Keny Arkana : l’ascension d’un enfant du Cinquième Soleil (part 1)

keny-arkanaKeny Arkana est une artiste contestataire, corps et âme. Plongée dans l’enfer du système dès son plus jeune âge, elle a su relever la tête, se mettre debout et marcher d’un pas décidé vers sa Vérité. Accompagnée par ses sœurs et frères, elle détient pour seule arme un haut-parleur ; pour mieux transcender le cœur des inadaptés au système et pour réveiller les autres. Aujourd’hui, son discours apporte lueur d’espoir et esprit de solidarité aux enfants perdus face à un futur incertain. Portrait d’une femme vivante qui a une longueur d’avance.

Voici vos premiers pas en terres « arkaniennes ».

La rage d’une enfant qui a grandi trop vite

Keny Arkana est une rescapée. Elle a survécu à l’incendie d’une adolescence peu banale : abandon, familles d’accueil, hôpitaux psychiatriques où l’on « teste des cachets sur ces enfants » dont personne ne veut plus… La rage naît dans l’esprit pur de la jeune fille. Elle se sent enfermée partout et enchaîne les fugues comme autant de rejets aux traitements qu’on cherche à lui imposer.


J’viens d’l’incendie – Keny Arkana

Elle souffre de ce qu’elle appellera plus tard Le Syndrome de l’exclu, l’impression d’être nulle part à sa place. Parce qu’enfant seule, parce qu’enfant de la banlieue, parce qu’incomprise. À 14 ans, elle quitte les classes de la République pour apprendre dans la rue, à l’école de la vie. C’est au même moment qu’elle découvre la prison et ses cellules glauques. Et déjà, écrit pour ne pas se laisser bouffer de l’intérieur.


Le Syndrome de l’Exclu – Keny Arkana feat. RPZ

L’école de la liberté

Sous les ponts et sur les pavés, Keny poursuit son propre chemin et ses idéaux, déjà si différents de ceux de ses contemporains. Elle a survécu à la France violente, celle qui ne laisse aucune chance à sa progéniture née du mauvais côté de la barrière. Et se considère à juste titre comme une survivante « de l’incendie », le rap étant son extincteur… Son lance-flamme aussi. « L’envie de tout cramer » pour se venger est là, bien vivante !

L’envie d’alerter aussi : grandir à la marge et survivre, c’est aussi prouver que le système n’est pas l’unique solution, même s’il est prêt à détruire tous ceux qui voudraient le croire ! Alors Keny Arkana balance son premier album comme un missile avec l’espoir qu’il « explosera dans le ventre » de Babylone l’injuste…

Un missile anticonformiste

Entre Ciment et belle Étoile, c’est l’histoire émouvante d’une petite qui a grandi trop vite, entourée de trop de béton, ce matériau qui casse les horizons et empêche les êtres vivants de respirer… Entourée également de la détresse et de la frénésie propres aux quartiers. En cherchant à comprendre pourquoi elle avait dû subir une telle violence durant son enfance, la jeune artiste ne s’est pas trompée d’ennemi, fait rare dans le rap où l’on préfère aujourd’hui peser dans le « Rap Game » plutôt que de prendre le chemin du rap conscient. Alors, elle a su peser ses mots et les envoyer comme autant de « punchlines ». Une lanceuse de mots durs avec de la force plein la besace, seule face aux canons des chars symbolisant gouvernements, lobbies, puissants…


Enfants de la Terre – Keny Arkana (intro de l’album)

L’album dégage une maturité incroyable que l’on retrouvera dans ses futures créations. Sa rage, la Sista l’a transformée en combat : proche des mouvances libertaires et altermondialistes (mais refusant de se laisser enfermer dans une cage idéologique), la militante s’engage pour un monde plus libre, plus juste – plus humain en somme – et ne s’arrête pas aux mots : offert avec son album, son documentaire « Un autre monde est possible » est une première preuve de l’incroyable dimension de l’artiste qui n’a alors que 23 ans.


Un autre monde est possible – Keny Arkana (documentaire)

Ce documentaire lui permet de parcourir le monde, de l’Inde au Mali en passant par l’Amérique du Sud et l’Europe. Et d’y trouver son hymne. Après L’Incendie et La Rage, la jeune femme propose Jeunesse du Monde, ode internationaliste et anticapitaliste.

De retour en France, avec l’association Appel aux sans Voix, elle parcourt l’Hexagone et tente de faire naître chez la population le débat et l’engagement volontaire. L’artiste l’a compris, la mondialisation des luttes ne se mettra en marche que si chaque personne, localement, met en place des outils pour réunir et mettre en action ceux qui veulent que les choses changent.

Dans cette nouvelle lutte, la jeune femme s’investit totalement durant de nombreux mois, laissant parfois sa « carrière » entre parenthèses. On l’a dit, Keny Arkana n’est pas une rappeuse, mais une contestataire qui fait du rap. Mais finalement, l’envie de continuer à crier sur les toits son désir de justice la pousse à reprendre la route et l’écriture.

La foi en l’homme, mais aussi le voyage, sont les deux solutions consacrées pour la jeune artiste revenue de tout.


Jeunesse du monde – Keny Arkana

 

La suite de cet article sur la Sista : Keny Arkana : l’ascension d’un enfant du Cinquième Soleil (part 2)

 

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2 commentaires

  1. Tu as vraiment choisi l’une des plus belles photos de Keny ! C’est trop bien de la voir en arrivant sur ton site. 🙂

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