Quand le journalisme réac’ fait sa propagande mensongère contre le progrès

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Si je vous parlais un peu du Front Populaire, qui a été au pouvoir en France entre 1936 et 1938, qu’est-ce que cela évoquerait instantanément chez vous ?

Dans les faits, en seulement deux ans, le Front Populaire a obtenu des avancées politiques et sociales majeures dont tout le monde profite aujourd’hui : hausse des salaires (de 7 à 15%), instauration des premiers congés payés (deux semaines), semaine de travail qui passe de 48h à 40h, tarifs réduits sur les billets de trains (et donc, premières vacances pour beaucoup de travailleurs), premiers droits syndicaux et premières conventions collectives, nationalisations, grands travaux, soutiens financiers aux agriculteurs, tarifs réduits dans les musées, création du droit d’auteur…

On a l’impression que cette courte période de deux ans a permis à la France de passer d’un âge de pierre à un âge bien plus moderne (même si la guerre qui s’en suivit ne permit pas de s’en rendre compte tout de suite).

Pourtant, quand on regarde les journaux de la droite réactionnaire de l’époque en 1936, juste avant les élections qui verront le Front Populaire l’emporter, on ne ressent ni ferveur ni emballement devant la possibilité de cette victoire. Au contraire. La plupart des journaux font dans la propagande sans même évoquer le programme pourtant intéressant du FP. Leurs arguments : le vide, à part tenter de faire peur et nourrir les pires fantasmes afin de détourner l’électorat des immondes « Rouges » du Front Populaire.

La propagande en 1936

Dans son éditorial, le journal Le Temps écrit :

Qui veut la paix veut l’ordre, l’ordre partout, et d’abord chez soi. La France, la République française ne peut être défendue que par ceux qui croient en elle. Or, tous les révolutionnaires contestent à la République la vertu et le droit de subsister. C’est par là qu’ils mettent la paix en péril. Les communistes se sont travestis et masqués pour s’introduire dans la République et la réduire à merci. Dissimulés dans leur « cheval de Troie », ils prétendent apporter aux Français la liberté, le pain et le bonheur. Ils ne préparent que notre ruine et notre asservissement. Ils n’ont pas d’autre morale, d’autre dogme, d’autre principe que la violence. Ils feignent de vouloir supprimer tout privilège, mais c’est pour devenir des maîtres privilégiés.

Dans l’Echo de Paris, c’est le rédacteur en chef Henri de Kerrilis qui signe :

Si vous connaissez un patriote, un homme d’ordre tenté de s’abstenir, ne perdez pas un instant, précipitez-vous chez lui, suppliez-le de faire son devoir, traînez-le à l’urne en lui représentant la responsabilité qu’il encourrait par sa désertion civique. Ne votez jamais blanc. […]. Il faut voter pour le moins rouge contre le plus rouge. Ne vous abstenez jamais. Faites aujourd’hui le barrage des bons Français contre le « Front populaire ». C’est votre devoir.

Dans L’Action Française, classé à l’extrême-droite, le tristement célèbre Charles Maurras (qui déjà en 1935, voulait faire fusiller Léon Blum) qualifie le Front Populaire comme un « Mal de complicité communiste » avant que son collègue Charles Gaudy n’amplifie la chose :

Soit que les déchirements qui en seraient la conséquence, l’anarchie et la guerre civile déclenchent l’agression hitlérienne, soit que le nouveau gouvernement, pour accomplir les vœux de ses membres et obéir à la Russie des Soviets, prenne lui-même l’initiative des opérations, nos frontières seraient vite mises à feu et à sang, pendant que le territoire serait ravagé par de cruelles discordes.

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Quand on voit le résultat de ces deux années de « Terreur absolue » (lol), on se demande quand même quels intérêts défendent ces journaux : ceux de la classe bourgeoise, ou ceux du peuple ?

Revenons en maintenant à nos élections de 2017. Quatre candidats semblent se tirer la bourre dans le sprint final : Marine Le Pen, à l’extrême-droite, François Fillon, très à droite également, Emmanuel Macron, plus à droite qu’au centre, et Jean-Luc Mélenchon, à gauche. Certes, Jean-Luc Mélenchon a été sommé de participer à la primaire du PS, certes, on a fait pression pour qu’il se désiste au profit de Hamon, mais à part ça, rien de bien méchant…

Tant que les trois premiers caracolaient en tête, et malgré les scandales émaillant les parcours de MLP et de Fillon, le débat médiatique est resté plutôt serein, mesuré (bien qu’inégalitaire, merci au principe d’équité), décortiquant vaguement les programmes, invitant plus ou moins les mêmes sur les plateaux… Pas de méchants tacles sur Fillon, personne pour dégonfler le programme anti-républicain de Le Pen…

Mais depuis que Mélenchon a rejoint le trio de tête, un certain affolement semble avoir gagné les rédactions. Et on assiste à des attaques ridicules, soit ad hominem, soit totalement fantasmée, jouant sur les émotions, pour décourager un vote vers le candidat de la France Insoumise. Avec, toujours, l’imaginaire du communiste avec le couteau entre les dents (et mangeur d’enfants) en fond :

La propagande en 2017 (rien n’a changé)

Dans le FigaroVox, l’éditorialiste Paul-Henri du Limbert n’y va pas de main morte, certainement très concernés pour les SDF et les smicards, et pas du tout pour ceux qui gagnent vraiment beaucoup, et qui sont les seuls à pouvoir être inquiets (économiquement uniquement) par le programme de la FI :

Voilà un homme prêt à vous injurier si vous lui faites observer que les obsessions de Robespierre ont vite tourné à la psychopathie et qu’il n’a jamais vu un seul prisonnier politique à Cuba. La Grande Terreur robespierriste, le goulag sous les tropiques, la ruine du Venezuela d’Hugo Chavez ? Interrogez-le, et vous constaterez qu’il vous fera la même réponse que Georges Marchais jadis à propos de l’URSS : « Un bilan globalement positif ! »

Sans oublier cette Une qui fait bien peur !

Hugues Serraf, sur le journal pro-atlantiste Atlantico n’a aucun mal à comparer le programme de la France Insoumise et les casseroles de François Fillon, qui elles sont carrément impardonnables :

La découverte du programme de Mélenchon, c’est un peu comme celle des affaires de Fillon après sa victoire à la primaire LR. Tant que le bonhomme restait dans son rôle de grand petit candidat et amusait la galerie en tonitruant sur les estrades qu’il était le bruit et la fureur, personne n’avait l’idée d’aller y jeter un coup d’œil, même pas ses proches.

On savait vaguement qu’il était très à gauche, n’aimait pas trop l’Europe et les banquiers, et c’était à peu près tout. A près de 20 % d’intentions de vote et avec son irruption dans la bande des quatre, comme on disait sous Deng Xiaoping, on commence à y regarder de plus près et ça fait presque aussi mal que 30 années d’emplois fictifs et de costumes Mao sur mesure.

Une manière de dire que construire un programme social et plutôt égalitaire est aussi amoral que de « voler dans les caisses » ? Félicitations, belle probité journalistique.

Continuons en beauté, avec BHL le poète débraillé, qui a écrit un article à charge sur JLM sur le site La règle du jeu. C’est lourd, c’est pompeux, mais on vous en met un petit extrait :

Et puis la France insoumise…
N’est-il pas étrange, à la fin, que, chaque fois qu’un peuple insoumis affronte une dictature, une vraie, il s’arrange pour venir en renfort de la seconde et pour accabler le premier ?
Poutine, plutôt que Navalny.
L’aspiration à la démocratie en Syrie réduite à une affaire de pétrole et de gaz dont le dernier mot devrait rester à Bachar.
Le combat pour l’indépendance des Ukrainiens ramené à un complot «impérialiste» ourdi par des «aventuriers putschistes».
Le dalaï-lama, et les Tibétains survivants des massacres, accusés de vouloir instaurer une «charia bouddhiste».
Et puis, plutôt que les militants des droits de l’homme en Amérique latine, des odes à Chávez et Castro.

Et quand ce n’est pas le fantasme rouge coco qui est agité, c’est le péril brun, incarné par le FN et Marine Le Pen : oui, Mélenchon est selon les rédactions tout aussi dangereux que la fille Le Pen (quand ça les arrange). Le chapô de l’article « Le Pen-Mélenchon, les jumeaux de la ruine », signé Pierre-Antoine Delhommais dans Le Point ne laisse guère place au doute :

En dépit de leurs vives dénégations, les programmes économiques des deux candidats apparaissent de plus en plus proches.

Ceci s’appelle de la propagande, purement et simplement. Où sont les traitements de fond d’un programme qui est pourtant clair, détaillé, même économiquement ?

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Qu’on adhère ou pas au projet de la France Insoumise (trop démago, pas assez révolutionnaire, brouillon sur les questions internationales… ; ou alors très écolo, salvateur sur la refonte des institutions, juste économiquement), il faut admettre qu’il est adoubé par la plupart des assos, ONG et spécialistes sur des points précis, comme Amnesty International pour les libertés fondamentales, Greenpeace pour l’écologie, L214 pour les droits des animaux, Action contre la Faim, Care pour son programme de lutte contre les inégalités dans le monde, les Avocats du Barreau…

Qui croire ? Ces spécialistes, ou les éditorialistes propagandistes qui ne disent pas un mot sur le programme écologique, les choix d’égalité sociale, l’idée de la VIème République… ?

Pour aller plus loin sur le sujet du journalisme mainstream, lire aussi : 

Laissons le mot de la fin au Figaro, car il nous permettra de retomber sur nos pattes ici : « le programme de Mélenchon, c’est un mix du programme commun de la gauche en 1981 et du projet inédit du Front populaire en 1936. »

Finalement, c’est presque le meilleur compliment qu’on pouvait lui faire.

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Sources : retronews, Twitter, opiam.fr, Marianne

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