Education : apprendre le changement, c’est comment ? (2/2)


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ecole alternative des ramilles

Comme le disait Albert Jacquard (décédé en 2014), l’éducation aujourd’hui est un encouragement à la compétition et au conformisme, plutôt qu’une invitation à l’imagination et au collectif. On connait tous la célébrissime citation de John Lennon : « Quand je suis allé à l’école, ils m’ont demandé ce que je voulais être quand je serais grand. J’ai écrit « heureux ». Ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question, j’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie. »

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Mais qui la considère comme réellement indispensable à l’éducation des enfants, la vie  ?
Plus personne. Leurs bulldozers idéologiques ont bien fait le travail, nous sommes devenus des machines qui acceptent d’être formatées pour entrer dans le moule du monde du travail et de la consommation, rien de plus.

A quoi cela nous servirait-il d’apprendre des choses pour le plaisir de les connaître et de nous élever ? A devenir intelligents, donc conscients de notre sort, et donc malheureux ? Ou pire, indigné ? Oui, car c’est bien là que réside notre salut !

Mais après s’être indigné, il faut proposer des alternatives, construire des espaces de liberté où l’on pense autrement. Alors, comment apprend-on le changement dans l’éducation ?

Avec le capitalisme sont nées les solutions anticapitalistes. Seulement, elles n’ont jamais trop eu voix au chapitre. L’école de la république, laïque et obligatoire, a colonisé les imaginaires et s’est imposée comme la seule solution viable, juste et équitable, bonne pour le bonheur de tous. Mais on l’a vu, l’école d’aujourd’hui ne remplit plus du tout sa mission émancipatrice. Heureusement, de très nombreuses alternatives ont éclos depuis une centaine d’années.

Petit historique des lieux alternatifs d’éducation et d’émancipation

Les courants de l’éducation alternative par exemple (pédagogie Montessori, mouvement Freinet, pédagogie Decroly, etc.) nous apprennent beaucoup sur ce qu’il est possible de faire en matière d’éducation alternative.

Le mouvement Freinet par exemple, vise à une éducation de l’enfant libérée de sa partie la plus autoritaire : l’émancipation est la base, et les apprentissage locaux (les classes-promenades) et matérialistes (à travers des objets précis, un environnement précis, comme un jardin par exemple) deviennent le terreau fertile à une connaissance approfondie et utile. C’est une pédagogie hautement politisée qui s’assume comme telle.

Autre école intéressante qui prône l’autonomie des enfants, la pédagogie Montessori : Les principaux moyens employés par les défenseurs de cette éducation sont :
– l’attitude de retrait de l’éducateur ;
– l’utilisation du matériel sensoriel et progressif que l’enfant peut manipuler seul et avec plaisir ;
– la possibilité d’auto-correction offerte par la quasi-totalité de ce matériel. »

Maria Montessori, ancien médecin devenue pédagogue, pourrait résumer sa pédagogie à cette phrase : « Aide-moi à faire seul ». D’ailleurs, nous allons voir dans le chapitre suivant un exemple concret de classe ayant appliqué la pédagogie Montessori dans le cadre d’un test en banlieue parisienne.

Et l’entrisme dans tout ça ?

Changer les choses de l’intérieur. Beaucoup en ont rêvé, peu y sont parvenus. L’entrisme semble rester un doux rêve de révolution lente puisqu’en réalité, l’entrisme est un réformisme. Néanmoins, on peut considérer que dans un domaine aussi crucial et nécessaire que l’éducation, toute forme d’évolution est bonne à prendre, même si elle n’est pas aussi radicale que souhaitée.

Quelques exemples d’entrisme semblent intéressants à voir ici :

1- La pédagogie du bonheur

Un très bel exemple de désobéissance civile, de résistance active, nous vient de cette enseignante qui, en véritable entriste, a décidé de changer les choses de l’intérieur du système. Audacieux, courageux et indispensable.

Convaincue que sans confiance en lui, un enfant ne peut pas apprendre, Nathalie a repensé l’apprentissage avec sa classe en plaçant le bonheur au-dessus des autres « matières ». Résultat, les enfants apprennent à aimer apprendre, l’enseignante est épanouie, les parents semblent conquis.
Elle décide d’enseigner le bonheur à ses élèves… par onpassealacte

On aime sa faculté à changer les choses seule, sans injonction, son bonheur est une belle inspiration, heureux le fait qu’elle la communique aux enfants !

2- La pédagogie coopérative

Sur le modèle des jeux vidéo, une enseignante décide de changer sa manière de transmettre, d’apprendre, d’évaluer. On gagne des points d’expérience pour passer au niveau suivant. Ce sont des acquis valorisants. Lorsque l’on gagne 9 points, c’est tout de même plus grisant que d’avoir un 9/20, non ?

Approche douce, échanges, une position active de l’enfant, « prospérité mutuelle » : il est plus aisé de faire cours avec des petits qui adhèrent et qui sont motivés ! Là encore, les parents sont conquis, les collègues eux semblent rester indifférents. Tant pis pour eux, notre enseignante est convaincue qu’il faut aller encore plus loin dans l’expérience !

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3- La pédagogie nomade

La Pédagogie Nomade est un collectif belge d’enseignants, d’éducateurs et de chercheurs en philosophie qui travaille sur les rapports entre école et démocratie.

Dans cette école pas comme les autres, les adolescents s’impliquent dans l’école, au sens propre : les travaux manuels nombreux se font au sein même de l’école et responsabilise les habitants de cette école pas comme les autres. Malheureusement, le Ministère de l’Éducation a mis fin à l’expérience en 2011. On vous l’a dit, l’éducation est le meilleur garant de l’ordre établit, il ne faut donc pas y toucher.

4- La pédagogie Alvarez

Céline Alvarez a eu l’occasion de tester dans une classe maternelle classée en ZEP à Gennevilliers (région parisienne) une pédagogie croisant la méthode Montessori avec la recherche en sciences cognitives (basée sur les grandes lois d’apprentissage et d’épanouissement humain).

Les résultats furent édifiants : en trois ans, cette classe qui ne partait pas mieux qu’une autre (au contraire) a éveillé bonheur et envie d’apprendre chez tous les enfants. Et leurs capacités à la sortie de la maternelle étaient au moins équivalents à ceux des enfants ayant suivi des classes « classiques »…

Grâce à sa méthode, Céline Alvarez tend à prouver que notre éducation actuelle ne colle pas du tout avec le processus même d’apprentissage d’un enfant. Pourtant, l’Éducation Nationale n’a pas renouvelé l’expérience. Trop compliqué de changer les méthodes, même si c’est pour le bien des futures générations.

Du coup, Céline a quitté l’Éducation Nationale. D’entriste, elle est devenue marginale. Au point de passer dans la résistance ?

L’école anarchiste, système viable ?

Dans l’excellent livre Les sentiers de l’utopie qui nous prouve que l’utopie est simplement une manière différente – mais concrète – de voir le monde, l’un des chapitres est consacré à l’école de Paideia, dans le sud de l’Espagne. Cette école qui accueille les enfants de 18 mois à 16 ans fonctionne comme aucune autre. Et je dois avouer qu’en lisant sa description, j’ai cru que c’était l’école idéale, un petit concentré de société anarchiste, libre, juste, positive.

Dans cette école, les enfants s’organisent par eux-mêmes. Ils se débrouillent par groupes d’apprentissage, par choix d’activités, et pas par âge (ce qui permet une transmission des connaissances sans besoin immédiat d’adultes). Ils apprennent à respecter les choix de chacun en prenant des décisions par vote. Pour eux, s’écouter, débattre, voter est naturel.

Les adultes sont là uniquement si les enfants ont besoin d’eux. Il est même déjà arrivé que les enfants votent contre la présence de ces adultes dans l’école. Les adultes sont partis. Mais ces mêmes enfants, devenus matures par cette autonomie acquise très tôt, se sont vite rendus compte de l’importance d’avoir un minimum de sagesse « adulte » dans l’enceinte de l’école. Ils ont rapidement voté la réintégration des enseignants. N’est ce pas magnifique, cette autocritique, cette autorégulation, de la part d’ENFANTS ?

C’est le résultat d’un vrai processus d’apprentissage horizontal, où l’on place l’enfant dans une autonomie réelle, et pas dans une soumission à la figure de l’enseignant, du maître, et du programme, hiérarchisant, « endormissant » et infantilisant.

On ne place pas non plus l’enfant dans une position de roi, pas plus que l’adulte dans une position de décisionnaire final. On considère la fraternité, l’entente, la coopération enfants/adultes comme la garantie de la vraie liberté de tous. C’est la force de cette école.

Finalement, c’est peut être le seul lieu d’apprentissage où l’on théorise la liberté, mais où l’on est également mis dans la possibilité de la vivre réellement. A lire les mots de John Jordan et Isabelle Frémaux, l’expérience est unique et vraiment exceptionnelle !

L’idéal ?

Il n’y a peut-être pas d’école idéale. Dans un système aussi inégalitaire et violent que le nôtre, il semble crucial d’accepter que toute initiative – dans la mesure où elle est humaniste et émancipatrice – soit prise en compte, même si cela se fait par entrisme, par réformisme, car c’est de l’avenir de notre Humanité dont il est question.

Évidemment, le véritable changement ne peut être que global. Nos générations bercées à la consommation et à la passivité ont perdu cette capacité à l’auto-gestion, à l’auto-organisation, à la conquête des libertés. Mais peut-être est-ce un combat que l’on peut encore gagner par l’apprentissage du changement. Changement en nous. Autour de nous. Et surtout, auprès de ceux qui vont nous succéder.

Des idées ?

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2 commentaires

  1. Je dévore votre site petit à petit. C’est intelligent, réfléchi, instructif. Merci pour cette pensée.
    Concernant l’éducation nationale, un autre élément à apporter, corroboré par les réformes démagogiques du collège, est celui de l’insurgence néolibérale et de l’économie, et du « lavage de cerveau » des élèves, dont le but est de créer des bons employés dociles et malléables.

    Il y a quelques années, il était encore possible d’entreprendre plusieurs expériences pédagogiques dans les classes. Enseignant alors en ZEP, j’ai tenté plusieurs choses qui ont pu fonctionner et me suis intéressé à de nombreuses pédagogies alternatives. Aujourd’hui que le temps de travail des professeurs augmente nettement, nous n’avons plus le temps de nous révolutionner, et évidemment, dans une classe de 25 élèves, ce n’est pas la même chose que dans une classe de 35 élèves.
    Quant aux réformes actuelles, qui arborent tout l’apanage des enseignements alternatifs, ils n’en sont qu’un détournement élitiste.

    Bref.

    Merci pour cet article !

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