I, Daniel Blake : nous ne sommes pas de vulgaires numéros !


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Nous vivons dans une société de classes, et c’est la mienne qui est en train de la gagner.

Ces mots ne sont pas de moi mais de Warren Buffett, l’une des plus grosses fortunes du monde. Et pour moi, ils résument bien le sens du film de Ken Loach, I, Daniel Blake. Même si le réalisateur se concentre sur l’étau étatique, et pas sur son pendant capitaliste (les deux faces d’une même pièce).

Synopsis :

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Le parcours du combattant de Daniel – en arrêt de travail suite à un problème cardiaque puis chômeur par défaut -, on est très nombreux à l’avoir vécu. Comme Daniel, on s’est souvent sentis démunis en appelant les standards téléphoniques surchargés et leurs musiques insupportables, face aux ordinateurs de Pôle Emploi (surtout quand on a un certain âge) ou face aux personnes bien réelles mais totalement conditionnées par leur hiérarchie et obligées de se blinder face à la dure réalité. Informatisation, robotisation, hypermodernité, mais où est cachée l’humanité ? Où est partie la dignité ?

La réalité indigne de Daniel, nous sommes des milliers à la connaître et à la subir. Mais assurément, les personnes au pouvoir ne la connaissent pas. Sinon pourquoi voteraient-ils des lois menant à ces incongruités sociales ?

La force du film : faire apparaître les structures qui agissent à travers les hommes

On le voit à de nombreuses reprises : les humains ne sont pas mauvais en soi ; souvent même, ils veulent agir dans le bon sens quand ils sentent une injustice, ou un désespoir. Mais ils se retiennent, et les raisons pour qu’ils le fassent sont nombreuses :

« Et si c’était moi qui était dans cette situation, est-ce qu’on m’aiderait ? Et si je l’aide, est-ce que mon supérieur va me blâmer ? Et pourquoi je le ferais pour lui et pas pour les autres ? » etc.

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Dans une société injuste, l’injustice ne provient pas « naturellement » des plus riches envers les plus démunis. Elle est créée consciemment car légalisée, puis justifiée sans arrêt à travers les discours politiciens et médiatiques.

Ne nous leurrons pas. Ce sont des lois – et le fait qu’elles soient injustes ou pas – qui déterminent les structures sociales, et ce sont ces structures qui déterminent les comportements individuels : avec des règles différentes, le destin de Daniel aurait été différent car les comportements des personnes autour de lui auraient été différents. Ce n’est pas une manière de déculpabiliser les gens, car on peut toujours faire mieux individuellement, mais aucun individu seul ne peut changer les structures sociales, c’est un fait.

L’ultra-libéralisme, une arme anti-entraide

C’est avant tout la loi capitaliste ultralibérale qui fait office de doctrine officielle, en Angleterre comme partout en Occident, et on voit bien où cela mène. Pourtant, c’est la continuité de ce destin morbide que beaucoup de candidats nous promettent ici aussi (dans l’adhésion majoritaire) : de Le Pen à Hamon, en passant par Fillon et Macron, qui est réellement anti-système, qui propose de réellement changer les institutions, les lois, les règles du jeu ? Pourquoi suivez-vous ces bourreaux ?

Ne suivons pas. Pensons à Daniel. Daniel qui a réaffirmé son statut d’homme « libre » en pratiquant la désobéissance civile. En taguant son nom d’homme sur un mur (encore une chose interdite, contrairement aux licenciements massifs), comme pour crier qu’il n’était pas un numéro de plus.

La déshumanisation. La désincarnation face à la superstructure administrative d’un appareil d’Etat qui vote des lois et des passe-droits pour les entreprises, l’obligeant ensuite à payer les pots cassés. Telle est la fable de l’ultracapitalisme. Et la morale en serait : « Tuez le système ou tuez-moi. »

Merci à Ken Loach de continuer ses oeuvres engagées dans un monde où la caste culturelle n’est que façade et n’a (presque) plus aucune velléité militante. Merci.

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