L'Indigné du Canapé

L’endettement en période de crise : une arnaque de plus

2020. C’est la crise sanitaire du Covid-19, et elle se double d’une crise économique qui pourrait (ou non) durer. Des milliers de productions à l’arrêt, dans tous les pays du monde, c’est aussi des millions de produits non fabriqués, et d’autres stockés et non vendus, car les consommateurs aussi sont à l’arrêt. C’est l’arrêt de la machine capitaliste productiviste, qui ne mesure sa réussite qu’à l’aune du PIB, outil qui – rappelons-le – ne mesure que la somme des valeurs ajoutées créées, ni leur intérêt pour la société, ni les dégâts qu’elles causent (sur la santé, sur l’environnement, au niveau des inégalités, etc.).

Cette crise économique, comme toutes les crises, elle est endiguée tant bien que mal par les Etats. Les Etats qu’on accuse à longueur d’antenne quand les choses vont plutôt bien pour les nantis, qu’on veut empêcher d’agir, pour réguler, imposer des normes sanitaires, des salaires minimum, des fonctionnaires pour les métiers que les marchés privés ne savent gérer, cet Etat-là devient le sauveur quand plus rien ne fonctionne, qu’on soit dans une crise de surproduction (quand la consommation ne suit plus la production), dans une crise financière liée à une bulle ou dans la crise inédite actuelle (qui est liée au confinement plus qu’à la surproduction, même si la surproduction n’est jamais loin dans notre monde capitaliste).

Les capitalistes s’enrichissent quand le PIB monte, et même quand il baisse

Comment l’Etat peut-il sauver la situation ? Eh bien, en soutenant à la fois les entreprises et les ménages, les deux acteurs des marchés (quand tout va bien et qu’on voudrait effacer l’Etat du paysage) : en baissant les impôts et cotisations des entreprises par exemple (ce qui va créer un nouveau « trou » dans la Sécu, pratique pour dire qu’elle ne fonctionne pas dans 1 ou 2 ans), et en prenant en charge une partie des salaires ; en mettant en place des aides d’urgence pour permettre aux ménages sans rentrée d’argent de tenir le coup. C’est typiquement ce que préconisait Keynes pour la crise de 1929, et qui n’a été appliqué en Europe et dans le monde qu’entre l’après seconde guerre mondiale et les années 70, avec les résultats (plutôt bons) que l’on connaît. Bref. Mais tout cela a un coup. L’Etat s’endette, car ses dépenses deviennent supérieures à ses recettes, à court et à long terme.

Pour obtenir cette « avance » sur trésorerie, l’Etat émet des obligations, c’est-à-dire qu’il demande à des fortunes présentes sur les marchés financiers de lui prêter de l’argent, qu’il devra rembourser avec intérêt. Et là est toute l’arnaque. Bien sûr que l’Etat doit intervenir et ne pas laisser les entreprises couler, et les ménages mourir de faim. Car cela aurait pour conséquences d’augmenter le chômage, donc d’augmenter le nombre de ménages qui meurent de faim, donc d’aggraver la sous-consommation, donc de mettre de nouvelles entreprises dans le rouge, etc. (c’est aussi ça la loi du marché, soit dit en passant).

Mais pourquoi les Etats doivent-ils emprunter sur les marchés financiers, là où pullulent les moins recommandables organisations telles que des fonds de pension, des fonds d’investissement, des fonds d’assurance, et les vautours appelés « hedge funds » (évadés fiscalement, bien souvent), qui jouent à enrichir les enrichis, mais qui ont aussi le pouvoir aussi refuser de prêter, sous prétexte que les Etats seraient trop endettés, et les obliger à des cures d’austérité, toujours terribles pour les plus fragiles ? Pourquoi ne pas emprunter directement à la Banque Centrale la liquidité nécessaire ? Ah ben, les Traités Européens l’interdisent, en fait…

De la même façon qu’ils interdisent habituellement l’endettement de l’Etat (à plus de 3% du PIB) : s’ils le permettent cette année, c’est « à titre exceptionnel », crise du Covid-19 oblige. On se demande bien pourquoi cette situation d’exception n’est pas décrétée plus généralement pour lutter contre les inégalités, ou la crise écologique… Ah mais non, idéologiquement, le capitalisme n’en a rien à faire de ça !

Du coup, que comprendre ? Eh bien, que même les crises enrichissent les nantis dans une société capitaliste. Même ceux ayant vu leurs multinationales galérer ces derniers mois auront su diversifier leurs risques (un classique de la stratégie financière) et pourront profiter de l’Etat pour se refaire (certes à plus long terme, mais qu’importe).

Ainsi, l’endettement n’est pas une solution, mais un problème. Tout nouvel endettement est la garantie de la pérennité du système économique et financier capitaliste. Car c’est par la dette qu’il fonctionne et se perpétue. A chaque fois que vous vivez au-dessus de vos moyens, ou plus « vite » que vos possibilités, en engageant un emprunt pour acheter une voiture ou un appartement, vous faites vivre ce système.

Sauf que contrairement à vous, l’Etat a une solution. Il pourrait (théoriquement) refuser de payer ! Mais le fera-t-il ? Rien n’est moins sûr, avec les croyants en l’économie libérale à sa tête, dans ses médias dominants, et même inconsciemment dans la tête d’une bonne partie de la population… Nous continuerons à être des dindons… et à plus d’un titre !

Taxe Corona : l’arbre qui cache la forêt

Ces derniers temps, on a entendu beaucoup parler d’une taxe Corona exceptionnelle sur les grosses fortunes. L’idée n’est pas absurde, mais elle est l’arbre qui cache la forêt. Bien sûr que cette idée va dans le bon sens, qu’elle met du baume au coeur.

Mais c’est une fausse bonne idée. Imaginons que les capitalistes acceptent (après avoir protesté un peu, car la vie est dure pour eux, et ils embauchent tellement de gens magnanimement, imaginez un peu s’ils n’existaient pas !). Cela donnerait l’impression qu’ils ont structurellement agi. On le rappellerait d’année en année sur les médias dominants. Et on oublierait que le vol des plus fortunés sur les plus précaires est quotidien et ne s’arrête pas à l’année 2020, année de Covid. On oublierait que ces mêmes personnes s’enrichissent sur la dette de l’Etat, celle qu’on considère être « notre » dette.

Cette taxe, en fait, mettrait paradoxalement un coup d’arrêt à la lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales, à la lutte pour des hauts salaires encadrés, des bas salaires augmentés, des dividendes contrôlés, et même interdits en cas de licenciement… Et bien sûr, à l’annulation des dettes, à la déconnexion entre économie réelle et économie financière… Car c’est tout le système financier qu’il faut décrédibiliser. Qu’il faut laisser de côté. Qu’il faut faire imploser !

Donc la taxe Corona, oui, mais pas seule. Tout le reste doit suivre. Et ça, comme toujours, seule la gauche de la gauche se bat pour !

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Sources :
https://www.youtube.com/watch?v=CFtS-nLgYu8
https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/budget-lendettement-senvole-mais-son-cout-continue-de-baisser-pour-letat-1195715
https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/les-gerants-dactifs-concurrencent-les-banques-pour-placer-la-dette-des-etats-1201146
https://www.gauchebdo.ch/2020/04/16/penser-lapres-corona-avec-une-taxe-sur-les-grandes-fortunes/

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