Pourquoi la pensée radicale paraît-elle si « violente » à la télé ?

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La dimension « irréaliste », « utopiste », ou totalement « déconnecté » d’un argumentaire ne tient jamais à ses concepts propres, mais au cadre – restrictif – posé par ses détracteurs. Evidemment que si dès le départ de la conversation, on estime que la croissance économique est incontournable, ou que l’économie de marché est incontournable, ou que la propriété privée est incontournable, et ainsi de suite, toute idée qui sortira de ce cadre sera jugée utopiste et irréalisable. C’est malin, mais comment imaginer le changement sans un faire exploser les cadres ?

Celui qui devra défendre son schéma de pensée malgré tout devra le faire dans une atmosphère déjà hostile, car induisant le fait que son raisonnement ne tient pas… Et c’est exactement ce qui arrive quand un penseur, disons, alternatif et militant (pour ne pas dire opposé à la pensée dominante), est invité sur les plateaux télé.

Je considère la quasi-totalité de la presse enfermée dans un cadre de pensée dépolitisé. Il faut lire l’article de Lordon sur le journalisme post-politique pour bien s’en rendre compte. Ou encore le livre de Bourdieu, Sur la Télévision, qui décrypte admirablement bien la manière dont la télé et ses membres créent leurs propres échelles de valeurs, et ainsi, s’auto-légitiment.

Bilan :
1/ si vous ne passez pas à la télé, vous n’existez pas médiatiquement (même si c’est un peu moins vrai avec Internet, ça reste la dynamique).
2/ si vous passez à la télé, il faut accepter tous ses codes, ses rythmes, ses blagues, ses débats creux, etc.
3/ si vous passez à la télé mais que vous refusez de jouer le jeu… vous êtes mis sur la touche, car vous ne respectez pas l’échelle des valeurs télévisuelles.

La télévision est un médium d’information extrêmement puissant, le plus puissant de tous. C’est une machine qui valide ou invalide les informations qui passent par ses canaux. Pour cela, elle dispose de moyens énormes. A la tête de la plupart des chaînes de télé, des milliardaires qui ont tous dans la tête ce cadre de pensée : rien n’est possible sans capitalisme, sans croissance, sans société marchande, etc. Dans les studios, les bureaux, les rédactions, des journalistes, qui presque tous également ce cadre de pensée.

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Alors, quand à de rares occasions, un esprit non formaté débarque et tente d’exposer sa pensée, c’est un caillou dans cette mécanique huilée. Autour de lui, c’est l’incompréhension. C’est la panique, c’est la pression, c’est le moment de couper la parole, de briser l’argumentaire, de devenir infantilisant, pour ne pas se faire démasquer.

C’est exactement ce qui arrive à Mathieu Brunel dans l’extrait ci-dessous (et à un degré moindre, aux intellectuels qui se battent contre la pensée dominante comme Frédéric Lordon aujourd’hui, ou Pierre Bourdieu à son époque ; et encore à un degré moindre, aux représentants de la France Insoumise, par exemple).

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Mathieu Burnel, activiste écologique mis en examen dans l’affaire Tarnac, prend la parole dans un débat sur les ZAD et l’écologie radicale, afin de déployer sa pensée, complexe, puissante. En quelques minutes, il développe un raisonnement sur la jeunesse et les aspirations de la nouvelle génération, l’écologie et les nouvelles formes d’organisation et de résistance politique, la violence politique et sa légitimité, bref, de nombreux sujets qui méritent qu’on s’y intéresse, et de près.

Et face à lui, que retrouve-t-il ?

De vieux représentants de la lucarne, défenseurs du cadre devant l’éternel, qui n’ont de cesse de l’interrompre, sous de fallacieux prétexte, qui tentent de le déstabiliser, de l’infantiliser ou de le criminaliser, de le discréditer, de lui demander des comptes… Bref, de réduire ou d’occulter sa pensée afin qu’il apparaisse comme plus insignifiant qu’eux. Un beau résumé de la relation qui unit citoyens et politiciens, n’est-ce pas ?

Bilan :
Est-il utile d’aller encore à la télévision, pour passer soit pour un clown, soit pour un gueulard, soit pour un mal-élevé (car le monde de la télé ne vous laissera jamais passer pour plus intelligent que les gens qu’elle paie) ?

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Je n’ai pas de réponse tranchée à cette question. Mais ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas immédiatement critiquer celui qui élève la voix et se débat à la télé (quitte à sembler impoli ou violent). C’est souvent qu’il a des choses bien trop intéressantes à dire pour qu’on lui permette de le faire sereinement…

Désormais, vous savez.

 

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