Mesdames et Messieurs les politiques, journalistes, citoyens…

dessin oiseau blanc liberté

 

Voici une contribution signée « Audrey Delemarle » :

 

Je me permets de partager avec vous ce texte. Cet écrit n’engage que moi, libre à chacun de ne pas être d’accord. Libre à chacun aussi d’y répondre…

Mesdames, messieurs, les politiques…

Maîtres des grandes phrases et des bons mots (et encore, quand on voit le charisme et l’élocution de certains… je ne vise personne !), pour beaucoup diplômés de grandes écoles qui font mouche quand on en entend le nom, je me demande encore comment vous pouvez croire sincèrement représenter les Français, et espérer qu’ils puissent avoir confiance en vous…

Mesdames, messieurs, les politiques, en vérité, vous ne représentez plus rien. Plus rien de positif en tout cas. Vous cristallisez autour de vous une espèce de sentiment indicible qui va de l’indifférence au dégoût, en passant par toute une nuance de sentiments négatifs. Rien de positif, comme je disais.

Mesdames, messieurs, les politiques, vous ne représentez plus personne non plus. Si ce n’est vous-même, et encore… de contradictions en retournage de veste, plus personne n’est dupe.

Et on vous entend encore pourtant, parader à coup de bons sentiments, à coup de « nous avons compris ce que veulent les Français »… Comment le pourriez-vous seulement ? Comment pourriez-vous comprendre ce que veut le smicard qui fait les 3/8 à l’usine, ce que veut l’étudiant endetté (faites des études qu’ils disaient !) ou qui doit bosser à côté pour se payer son paquet de pâtes, ce que veut la mère de famille seule, ce que veut le retraité qui touche sa pension de misère, ce que veut le libéral qui fait 60 heures par semaine et qui voit ses enfants une demi-heure par jour, ce que veut la femme de ménage qui a le dos complètement foutu à passer la serpillère depuis 15 ans (liste non exhaustive,  bien entendu) ? Comment pourriez-vous seulement imaginer ce que c’est que de tenir un mois avec deux SMIC et trois enfants à nourrir, imaginer que l’on puisse devoir s’endetter pour payer des études à ses enfants, pour faire en sorte qu’ils puissent avoir un avenir un poil plus lumineux que le sien ? Vous ne le pouvez pas, mesdames et messieurs les politiques. Si vous l’avez vécu, cela fait bien longtemps pour vous que ces soucis sont oubliés.

Selon une étude parue en 2012 (1), il semblerait que les Français soient des « fainéants ». Je ne la remettrais pas en cause directement, parce que son analyse mériterait une page à elle seule… Ce qu’il est intéressant de voir, cependant, c’est la manière dont un de nos hommes politiques favoris (je ne citerais pas le nom … je vous laisse voir le lien en référence…) se l’est appropriée… « Les Français sont des fainéants », je vous laisse imaginer ce que cela peut susciter comme réactions chez certains qui, voulant, en bons citoyens, se tenir au courant des débats de l’Assemblée Nationale et du Sénat, allument LCP et tombent sur un hémicycle à moitié vide, et dont les occupants passent pour la majorité leur temps à dormir, ou à jouer à Candy Crush. Je veux bien admettre que vous ayez un emploi du temps chargé, Mesdames et Messieurs les politiques… mais faudrait voir à pas pousser mémé dans les orties ! Si vous n’avez pas d’endurance, faut pas faire de politique ! Vous qui êtes censés être des pros de la com’, je vous laisse deviner quelle image vous renvoyez…

Même quand vous essayez d’être exemplaires, ça capote ! Dernièrement, un homme fraichement élu à la tête d’une région du nord déclarait démissionner de tous ses autres postes. C’était bien ça, c’était une bonne initiative ! Et il l’a fait en plus ! Hourra, miracle, il était même remonté dans mon estime … jusqu’à ce qu’il s’augmente de 4000 euros par mois, faut pas déconner quand même… Ce n’est même pas le salaire mensuel d’un couple de Smicard !

Et je ne m’étendrais pas sur les innombrables casseroles que vous trainez tous plus ou moins derrières vous, qu’elles soient récentes (merci Panama Papers !) ou plus ancienne… Bref, vous ne pouvez plus être crédibles.

Je vous repose donc la question, Mesdames et Messieurs les politiques : comment pouvez-vous encore prétendre représenter et comprendre les Français ?

Mesdames et Messieurs les Journalistes…

Aaaah les journalistes… Mon propos ici ne concernera pas les grands reporters, qui sont sur le terrain et prennent des risques pour nous ramener des infos des quatre coins du monde, pour lesquels j’ai le plus grand respect. Je pense plutôt à notre belle presse française ! Au Figaro, à l’Express, au Point, au Monde, à Libé et tutti quanti.

Je suis quelqu’un qui aime avoir plusieurs sons de cloches, plusieurs versions de la même histoire, pour me faire mon idée. J’ai donc des lectures relativement éclectiques. Et ça me met parfois dans des situations qui pourraient être vraiment drôles, si ça n’était pas, à mes yeux, si grave.

« Diviser pour mieux régner ». C’est surement la maxime qui colle le plus à ce que j’en pense. Faire un maximum de buzz, pour faire un maximum de tirages et de fric. Et les réseaux sociaux aident bien à ça aussi : plus le titre est polémique, plus ça s’écharpe dans les commentaires, et plus il y a de visibilité. Pour le « journal » s’entend. L’info en elle-même, on s’en tamponne le coquillard avec une babouche.

Je l’admets, mon expérience de la presse est plus virtuelle qu’autre chose. Si je devais m’abonner à chaque papier, mon banquier risquerait de ne pas être content. C’est donc essentiellement là-dessus que je me suis faite mon idée, et ça ne collera peut-être pas à la vision qu’en ont les lecteurs papiers. Je m’en excuse d’avance.

Ces mecs sont quand même de sacrés génies : l’idée est de prendre un fait divers, avec une petite tendance polémique, de mettre un titre bien équivoque et accrocheur (le contenu de l’article ? On s’en fout, les trois quart ne le liront pas !) et de balancer ça sur la toile. Et d’attendre. Pas bien longtemps en général… Et c’est parti pour le défilé. On modère et on supprime les commentaires qui pourraient être intéressants et donner lieu à un vrai débat sur le fond (faudrait pas qu’on se mette trop à réfléchir quand même !) et on laisse en revanche les gens se taper dessus à coup de charmants noms d’oiseaux, et de propos bien plus extrêmes parfois…

Quel intérêt ? Vraiment ? Ça sert à quoi ? Bordel !

Pour illustrer mon propos, je vous laisse étudier les différences de traitement d’infos entre l’Union (2) et Libération (3) concernant l’agression d’une jeune femme qui bronzait dans un parc à Reims cet été …

Nous sommes dans une période difficile : les tensions économiques, sociales, religieuses, le terrorisme, sont déjà assez de facteurs qui poussent au repli sur soi, et à se méfier de l’Autre. Dans un moment où nous devrions tous nous serrer les coudes, s’entraider, pour essayer d’avancer ensemble, ces médias jouent le jeu dangereux de nous diviser encore plus.

En dehors de la division que le relai de telles « informations » engendre (et qui est déjà un gros souci à mon sens), quid de la vraie information ? Des agressions dans des parcs, il y en a tous les jours. C’est triste, c’est regrettable, c’est grave, mais ça ne reste « que » des faits divers. Et le net en est rempli.

Par contre, où sont les vrais articles, sur les vrais sujets de société, sur ce qui peut vraiment aider le lecteur dans sa démarche citoyenne ? C’est déjà sacrément plus difficile à trouver … Le rôle premier de la presse est d’informer. Nous n’avons visiblement pas la même idée de ce que c’est que d’informer (4) (je vous pose un article de philosophie sur le rôle de la presse, relativement intéressant…).

Dernière chose qui me pose problème : l’indépendance. Je vous poste en référence un rapport la concernant (5) et ce qui est mis en place pour la garantir, datant de 2005. Juste après, une infographie concernant les groupes de presse en France (6), vous pourrez le voir vous-même, ils sont moins d’une dizaine. Et enfin, un dernier lien sur les propriétaires de ces groupes (7). Des mecs pas trop connus : Serge Dassault, Bernard Arnault …

On comprend du coup un peu mieux la recherche du buzz à tout prix : l’info en elle-même, on s’en fout. L’indépendance de la presse, on s’en fout aussi. Tout ce qui compte, c’est de se faire de la maille.

Alors, je suis un peu méchante, un peu mauvaise langue, je me trompe surement un peu de cible. Messieurs, Mesdames, les journalistes, je ne vous en veux pas tant que ça (mais il me fallait un titre accrocheur, vous comprenez !). Au final, vous faites le boulot qu’on vous demande. Mais c’est quand même un système de merde.

Mesdames et Messieurs les citoyens…

Bon. Soyons honnêtes. On est dans la panade. On n’est pas contents. On est déçus, démoralisés, aigris envers la politique … Mais on doit aussi prendre nos responsabilités.

Nous sommes, a priori, en démocratie. Qu’est-ce que ça veut dire ?

En cherchant un peu sur le net, on trouve plusieurs petites choses intéressantes. Déjà, d’un point de vue étymologique, on apprend que démocratie, ça vient de « démos » qui veut dire peuple, et de « kratos » qui veut dire pouvoir. La définition du Larousse, reprends la racine grecque pour nous dire que la démocratie est un « système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple ».
C’est déjà pas mal. En grattant un peu néanmoins, on trouve des petites pépites. Abraham Lincoln dit que la démocratie est «  le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Et c’est aussi la définition que l’on trouve … dans la constitution de 1958, celle qui fonda la Cinquième République.

C’est une jolie phrase que la phrase de Lincoln. Mais ça suppose quelques ajustements si on la transpose à notre France d’aujourd’hui. Décomposons-la.

– « Le gouvernement du peuple … » bon là-dessus, il n’y a pas grand-chose à dire. Nous sommes de plus en plus muselés, la liberté se réduit de plus en plus … Bonjour, l’état d’urgence !
– « … Par le peuple … » là ça devient un peu plus intéressant. Vous savez déjà ce que je pense des politiques, de nos représentants, qui ne représentent qu’eux-mêmes. Et c’est là que le bât blesse : aujourd’hui, j’ai du mal à trouver une figure politique qui me corresponde. Quand je vote, je vote contre un candidat, et pas pour l’un d’eux, et ça devient un gros problème. Il faut qu’on se BOUGE les copains. Alors, heureusement, il y a des initiatives citoyennes qui commencent à pointer le bout de leur nez et à faire parler d’elles. Notamment, le collectif « Ma Voix » (8, 9) que je suis de plus en plus régulièrement maintenant et dont le concept me plait bien (vous avez toutes les infos dans les liens ci-dessous, je vous invite à les lire, vraiment c’est passionnant !). Et puis bien sûr, le mouvement #NuitDebout qui s’est monté depuis quelques jours, qui, s’il n’a pas de volonté politique en soi et ne sera jamais à l’origine d’un quelconque gouvernement, porte vraiment la voix de ceux qui y participent.
– « … pour le peuple. » Dernière partie de la phrase, qui exprime que l’intérêt général doit prévaloir sur l’intérêt personnel. Il serait temps que cela soit vrai (recoucou, Panama Papers !)

Je pense que vous avez compris où je veux en venir. On a le droit de se plaindre, on a le droit de ne pas vouloir se satisfaire d’une vie de merde. On a le droit de gueuler comme des putois quand on n’est pas d’accord. Et je suis la première à le faire, et il n’y a même pas de débat à avoir sur ces droits fondamentaux. En revanche, en partant du constat que l’organisation de la société actuelle ne nous correspond pas, on a le devoir d’ouvrir le chemin du mieux. Le devoir de réfléchir, de s’informer vraiment sur ce qui se passe dans notre pays, en gardant avec nous notre humanité, notre sens du bien commun, et l’idée de vouloir faire quelque chose de Grand et de Beau pour tout le monde.
Rien ne sera jamais parfait. Mais c’est pas une raison pour ne pas exiger le meilleur possible, et pour ne pas faire en sorte que ce meilleur soit atteignable.

Il se passe quelque chose d’important en ce moment. Ne passez pas à côté de la chance de participer à, peut-être, l’ébauche de votre avenir. N’ayez pas de regrets, Mesdames, Messieurs, les citoyens. Avancez.

 

Sources : http://www.humanite.fr/selon-une-etude-patronale-les-francais-sont-des-faineants
http://www.lunion.fr/517024/article/2015-07-25/en-direct-du-parc-leo-lagrange-agressee-a-cause-de-son-bikini-rassemblement-en-m
http://www.liberation.fr/societe/2015/07/26/une-jeune-femme-tabassee-pour-avoir-porte-un-maillot-de-bain_1354087
http://www.implications-philosophiques.org/ethique-et-politique/philosophie-politique/le-role-de-la-presse-dans-les-societes-democratiques/
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/054000671/index.shtml
http://www.presse-france.com/les-groupes-de-presse-en-france/
http://www.franceinfo.fr/culture-et-medias/medias/article/qui-appartient-la-presse-quotidienne-nationale-459641
http://www.mavoix.info/
http://www.rue89strasbourg.com/ma-voix-candidat-legislative-partielle-strasbourg-103260

 

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Image : dessin d’Audrey Delemarle

Un commentaire

  1. j’aime beaucoup le passage sur les politiques, c’est bien le malaise actuel ! ils ne nous représentent plus, ils nous utilisent mais représentent la grande finance, le grand patronat, et leur petite caste… il est grand temps de trouver une alternative!

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