ce que c’est , d’un point de vue social ? C’est penser la rencontre entre des dispositions , des compétences, des volontés d’une part, et d’autre part, des besoins, éventuellement des aspirations collectives. Mais on n’en est pas là du tout. On en est à dire à des gens : « Voilà, vous allez vous conformer à une entreprise qui a pour visée – surtout quand il s’agit d’une multinationale – de satisfaire les actionnaires, avec des stratégies très dures.’

Et on se retrouve à faire n’importe quoi, des tâches tout à fait absurdes : vous avez un ingénieur qui va confectionner un matériau qui est destiné à se briser, parce qu’on est dans l’ère de l’obsolescence et la défaillance programmée. Vous avez des designers qui vont imaginer des façons d’installer un bain tourbillon dans un jet pour un oligarque qui a les moyens de se le payer. Vous allez avoir des pharmacologues qui vont concevoir des médicaments pour des malades imaginaires qui ont un pouvoir d’achat, tandis que des indigents qui sont vraiment dans le besoin, eux, n’y auront pas droit.

On est donc est face à un monde -et je reviens sur l’expression – qui nous condamne à la médiocrité. C’est à dire à une absence de réflexion sur le sens même de ce que l’on fait. Et en plus, il faudrait être de bonne humeur, en plus on nous dit qu’il faudrait se sentir responsable, qu’il faudrait par nous-même deviner les attentes des employeurs, essayer de s’y conformer sans même que l’employeur aie à prendre ses responsabilités par rapport à son autorité, qu’on fasse comme si on était dans une sorte d’horizontalité joyeuse où tout le monde tire dans la même direction, pour censurer une chose, qui est le rapport d’autorité qui existe bel et bien entre un employeur et un employé, et tout ça avec le sourire.

L’intervention d’Alain Deneault sur le sens du travail en vidéo :

Comme Hegel, comme Deneault, je pense que le travail doit être vu comme un Bien Commun visant à l’émancipation humaine. Pas comme un outil des puissants pour nous faire travailler pour eux, à leurs conditions, afin qu’ils puissent continuer à faire tourner ce système capitaliste absurde qui dévalorise les hommes et survalorise les objets ; afin qu’ils puissent continuer à engranger des fortunes grâce au travail des autres. Le travail doit être un moyen de retrouver notre propre liberté et pas l’abandon de notre liberté.

N’oublions pas que tout équilibre est ténu. Les maîtres ne travaillent plus, car d’autres le font à leur place. Mais ces autres, ce sont eux qui font tourner les machines, ce sont eux qui apprennent et maîtrisent les techniques nécessaires à leur liberté. A l’inverse, les maîtres (ou patrons) ne savent plus rien faire. Et si nous, qui savons faire et qui sommes potentiellement émancipés, nous nous organisions sans eux ?

Dirigeons notre émancipation vers une reconquête commune. Notre intelligence collective sera le marteau qui brisera nos chaînes. Travaillons ensemble, travaillons moins, travaillons mieux. N’oublions pas de remettre du sens au sein de ce débat sur cette loi scélérate voulue par les marchés financiers. Remettons du coeur et de l’esprit – philosophique – à l’ouvrage qu’est notre société. Loi Travail (El Khomri), non merci !

 

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Sources : Bastamag, philoblog, CSOJ

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