Les vrais responsables de la misère sociale (nos ennemis) sont…

Malgré un travail en contrat à durée indéterminée depuis un an, Michael est toujours dans la rue. Et chaque soir, il monte sa tente sur un bout de trottoir au cœur de la capitale… 

J’espère que cette vidéo vous a révolté. Et que votre révolte est orientée dans la bonne direction.

Nous vivons dans un monde où les inégalités sont cumulatives. C’est prouvé sociologiquement : on a beau avoir un pays qui affiche « Liberté Egalité Fraternité » partout, qui fait du « mérite » et de « l’égalité des chances » les étendards de sa vertu, il vaut mieux naître dans une famille riche, vivre un beau quartier, aller dans une bonne école, etc. pour s’en sortir. Pour les autres, des miettes. Le ruissellement n’est qu’un mythe, lui aussi.  

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Les avantages sont cumulatifs. Naître dans une famille qui possède déjà la culture consacrée par l’école est un avantage presque irrattrapable. Naître dans une famille dont le foyer est suffisamment grand et agréable pour pouvoir progresser dans de bonnes conditions, que ce soit chez soi ou dans son quartier, est un avantage inestimable. Naître dans une famille qui a la chance d’être propriétaire est encore un avantage indescriptible, car cela signifie qu’on pourra peut-être plus facilement rester chez elle pendant ses études, ou, à défaut, que cette famille pourra se porter garante pour louer un appartement.

Cela signifie qu’on sera avantagé, dès les premières années d’école, et encore au moment d’arriver dans les études supérieures.
Cela signifie qu’on sera en capacité de faire des études plus longues, plus difficiles, et obtenir un diplôme plus recherché, et trouver du travail plus facilement, et mieux rémunéré.
Cela signifie que des l’enfance, l’égalité des chances est un mythe, et même si l’école fait du mieux qu’elle peut, elle ne peut pas résorber des inégalités qui font déjà système, entre un enfant et un autre.

Cela signifie que ces inégalités se reproduiront, et que tandis qu’un enfant de famille riche héritera (d’un ou plusieurs logements, de quelques dizaines ou centaines de milliers d’euros, etc., les avantages sont cumulatifs, rappelez-vous), que son bon job lui aura permis d’obtenir un prêt de la banque (et donc de devenir propriétaire à son tour), que son espérance de vie sera excellente, qu’il pourra donner à ses enfants les meilleures conditions pour vivre, apprendre, et à leur tour, pour s’en sortir dans la vie…. Un enfant de famille plus modeste galérera plus à faire de longues études, à trouver un travail qui paie suffisamment, à se loger… Il risque de loger dans un quartier plus difficile, de parfois faire des choix entre emmener ses enfants en vacances ou se soigner, ne jamais totalement sortir de la précarité, et mourra plus jeune que l’enfant de famille riche (c’est statistiquement prouvé, il y a une différence d’espérance de vie d’environ 8 ans entre cadres et ouvriers).

C’est caricatural, évidemment, et il existe toujours des trajectoires atypiques, évidemment. Mais il n’empêche que la reproduction sociale en France est forte, et que les inégalités aussi. Aujourd’hui, 50% des enfants de cadres deviennent cadres, et 50% des enfants d’ouvriers deviennent ouvriers. A l’inverse, seuls 10% des enfants de cadres deviennent ouvriers. Et de la même façon, seuls 10% des enfants d’ouvriers deviennent cadres (selon la dernière étude sur la mobilité sociale, 2015). Alors ?

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Alors, c’est contre notre système d’inégalités qu’il faut se révolter.
C’est contre ces politiciens qui ne légifèrent pas contre ces grandes entreprises qui en demandent toujours plus, soi-disant au nom de la compétitivité.
C’est contre ce processus de mondialisation, qui permet aux riches de s’enrichir encore plus, mais pas aux travailleurs d’améliorer leurs conditions de vie, bien au contraire.
C’est contre cette omnipotence de la finance, qui pompe les profits au détriment des salariés.
C’est contre ces propriétaires, qui augmentent leur loyer sans vergogne (la part du loyer dans les revenus ayant augmenté de manière exponentielle depuis 30 ans) et qui préfèrent laisser leur logement vide que d’accueillir les centaines de sans-abri qui jonchent les trottoirs.
Et contre l’Etat qui ne légifère pas contre cela.
C’est contre les patrons qui osent payer des salaires de misère, en deçà ou à peine supérieurs à ce qui est considéré comme le seuil de pauvreté.
C’est contre ces médias, qui criminalisent les réactions d’indignation des modestes, mais jamais ne pipent mot contre les actions des gros (qui ont déclenché ces réactions).
C’est contre ces lois inhumaines, faites contre des personnes qui fuient la misère, et qu’on n’arrive même plus à regarder comme des humains, trop aveuglés par nos petites vies, nos habitudes, nos écrans, notre petit monde…
C’est contre ce monde d’individualisation généralisée et d’indignation sélective qu’il faut se battre.

Et pas se laisser amadouer par ces médias qui vont tenter de créer des discordes où il n’en existe pas.
Et pas se laisser berner par les imbéciles qui vont montrer du doigt les chômeurs, les SDF, les Roms ou les immigrés.
Ces personnes qui, pour la grande majorité, sont tout aussi exploitées que les autres, tout aussi en détresse que les autres, et même, bien souvent, ajoutent un quotidien d’intolérance et de racisme à leur misère sociale.

Le jour où c’est un immigré (ou autre) qui vous exploitera au travail, peut-être que votre haine vous semblera légitime.
Le jour où c’est une personne d’origine arabe (ou autre) qui vous refusera un logement car vous ne gagnez pas trois fois le montant du loyer, peut-être que votre racisme vous semblera justifié.
Eh bien, même pas. Car là encore, ce n’est pas le fait que cet employeur ou ce propriétaire soit immigré ou une personne d’origine arabe (ou autre) qui pose problème, c’est bien le fait qu’il ait un pouvoir beaucoup trop puissant sur votre vie, une réalité qui renforce les injustices sociales et empêche le bonheur d’être partagé dans notre pays.

Il faut réintroduire l’idée qu’il existe différentes classes sociales dans notre société. Et que la classe des riches, mobilisée, organisée, est en train de gagner cette bataille.

Elle la gagne parce qu’elle possède les médias, les plus grandes industries, qu’elle a des intérêts communs avec les pouvoirs publics (notamment au niveau financier) et qu’elle peut donc agir, via des groupes d’intérêt, afin de défendre sa cause au plus près des instances politiques.

Peut-on trouver normal qu’en cette période où le nombre de SDF se multiplie, où on a franchi la barre des 9 millions de pauvres dans le pays, les 10 familles les plus riches du pays voient leur patrimoine augmenter de plusieurs milliards d’euros en un an, plus que les dépenses de l’Etat pour le RSA et les allocations familiales… plus que ce qui peut être dépensé en 10 vies ? Est-ce normal ?

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Nous, pour atteindre le pouvoir politique, pour lui faire peur, nous devons prendre la rue, et bloquer l’économie. C’est notre seule chance.
Ainsi, si nous voulons être efficace et empêcher ces puissants de nous réduire à néant, il va refuser de recréer ces hiérarchisations et ces dominations qu’ils instillent dans nos têtes, par leur matraquage médiatique.

Comme l’ont théorisé de nombreux penseurs du conflit social, le seul moyen de réussir une lutte pour des avancées sociales, c’est d’avoir un adversaire bien identifié, et des revendications claires. Tant qu’on s’entre-déchirera entre nous pour un dû qu’aucun de nous ne possède, on n’obtiendra rien, et ils se gausseront bien.

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Il va falloir comprendre que l’égalité des chances est un mythe, et se battre pour une égalité réelle (ou du moins son corollaire, une véritable justice sociale, équitable) qui prenne proportionnellement plus aux ultra-riches pour redistribuer mieux – beaucoup mieux – à ceux qui n’ont qu’une tente où dormir le soir.

Il va falloir nous unir. Et vite. On commence maintenant ?

 

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