L’odieuse connivence entre extrême droite et extrême centre

Le terme d’extrême centre a été « popularisé » par l’excellent philosophe Alain Deneault pour qualifier la dynamique LREM, parti se présentant comme la seule alternative « réaliste » face aux méchants extrêmes, mais étant lui même extrémiste dans sa vision du monde et la politique ultra-libérale qu’il met en place pour la réaliser. Ceci étant dit, voyons vers où tendent les discours dominants de LREM et consorts (toute la classe dominante) ? Contre qui s’insurgent ces discours ?

Que ce soit chez les politiciens au pouvoir, les éditocrates des grands médias, les bourgeois invités sur plus les plateaux TV, une partie des « penseurs » de notre temps, une constante saute aux yeux : la volonté puissante de décrédibiliser le camp de la gauche progressiste et radicale, à tout prix, et ce de manière bien plus véhémente que toute critique visant la droite dure, même l’extrême droite, alors que c’est elle qui représente le « danger numéro un » à chaque élection. Cette droite extrême en devient donc un compagnon de route, un peu gênant parfois, certes, mais considéré comme étant moins dangereux, notamment pour les intérêts économiques de ces dominants du capitalisme libéral.

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Les exemples de cette connivence entre extrême droite et extrême centre sont légions.

Ces dernières semaines, on a assisté à une perquisition politique chez Mediapart, parce que le site d’information a révélé des… informations (c’est son travail) cruciales pour l’intérêt public mais aussi pour la justice et l’ordre politique, notamment pour démontrer que les institutions françaises fonctionnent correctement et restent crédibles.
Et alors que la liberté d’informer est menacée par cette perquisition surprenante, les autres rédactions ont plutôt choisi de décrédibiliser leurs confrères de Mediapart, accusés de rechercher la vérité, en bref, pour leur position politique. Sur Benalla… RAS.

A propos de quelques « penseurs » de gauche

Ces dernières semaines, on a vu les propos de différentes figures classées à gauche dénaturés, voire carrément détournés par des médias mainstream. Je vous partage deux droits de réponse, celui de Sabrina Benali, suite à son invitation dans une émission radio (il y a 10 captures d’écran de son livre, mais à la suite, c’est un deuxième exemple qui est développé, attention) :

Effarant n’est-ce pas, de voir à quel point les grands médias peuvent tordre la réalité dans leur sens, et invisibiliser ce qui ne leur sied pas. Le deuxième exemple est encore plus récent, c’est celui de Juan Branco, suite à un article sur lui publié dans l’Express :

Il est intéressant de souligner que Branco a sorti un pamphlet très virulent sur Macron. Il est donc une cible à descendre pour le Gouvernement (et les médias mainstream), qui ne s’embarrassent pas ni du débat d’idées, ni même de la recherche de vérité.
Sur le même thème, les paroles de Griveaux sur le livre de Ruffin sont également assommantes de mauvaise foi.

A propos des Gilets Jaunes et de la « violence »

On a constaté l’énergie du pouvoir en place à tenter de disqualifier les Gilets Jaunes en les accusant d’être – entre autres – des casseurs, un terme qui revient systématiquement pour stigmatiser l’extrême gauche (les Black Blocs notamment), beaucoup plus rarement pour parler des néo-fascistes et groupuscules d’extrême droite. Très rarement également pour commenter et juger (négativement) des actes policiers qu’on pourraient eux aussi qualifier comme étant de droite extrême (insultes à caractère sexiste, dénigrement en lien avec une supposée appartenance à la gauche, etc.).

D’ailleurs, il n’est pas anodin que des mobilisés (jeunes ou moins jeunes) prennent une peine plus lourde pour un tag « Macron Démission » ou pour un jet de projectile inoffensif (des rillettes) que des Benalla et Crase pour des scandales politiques qui en d’autres temps auraient pu mener à la démission du Président, ou des leaders d’opinion qui sèment la haine à longueur d’antenne depuis des années et des années. Ou encore des policiers (des dizaines) qu’on a identifié comme violents ou menaçants sans aucune justification préalable (donc l’argument de la proportionnalité ne fonctionne pas).

Et à ce sujet-là, il est intéressant de noter la position du RN (ou FN) : inexistante. En effet, le FN, idéologiquement et structurellement un parti d’ordre, autoritaire, policier, a du mal à accuser la police pour ses dérives (il y en aurait probablement si le RN était au pouvoir), mais tente malgré tout de garder la face pour conserver la sympathie des Gilets Jaunes.

Il n’est pas non plus anodin que toute la classe politique minimise la violence policière subie par un député France Insoumise au cours d’un Acte GJ (Loïc Prudhomme), vu qu’il est considéré comme étant extrémiste, alors que dans le même temps, cette même classe s’insurge contre les violences subies par les forces de l’ordre, vu qu’elles représentent l’Etat. Est-ce nécessaire de souligner l’absurdité de cette indignation à deux vitesses ?
D’ailleurs, quand on observe les comptes Twitter « républicains » des soutiens du gouvernement et anti-Gilets Jaunes, il est difficile de ne pas les rapprocher des comptes de sensibilité d’extrême droite : les insultes pullulent – « parasites », « illettrés », « punks à chiens », « haineux », « terroristes » -, les incitations à la violence d’Etat aussi, mais pas les idées…

Ce ne sont que quelques petits exemples parmi beaucoup beaucoup beaucoup d’autres. A part dans les milieux de gauche, de gouvernement ou radicaux, on n’a pas entendu beaucoup de monde s’en offusquer ou s’en saisir politiquement pour faire en sorte que cela cesse…

Et on n’a pas parlé ici de la PMA, repoussée par le Gouvernement pour chasser sur le terrain réactionnaire (car on le sait, c’est un sujet qui hérisse la droite extrême). On n’a pas parlé de la Loi Asile-Immigration, votée par LREM, et le RN, main dans la main. On n’a pas parlé non plus de ces enfants français orphelins dans des camps kurdes que les médias français mettent dans une balance (retour ou pas ?), satisfaisant ainsi la déraison des xénophobes…

Ces dernières semaine enfin, on a vu toute la classe politique et médiatique, de l’extrême droite à l’extrême centre en passant par feu le PS, accuser l’extrême gauche (les anarchistes, les communistes, les Insoumis…) d’être antisémite, sans autre argumentation que des raccourcis fallacieux sur les positions antisémites de certains penseurs anarchistes du XIXème siècle (cette fameuse tendance à tout généraliser), autorisant de nombreux politiciens, éditorialistes, « penseurs » à faire des rapprochements aux relents xénophobes entre gauche raciste et « banlieue-Islam-Musulmans », ou encore à faire des amalgames fumeux entre antisionisme et antisémitisme…

Rappelons quand même à toutes fins utiles que le Parti Communiste français était très impliqué dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, et que c’est un parti (et plus généralement, un courant idéologique) où il y a eu et où il y a encore de nombreux Juifs. Ce n’est pas pour rien que la propagande que je dénonce ici existait déjà hier, à l’époque de la chasse aux sorcières, aux rouges, bref, aux judéo-bolchéviques, ancêtres des islamo-gauchistes (vous avez vu cette tendance à « racialiser » une position politique pour la rendre encore plus détestable aux yeux des fachos ?).

Lire aussi : Non à tous les racismes, non à toutes les récupérations du racisme

Tout ce petit jeu de chasse aux sorcières rouges laisse à Marine Le Pen le champ libre : elle a pu donc tranquillement affirmer sur certains médias (eux-mêmes non neutres) qu’elle était le meilleur rempart à l’antisémitisme, tout en continuant à afficher une xénophobie à l’encontre d’autres minorités, tout à fait nauséabonde (mais bon, en choeur avec la majorité et certains médias, alors ça va)…

Lire aussi : Et après, les médias nous enjoignent de faire barrage au FN ? Quelle double discours indécent !

Il serait temps de se rendre compte de l’extrême connivence entre l’extrême centre (dont les discours se font de moins en moins tolérants et ouverts, et restent malgré tout soutenus par tout le gratin bourgeois aka la classe supérieure du pays) et l’extrême droite nationaliste, soutenue par tous les nationalismes du monde…
*fatigue*

Il faut que la lutte continue et s’étende. La lutte contre l’antisémitisme et la lutte contre l’islamophobie doivent être menées de concert, car elles servent uniquement à nous diviser. La lutte contre le sexisme et contre l’hétéronormativité, contre les classes sociales et contre le colonialisme, et enfin, contre les destructions culturelles et écologiques doivent toutes être menées ensemble.

Contre le capitalisme.

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