Comprendre la violence du scandale Bolloré en 5 minutes

Le scandale Bolloré illustre 1001 et scandales de notre monde, comme le montre cet extrait de C à Vous :

Cette vidéo est à voir, impérativement. Il en va de notre citoyenneté, de notre conscience démocratique, de notre rapport aux médias, de notre compréhension du pouvoir économique et sa capacité à inférer dans les décisions d’Etats souveraines, dans la perpétuation du colonialisme, et dans la volonté de nos dirigeants de masquer cette réalité…

Le scandale Bolloré, c’est tout ça à la fois :

1. Bolloré mis en examen pour soupçon de corruption

Il est mis en examen pour corruption d’agent public étranger, complicité d’abus de confiance et usage de faux. En échange de la gestion de deux ports au Togo et en Guinée, l’homme d’affaires aurait sous-facturé les conseils de sa filiale, Havas.

Le principe :
« Je t’aide à te faire élire ou réélire, et tu me donnes des concessions ».

Comment ?
« Grâce à ma puissance de propagande, je vais afficher ton portrait partout sur les murs du pays. On ne saura même pas que ton adversaire a existé. Tu auras gagné avant même le processus électif. Oui, c’est de l’ingérence. Mais je suis milliardaire, je fais ce que je veux. »

Un processus de financement a priori illégal parfaitement illustré dans le reportage de Complément d’Enquête « Bolloré, un ami qui vous veut du bien », de Tristan Waleckx et Matthieu Rénier (Prix Albert Londres 2017).

Et ça a marché.

2. La Françafrique continue

Que nous révèle cette affaire de corruption ? Tout simplement que la Françafrique continue, bel et bien.

On accuse les dirigeants africains d’être corrompus. Oui, mais par qui ?
On accuse certains pays africains de ne pas réussir à se développer économiquement. Oui, mais à cause de qui ?
On refuse les migrants, on les stigmatise, on les traite comme des animaux. Oui, mais pourquoi ces gens ressentent-ils le besoin de s’exiler, de tout quitter, de risquer leur vie, de traverser 8 pays ? Pour le plaisir ? Bien sûr que non. Leurs pays, dont l’économie est essentiellement tournée vers les bénéfices des riches industriels occidentaux (et vers les dirigeants corrompus) n’ont rien à leur offrir.

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et
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C’est contre cela qu’il faut se battre, et donc – encore une fois – c’est contre nos milliardaires assassins qu’il faut se battre.

3. Aucun média appartenant à Bolloré n’en a parlé, et les autres ont surjoué les conditions de son arrestation

Tandis qu’en France, il arrive qu’on meurt en garde à vue (des assassinats qui arrivent surtout à des Noirs et des Arabes), les journalistes soulignent les « conditions difficiles » ou le « traitement vigoureux » qu’aurait vécu l’homme d’affaires, sous prétexte qu’il est resté « deux jours et une nuit » en garde à vue et qu’il est mis en examen. Lol. Pour un homme qui a, de par sa place dans le monde, la souffrance de milliers, voire de millions d’enfants, de femmes et d’hommes sur la conscience, c’est assez léger. Surtout que la mise en examen d’un milliardaire, c’est rare, trop rare.

On le répète : tant qu’il n’y aura pas la même justice pour les délits en col blanc que pour le peuple en général (et les minorités en particulier), notre société ne connaîtra pas la paix qu’elle mérite et que les cols blancs nous refuse ; car nous voir nous diviser entre nous les renforce, encore et toujours.

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4. Bolloré est la 10e fortune de France (#boycott)

L’Empire Bolloré, c’est avant tout un Empire de propagande :
– Bolloré Méda Régie
– Havas
– Vivendi
– Harris Interactive
– Canal+
– CNews (chaîne TV et journal gratuit)
– Gaumont (les cinémas)
– Dailymotion
– Ubisoft
– Gameloft
– CSA (Consumer Science and Analytics)
– et encore quelques groupes…

Mais ce sont aussi des usines qui fabriquent les AutoLib et les batteries qui les alimentent ; des activités de stockage et de distribution d’énergie et de pétrole en France et en Europe, des systèmes d’identification, des plantations de palmiers à huile et d’hévéa en Afrique et en Asie…

Et c’est enfin, via Bolloré Logistics et Bolloré Africa Logistics, le leader dans les activités de transport, de fret (rails, ports), de logistique et de logistique pétrolière, notamment en Afrique, où le Groupe Bolloré réaliserait 80% de ses bénéfices !

Autant vous dire que c’est un homme qui a un pouvoir d’influence énorme… et qu’il est malheureusement difficile à éviter (comprenez, à boycotter). Même si c’est nécessaire de le faire.

5. Bolloré utilise les médias pour influencer l’opinion publique

Depuis sa mise en examen, tant sur CNews que sur Canal+, les journalistes font profil bas sur leur patron. Quand le poil-à-gratter P. Poutou demande à L. Ferrari qu’en est-il de son « patron », elle lui rétorque un glaçant « La justice est indépendante ». Très bien, que la justice fasse son travail, c’est vrai. Mais on serait tenté de lui demander si les journalistes de Bolloré, eux, sont indépendants et font bien leur travail d’information.

Et que dire des propos de Jean-Baptiste Rivoire, rédacteur en chef Canal+, qui démontre par A + B comment de nombreux reportages et papiers de la chaîne sont détournés ou censurés sur demande du grand Manitou, violant la loi de 1986 sur la liberté des journalistes vis-à-vis des actionnaires : par exemple, l’interdiction d’un sujet sur des manifestations au Togo, suivi d’un publi-rédactionnel demandé par Bolloré pour affirmer que le Togo est un modèle de démocratie.

La propagande de Bolloré est dans l’impunité en France. Et ce n’est pas tout.

6. Bolloré menace sur tous ceux qui veulent révéler la vérité sur lui

Depuis quelques années, Bolloré (quand on a des milliards, on peut tout se permettre) a pris le malin plaisir d’attaquer en procès quiconque oserait contester ses actes. C’est ce qu’on appelle faire des procès-baillons, c’est-à-dire asphyxier financièrement ses adversaires dans des procédures judiciaires interminables pour les réduire au silence.

Mais ce n’est pas tout. Bolloré, grâce à ses petits arrangements avec les leaders des pays déjà mentionnés (Togo, Guinée), peut favoriser l’expulsion de ses concurrents directs (et accessoirement, les racheter pour une bouchée de pain).

Il arrive aussi que, dans des pays qu’on croirait moins corrompus, comme… la France par exemple, des journalistes (à nouveau Tristan Waleckx, le reporter récompensé) et des témoins, traînés au tribunal par M. Bolloré, doivent s’y rendre protégé par des gardes du corps, par peur de représailles. Tristan Waleckx a carrément subi des intimidations dans son propre appartement, la veille du procès (il a été enfermé chez lui et n’a pas pu aller chercher son témoin à l’aéroport)… Des méthodes de voyous, même si le lien avec Bolloré est impossible à faire.

Malgré tout, on se rend compte que le travail de journaliste d’investigation, ou de lanceur d’alerte en général, est grandement menacé.
Par qui ? Entre autres par ceux qui détiennent les cordons de la Bourse et qui ne voudraient pas qu’on identifie leurs magouilles.

7. Avec la Loi sur le Secret des Affaires, la France protège les Bolloré (et condamne les lanceurs d’alerte)

Récemment, une journaliste d’investigation (Daphné Caruana Galizia) a été tuée à Malte parce qu’elle enquêtait sur ce petit Etat et des scandales de corruption. Un scandale qui a tout de l’affaire d’Etat. Mais tous les lanceurs d’alerte sont traités comme de la vermine. La plupart ne peuvent plus retourner dans leur pays. D’autres en sont réduit au chômage, et en faisant profil bas s’il-vous-plaît. Alors qu’ils ont agi en citoyens responsables. Mieux, en citoyens modèles.

Et le pire, c’est qu’une loi toute récente, votée il y a quelques semaines (Loi sur le Secret des Affaires) renforce ce pouvoir des instances économiques sur celles et ceux qui veulent agir en citoyen, et informer leurs pairs des conséquences néfastes de ce monde entièrement tourné vers la rentabilité à court terme, quitte à oublier toute déontologie, toute éthique, toute règle de vie en société.

Le secret des affaires, qu’est-ce que cela veut dire ?
Qu’Elise Lucet pourra être attaquée au tribunal (elle l’est déjà constamment) quand elle révèle qu’une grosse multinationale européenne fait travailler des enfants à l’autre bout du monde.
Que des sites Internet de la gauche radicale pourront être traînés en procès et risquer cher parce qu’ils dénoncent à juste titre les agissements des tous les Bolloré (généralisation de procès-baillons qui ont déjà lieu).
Que les lanceurs d’alerte, qui ne sont déjà pas protégés, vont être encore plus fragilisés.
Que les affaires du Médiator, de la Dépakine, de Lactalis et sa salmonelle, les LuxLeaks, les PanamaPapers et ParadisePapers, du glyphosate et des perturbateurs endocriniens, et tant d’autres, ne sortiront plus, car les révéler briserait cette loi illégitime.

Et sur ce sujet, qu’on soit FN ou LREM, on adopte la même position :

Voilà notre monde. Et voilà ce que l’on combat.
L’immobilisme est la pire des postures.
Rejoignez notre combat.
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Sources : C à Vous, Basta, Le Monde, CNews (lol)

2 commentaires

  1. Petite précision pour éclaircir un point particulier de l’article car on retrouve l’erreur dans beaucoup de critiques qui sont faites a Bolloré (critiques tout a fait fondées là n’est pas la question) :
    Bolloré ne possède pas « le CSA!!! » qui est le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et qui est une organisation publique mais bien « l’institut CSA » où l’acronyme signifie « Consumer Science and Analytics » qui est tout ce qu’il y a de plus privé et qui n’a rien à voir avec l’Audiovisuel.

    On trouve beaucoup de gens sur internet qui font l’erreur et les points d’exclamation qui suivent la mention peuvent induire en erreur (et c’est dommage de se tromper dans ses critiques quand on s’attaque à un tel poison).

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