La première et dernière liberté : la leçon de vie signée Krishnamurti

krishnamurti-liberteAvoir ni Dieu ni maître n’empêche pas d’avoir une vraie spiritualité et un profond respect, teinté d’admiration même, pour les pensées d’un homme.

J’ai longtemps tenté de mettre des mots sur les cheminements torturés de mon esprit.
Pourquoi avais-je cette haine de l’injustice chevillée au corps ? Pourquoi l’égalité n’était pas une règle immuable et évidente pour tout le monde ?

Pourquoi voulais-je transcender toutes les barrières ? Pourquoi n’étais je ni Noir ni Blanc, ni Musulman ni athée, ni Français ni d’ailleurs, ni moche, ni beau d’ailleurs ?
Pourquoi allais-je devoir apprendre à n’être ni de droite ni de gauche ?

Lire aussi : L’Indigné du Canapé, Rages et Utopies d’un Indigné du Canapé

Un jour, je suis tombé sur La première et dernière liberté, de Krishnamurti. Un énième livre de philosophie moitié bouddhiste moitié « bien-être » pour tenter de réconcilier les tordus du chakra avec ce monde malsain, me disais-je.

Mais pas du tout, bien au contraire. Jiddu Krishnamurti est un philosophe au sens noble du terme. Il se questionne sur toutes les grandes questions de la vie. Et les réponses avec lesquelles il nous revient dans ce livre m’ont beaucoup appris.

La leçon principale ? La mère de toute la violence de ce monde, ce sont nos déterminismes. Enfin, quelqu’un mettait les mots sur une gigantesque problématique que j’entrevoyais brumeusement. Mais sur laquelle il m’était impossible de mettre le doigt. « Changer le monde commence par changer soi-même », dit-on souvent, un peu à tort et à travers. Avec ce livre, on pouvait commencer à entrevoir le début d’une vraie méthode personnelle pour y parvenir.

krishnamurti-reformeNous naissons tous avec des déterminismes et des conditionnements qui nous enferment dans nos combats et nos réflexions. Ainsi, quand nous prenons la parole dans un débat, nous ne parlons pas en tant qu’humain détaché de sa propre condition mais en tant que personne conditionnée à être qui elle est depuis tout petit :

– homme, 50 ans, de couleur, musulman, pas pratiquant, Indien, riche et en CDI, élevé par son père, père de famille à son tour, qui vote à droite…
Ou bien :
– femme, 30 ans, blanche, bouddhiste et pratiquante, franco-espagnole, de la classe pauvre et sans emploi, élevée par ses deux parents, célibataire, sans enfant, qui vote blanc…

Selon qui l’on est, on nous place et on se place dans une certaine position dans la société. On le comprend bien avec les deux exemples ci-dessus. Leurs caractéristiques sont totalement inventées mais elles suffisent à placer ces deux personnages dans des cases. Et d’imaginer quelles seraient leurs positions dans n’importe quel débat public, ou presque.
Et naturellement, sans grande réflexion et remise en question personnelles, toute personne défend  les intérêts de ceux qui partagent la même position qu’eux CONTRE les autres. Et qu’est ce qui nous pousserait à nous remettre en question de fond en comble dans cette société où tout ce qui intéresse nos dirigeants, c’est notre force de travail et notre consommation ?

Lire aussi : Redevenons solidaires contre les riches, nous, les « Salauds d’pauvres » !

Chacun prêche pour sa chapelle. Le Blanc pense pour le Blanc (et involontairement CONTRE les autres), le Musulman pour les Musulmans et le Juif pour les Juifs (et rarement vice-versa), le Communiste est contre le Capitaliste, le nationaliste contre l’internationaliste, le riche contre le pauvre, etc. On est tous pro ou anti, pour ou contre, tout le temps et pour (presque) tout. Pourtant rien n’est immuable et se placer dans une case est un piège.

krishnamurti-violenceCes déterminismes sont en nous dès notre plus jeune âge. Ils sont d’ordre physiques, familiaux, culturels, religieux, sociaux, économiques, politiques… Ils sont autant de frontières entre l’autre et soi. Mais ils peuvent aussi être compris, isolés, et désappris.

« Tant que vous demeurez néo-zélandais et moi hindou, il sera absurde de parler de l’unité de l’homme. Comment pouvons-nous nous rencontrer en tant qu’êtres humains si vous dans votre pays et moi dans le mien conservons nos préjugés religieux respectifs et nos comportements différents dans la question économique ? Comment peut-il y avoir fraternité tant que le patriotisme sépare l’homme de l’homme, que des millions de personnes sont dans le besoin et d’autres dans l’abondance ? Comment l’unité humaine peut-elle exister tant que des croyances nous divisent, que certains groupes exercent sur d’autres leur domination, que les riches sont puissants et les pauvres avides de cette même puissance, que les terres sont mal distribuées, que certains sont bien nourris et des multitudes souffrent de la faim ?

Une de nos difficultés est que nous ne sommes pas tout à fait déterminer à changer cet état de choses, parce que nous ne voulons pas que nos vies soient bouleversées. Nous préférons modifier la société dans la mesure où cela nous serait avantageux et ainsi nous ne nous préoccupons guère de notre vide intérieur et de notre cruauté.

Pouvons-nous parvenir à la paix par la violence ? La paix peut-elle s’obtenir graduellement, par le lent processus du temps ? L’amour n’est certes pas affaire d’entraînement ou de temps. Les deux dernières guerres ont été, je crois, un combat pour la démocratie ; et maintenant nous nous préparons à une guerre plus vaste et plus destructrice et il y a moins de liberté qu’avant. Mais qu’arriverait-il si nous nous débarrassions des obstacles qui barrent la route à l’intelligence, tels que l’autorité, les croyances, le nationalisme et tout l’esprit hiérarchique ? Nous serions des personnes ne subissant le joug d’aucune autorité, c’est-à-dire des êtres humains en rapport direct les uns avec les autres, et alors, peut-être y aurait-il de l’amour et de la compassion. »

Jiddu Krishnamurti dans « De l’Éducation », p.96-97

Ce que Krishnamurti écrit, ce qu’il propose, c’est l’apprentissage de soi, du vrai soi, par une analyse fine et toujours au présent de qui l’on est réellement, sans nos déterminismes passés. Retrouver la portion congrue de nous-même, en quelque sorte. Le tout sans psychologie. Car personne ne saurait être un meilleur analyste de nous-même que nous-même.

Dans son livre, il explique que ce travail, ce dépassement des déterminismes, est la solution véritable pour mettre fin aux barrières entre les hommes, entre le réel, et l’idéal, entre les religions et les partis, entre les régions et les pays… Se libérer de ce que nous ne sommes pas. Stopper la violence du « je suis, donc tu es » et parler au nom d’un vrai « nous », tout le temps.

Lire aussi : Le racisme culturel, le danger à combattre

On se rend compte de l’effort que cela peut demander au quotidien car l’homme a une tendance naturelle à chercher des fautifs extérieurs à sa propre condition.
Apprendre à parler au nom de tous, mais pour de vrai. La perspective est sublime !

Pourquoi avais-je cette haine de l’injustice chevillée au corps ? Pourquoi l’égalité n’était pas une règle immuable et évidente pour tout le monde ?

Pourquoi voulais-je transcender toutes les barrières ? Pourquoi n’étais je ni Noir ni Blanc, ni Musulman ni athée, ni Français ni d’ailleurs, ni moche, ni beau d’ailleurs ? Pourquoi allais-je apprendre à n’être ni de droite ni de gauche ?

J’ai encore du travail à effectuer mais je m’escrime à atteindre cet idéal depuis plusieurs années déjà. Et la volonté, c’est le plus important.

Quand je me retourne où que je regarde au loin, je mesure le chemin que chacun et chacune devra parcourir en lui-même pour débarrasser le monde de toute sa violence… Homme, comme cela va être long et périlleux ! Avez-vous la volonté de changer et de parler au nom du bien être de toute l’humanité, vous aussi ?

 

Vous pouvez aussi suivre les réflexions de L’Indigné du Canapé sur Facebook et Twitter !

4 commentaires

  1. Penser, ou croire, que nous pourrions vivre dans un monde d’amour et de compassion est une utopie (et ça fait un peu cliché aussi à juste titre), non pas de part le simple fait qu’il faudrait changer l’homme, mais que cela répond à la maxime du Yin et du Yang.
    La majorité des personnes en comprennent le sens premier et limité (comme moi d’ailleurs fut une époque) mais en réalité cette théorie répond à 100% des questions autour de nous et on là retrouve partout (lorsque l’on sait le voir avec justesse).

    Vivre dans un monde exempte de toute violence et injustice reviendrait à faire basculer le monde dans le Yin (je simplifie car certain pense que le yang ou le yin se réduit au mal ou au bien, mais c’est bien plus complexe que cela réellement), le « bien » pour grandement simplifier l’image je précise.
    Ce qui au final nous fait basculer dans un autre extrême. Quelles personnes ne voudraient pas vivre paisiblement vous me direz ? Mais il y en a au passage faut pas l’oublier, et même qui s’ignore bien souvent de part leurs actes en contradiction avec leurs dires ou idées.
    Mais ce n’est pas tout, il faut pouvoir voir tout ce que cela engendre comme conséquence et situation de part cette vision idéaliste qui n’est que la pointe de l’extrême opposé au mal.

    Donc si nous résumons nous sommes dans un extrême, et donc, le mal ou tout ce qui lui est attrait n’a plus lieu d’être et n’a plus lieux même de se nommer ainsi.
    Et comme on sait tous les extrêmes ne sont jamais bon (ce qui ne signifie pas pour autant que l’on ne doit jamais tomber dans l’extrême sous toute ses formes à un instant T. Je ne l’exposerais pas ici car cela demanderait encore des lignes d’écriture et sortirait du sujet principale).
    Cela impliquerait donc encore une fois que tous, nous pensions pareil en voulant pour autant la disparité et la différence, mais si nous pensons tous pareils, c’est qu’il n’y a plus de différence.

    Je pourrais encore m’étaler mais je ne voudrais pas trop barber les lecteurs (si tant bien que j’en ai lool) et même ceux qui n’aimes pas vraiment lire.
    Ce que je veux mettre en exergue ici, c’est que notre monde, et quel qu’il soit d’ailleurs, ne peux coexister sans le Mal où tout ce que l’on pourrait entrevoir comme mauvais et qu’il ne l’est pas forcément d’ailleurs et le Bien ne peux lui non plus coexister sans lui.
    Beaucoup dirons: « oui mais ça tout le monde le sait », et bien c’est faux. La majorité des gens ne le voient et le comprennent qu’en partie, mais ne s’aperçoivent pas réellement jusqu’où cela s’étend ainsi que les contextes différents où il s’applique.

    L’homme qui voudrait radicalement changer le monde de façon déterminé devra faire des choix difficiles contraire à ce que non pas l’homme pacifique, mais le bien-pensant prônerait, et sombrera dans la radicalité de ce qu’il pensait combattre.
    Ne dit-on pas « l’enfer est pavé de bonnes intentions » ? Certains ne prennent cette maxime qu’au sens religieux, mais il faut prendre plus de recule sans doute pour la comprendre de façon plus objective.
    En voulant bien faire, on peut se compromettre avec ses propres convictions.
    Un exemple simple et parlant est:
    Le bien-pensant (très souvent de gauche pour le souligné encore une fois) stéréotypant une personne du FN (cela aurait pu être autre chose mais j’apporte une image simple et d’actualité qui perdure depuis des années quand même) et faisant la chasse à la moindre personne comportant des stigmates du « raciste » stéréotypé, ce même pseudo homme de paix et de compassion (soit disant) devient soudainement animé d’une rage qui s’empare de lui et profère avec « Haine » des attaques verbales et physiques…

    Ce genre d’attitude démontre une totale contradiction avec des convictions. La personne enferme un stéréotype avec haine en pensant durement être un fervent défenseur d’une noble cause, du bien entre autre.
    Cet exemple (parmi bien d’autres différent que l’on peut voir ou raconter) dénote de paradoxe tant philosophique que sociologique.
    La personne associe un Vocabulaire (avec) = Une attitude (et donc) = Une catégorie d’espèce d’être humain comme si c’était une maladie et pire encore, comme si cela été une Race.
    Donc cette attitude démontre l’amalgame totale de la lutte que croit faire cette dernière contre du racisme où au final il fait l’association avec une espèce de race qui serait raciste, et donc « Je haie le raciste » en tant qu’espèce et non plus « je haie une personne qui a tel attitude ».
    Alors qu’à côté cette même personne qui haie les racistes pourrait faire du chauvinisme exacerbé dans le milieu sportif par exemple, mais ça cela ne choque personne ni ne dérange.

    Pire encore Cette même personne pourrait manifester ou se faire entendre et lutter violemment pour interdire la parole à un type d’individus ne pensant pas pareil au nom « de la liberté d’expression et de la démocratie ».

    Voyez-vous où je veux en venir ?
    Un paradoxe totale au nom d’un pseudo idéal ayant les même traits (pour traits) avec ce que celle-ci est sensé combattre.

    J’ai pris cet exemple de Bien contre Mal car il est complètement d’actualité, bien que cela semble stéréotypé, c’est ce que beaucoup peuvent, ou ont pu constater tous les jours, cela permet de saisir réellement la contradiction et la conséquence que cela incombe.

    Mais ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est bien qu’un monde de paix ne pourra jamais exister, il semble plus que de raison par contre, de combattre pour au moins Rééquilibrer les forces où aujourd’hui et même depuis trop de siècles, le mauvais concrètement est 80% plus présent que ce qui doit être juste (pour le bien commun et non personnel).

    L’utopisme ne m’intéresse pas, seul une réalité équilibré et juste devrait être un idéale comme objectif, car c’est faisable, et ce qui n’est pas réaliste est infaisable, cela reviendrait à se retrouver inévitablement dans une impasse.

  2. Ce qui est important, ce ne sont pas les mots de Krishnamurti, mais le mouvement dont ils ne sont que la photographie. Ce mouvement est celui de l’esprit, pas au sens métaphysique, mais au sens immédiat de cette intelligence de la vie que tout être, non seulement vivant mais conscient, a.
    Le propre de la conscience est d’être vivante : en elle est le secret de l’unité de l’esprit et de la vie, et en cette unité réside le plein accomplissement humain.
    En réalité, il y a bien peu d’êtres humains sur terre quand on connaît le potentiel humain : bien peu d’entre nous réalisent ce potentiel qui est inouï ; au contraire, l’immense majorité des êtres humains se conduisent de manière mécanique, à l’intérieur d’un cadre de pensée, de normes, de comportements qu’ils ne soumettent jamais à aucun examen critique. Ils demeurent ainsi conditionnés par l’acquis et la société, et vivent en négation complète de la conscience qui, au contraire, est toujours neuve et on ne peut plus créative.
    Membres de l’élite ou gens du commun, le même aveuglement, la même bêtise, la même paresse est à l’oeuvre partout et de tous temps : car il est extrêmement exigeant de devenir conscient du monde et de soi-même, cela exige comme l’explique toujours Krishnamurti un sérieux absolu, et rares sont ceux qui en sont capables car tous préfèrent la facilité et la médiocrité. Il est vraiment exigeant de reconnaître le mal en soi, plutôt que d’en reporter la faute toute entière sur autrui, « l’autre » qu’il est si facile de détester et d’en faire le coupable d’une situation qu’en réalité, notre propre médiocrité a engendré.
    Une phrase de Krishnamurti résume toute sa pensée qui n’est que le développement de ce principe au combien libératoire : être à soi-même sa propre lumière, c’est à dire ne plus suivre personne, ne plus dépendre de personne en ce qui concerne notre manière de vivre, mais prendre l’entière responsabilité de sa propre vie. La conscience, qui a une intelligence dont nous n’avons aucune idée si nous ne l’avons jamais expérimenté, a ce pouvoir extraordinaire d’amener l’action juste : quand on prend réellement conscience d’un problème, il se résout tout seul ou plutôt, nous agissons naturellement en accord avec la situation, conjuguant parfaitement raison et intuition. Et on découvre également l’unité du monde avec tous les êtres qui le peuplent, et de soi-même. On devient sensible à la beauté comme à la souffrance des êtres. Une vie vécue dans la lumière de la conscience est ainsi une vie inépuisablement riche de sens, la lucidité de notre esprit et l’intensité de notre vie étant immédiatement liés.
    Mais il ne faut pas l’oublier : Krishnamurti a déploré peu avant sa mort avoir été beaucoup écouté et lu mais pas entendu ; que personne a sa connaissance n’avait accédé à la conscience à laquelle lui-même avait accédé et invitait chacun de ses semblables à entrer à son tour. Personne ! Comme dans le rêve, où les bruits extérieurs sont intégrés au rêve de manière à ce que le dormeur ne se réveille pas, le même mécanisme de défense est à l’oeuvre en chacun de nous : nous arrivons à intégrer à notre inconscience des mots qui représentent précisément une invitation à s’éveiller, à devenir réellement conscients par rapport à l’état de conscience habituel qui est en réalité un état de syncope, de négation de la conscience. Et c’est ainsi que les êtres humains ont à nouveau récupérer quelqu’un comme Krishnamurti pour poursuivre leur vie médiocre manquant cruellement d’intelligence. Personne n’a compris Krishnamurti (c’est son propre constat) si on considère l’impact extraordinairement faible de son enseignement sur la vie de ceux qui l’ont écouté ou le lisent. Surtout si on compare cet impact à la puissance de transformation que contient cet enseignement : celui de produire une explosion qui atteint les couches les plus profondes de l’esprit, le libère totalement de toute dépendance intérieure et fait ainsi naître un principe entièrement, radicalement nouveau non seulement de vie mais d’être humain. On ne peut pas comprendre si on ne le vit pas, l’extraordinaire potentiel, littéralement incommensurable, qui sommeille en chacun de nous.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas utilisé à des fins commerciales. Champs obligatoires *

*