Comment lutter contre l’ultra-richesse (qui crée inégalités et pauvreté) ?

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La liberté des uns détruit celle des autres : battons-nous pour plus d’égalité

Selon Piketty, les patrimoines des personnes les plus riches ont progressé de 7 à 8% ces dernières années. Dans le même temps, le PIB n’a progressé que de 1%… et le nombre de pauvres a considérablement augmenté. Les écarts se creusent d’autant plus vite entre ceux qui ont un patrimoine, notamment immobilier (car la pierre prend vite de la valeur) et ceux qui n’en ont pas.

Conclusion : plus la richesse des riches s’accroît vite, moins la croissance est forte, car ces ultra-riches savent comment tout conserver et ne pas participer à la solidarité.

Partie 1 : Pourquoi la fortune des ultra-riches crée inégalités et pauvreté ?

Le FMI lui-même dénonce les échecs du néolibéralisme, à travers la plume de trois hommes, Jonhatan Ostry, directeur adjoint du département de la recherche du FMI, Prakash Loungani, conseiller du FMI et Davide Furceri, économiste du FMI. Selon eux, en à peine 30 ans, le FMI et la Banque Mondial ont réussi à soumettre le monde entier au diktat néolibéral symbolisé par le Consensus de Washington. Aujourd’hui, la grande majorité des pays a adopté les outils de mesure libéraux, les pratiques libérales, à tel point que la compétition mondiale est passée de 0,25 à 0,6 en 20 ans (sur une échelle allant de 0 à 1).

Et en retour… le néolibéralisme n’a exaucé aucun voeu, il n’a carrément tenu aucune promesse. Certes, la fluidification des mouvements de capitaux a permis à une minorité (toujours la même) de s’enrichir encore et encore, sauf que cela a fragilisé les économies nouvellement converties au capitalisme libéral, entraînant plus de crises financières qu’il n’y en avait jamais eu auparavant. En 30 ans, il y a eu plus de 150 crises dans les pays émergents, et 20% d’entre elles ont entraîné une récession économique. Sauf qu’on connait la musique. Dans ce cas-là, le public paie les pots cassés, et les acteurs privés se gavent. Privatisation du profit, socialisation des pertes.

Les auteurs prouvent également qu’en période de crise (celle que l’on vit actuellement dure depuis 2008), les inégalités s’accroissent, en moyenne de 3,5% en 5 ans. On en revient à ce que l’on disait au départ. Plus les riches s’enrichissent, plus les inégalités s’accroissent, et plus les pauvres sont dans la misère. Surtout quand l’Etat, seul garant d’une justice sociale, devient le meilleur allié de l’ultra-libéralisme.

La liberté des riches de s’enrichir sans frein vient contrecarrer mathématiquement les possibilités de chacun à améliorer (modestement) ses conditions de vie. Pour prendre une métaphore, c’est comme si dans une ville d’un kilomètre carré dans laquelle voudraient vivre 1000 habitants, un seul habitant ultra riche décidait de se faire construire 20 maisons, pour lui seul, dans un parc de 500m2. A lui seul, il « boufferait » la moitié de la superficie, et les 999 habitants restants devraient se départager l’autre moitié de la ville entre eux. Le souci, c’est que dans notre monde, le riche possède tous les droits de le faire…

Lire aussi : Le convertisseur de revenus en unités Bettencourt : le jeu qui mesure la violence des riches

Dans la réalité actuelle (le fameux « réalisme politique », formule qui empêche de penser aux alternatives), les politiciens créent et renforcent ce système économique qui profite surtout et avant tout aux plus riches. Les récentes annonces du Gouvernement Macron (flexibilisation du Code du Travail, casse de la Sécurité sociale, fin de l’ISF, gel du salaire des fonctionnaires et suppression de poste, renforcement du contrôle des chômeurs et des précaires, annulation de la taxe Tobin etc.), vont encore dans ce sens. Tout pour les potes possédants (car nous vivons dans un système de classes, ne l’oublions pas), rien pour les pauvres.

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Réfléchir le « bien commun », c’est repenser l’égalité économique

Mais… si penser au bien commun, c’est faire de la politique, alors ? Ne devrait-on pas réfléchir à comment empêcher une ultra minorité de coloniser l’économie à son profit ; à comment légiférer pour mettre en place des moyens de redistribution de richesses efficaces ?

Rappelons-le : nous sommes sur une planète finie, donc la croissance, comme la richesse, ne peuvent pas être infinies. La richesse d’une personne est obligatoirement prélevée soit directement sur la nature soit sur le travail d’un tiers, ou encore sur celui de centaines ou de milliers de tiers. C’est ça, la réalité. Au-delà d’être des « génies » qui « donnent du travail », les Bernard Arnault, les Mulliez, les Bettencourt, les Mittal, les Gates sont des exploiteurs.

Déjà, on pourrait commencer par s’interroger sur (voire remettre en cause) la pertinence d’organisation internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale dont le but n’est pas transparent : elles disent promouvoir la liberté, la justice, la souveraineté, elles travaillent en réalité au développement de nouveaux marchés pour le néolibéralisme. Leurs solutions à la crise sont toujours d’obédience néolibérales, que cela fonctionne ou pas, du moment que ça enrichit la minorité puissante du pays en question.

L’exemple de l’Argentine est frappant sur ce point. Entre 1998 et 2001, l’Argentine se voit imposer 7 plans d’austérité d’affilée, mais rien ne marche, bien au contraire. L’Etat contracte une dette de 140 milliards de dollars, le taux de pauvreté atteint 57% et le taux de chômage 23 %. Pendant ce temps, les banques prospèrent. En 2002, un nouveau ministre de l’Economie décide (je reprends ses mots) « de sauver les gens plutôt que les banques ». Contrairement à l’avis du FMI, il relance les dépenses publiques, relance les aides pour les plus démunis, dévalue la monnaie, et ça marche. Combiné à une restructuration de la dette, cette dernière passe de 137 à 71% du PIB en 3 ans !

On pourrait également citer l’exemple de l’Islande, qui a plus ou moins adopté la même recette suite à la crise de 2008… Si seulement la Grèce (qui a essayé en vain de résister), l’Italie, l’Espagne, avaient tenté le même remède !

Non pas que le keynésianisme soit la solution à tous les maux et la réponse à apporter à toutes les crises. Mais qu’on ne vienne pas me dire que le libéralisme intégral permet lui de répondre à toutes les problématiques. Pour le moment, tout ce qu’on observe, c’est qu’il enrichit les plus riches au détriment des plus précaires en accentuant les inégalités.

C’est pourquoi il faut vite engager des actions concrètes pour cesser de creuser les inégalités : des mesures comme la taxation des transactions financières (taxe Tobin), la taxation des pollueurs (il faut des taxes écologiques !), la mise en place d’un contrôle mondial pour empêcher (ou du moins réduire) les optimisations fiscales, des impôts indexés sur la nationalité et non le lieu d’habitation pour endiguer l’exil fiscal, la mise en place d’une loi pour empêcher les entreprises bénéficiaires de licencier – qui pourraient quand même rapporter la bagatelle de 130 à 200 milliards d’euros par an selon ATTAC et le rapport Rendez l’Argent, imaginez -, il existe une myriade de solutions pour aller dans le bon sens sans taper dans la poche des moins aisés.

Enfin, on pourrait engager une vraie réflexion sur le « droit à la fortune », ses intérêts et ses limites.

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Le droit à la fortune, un privilège qui détruit la vie de millions d’autres

C’est le travail qu’a amorcé l’économiste Philippe Richard dont voici la constatation principale :

La richesse individuelle sans limite n’est plus efficace. Notamment depuis la mondialisation et la financiarisation de l’économie qui procurent un immense pouvoir aux plus fortunés. Les rapports de force se sont en effet trop déséquilibrés, aux dépens des plus faibles, mais aussi plus globalement de tous les « petits » (les salariés et les petites et moyennes entreprises), et même aux dépens des États.

Tiens comme c’est bizarre, il en arrive au même constat que nous dis donc ! Et sa conclusion pour endiguer ce mal est radicale (mais elle semble nécessaire, au moins à penser) :

Cela pourrait se traduire par la mise en place d’un impôt sur la fortune, comme l’ISF mais à un taux de 100% au-delà du plafond fixé. Et pour éviter un exode massif des plus riches, il suffirait d’appliquer cette mesure sur la base de la nationalité et non du lieu de résidence. Techniquement, rien de bien compliqué donc, même si un changement constitutionnel s’avère indispensable.

Seul 1% de la population serait impacté, et c’est le 1% le moins à plaindre. Imaginez un peu : en Belgique, un impôt de 100% pour une personne ayant un patrimoine supérieur à 2 millions d’euros (ou 4 millions d’euros par ménage) permettrait à l’Etat belge de réinvestir d’un coup 350 milliards d’euros ! Et cela rapporterait ensuite environ 30 milliards par an ! Pour la France, Philippe Richard évoque la somme folle de 1 750 milliards d’euros récupérés grâce à son impôt sur la fortune. 1 750 000 000 000 d’euros ! 

Pour être encore plus pragmatique, on pourrait s’attaquer au problème à la racine en empêchant quiconque de s’enrichir démesurément dès le départ. Maintenant que l’on sait que ni la croissance ni la fortune ne sont infinies et qu’il faut partager, qui peut être contre l’instauration d’un salaire maximum, comme il existe un salaire minimum ?  Cela permettrait d’établir un rapport plus serein et digne à l’argent et empêcherait les fortunes démesurées. Ainsi, plus personne ne se retrouverait sur cette Terre avec des milliards de milliards répartis sur des dizaines de comptes bancaires. Et l’impôt sur la fortune de 100% imaginé par Philippe Richard deviendrait inopérant, et ne pourrait plus être taxé de « confiscatoire » par les ultra-riches, toujours prompts à se plaindre d’être des incompris.

Non la France n’est pas pauvre, non la France n’est pas en crise ni endettée de manière irréversible, non nous ne vivons pas au-dessus de nos moyens, non la Sécurité Sociale n’est pas en danger : il faut juste aller récupérer l’argent là où il est, pour le Bien de tous et de chacun.

Désormais, à vous de jouer : partagez !

 

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Sources :

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/plus-les-riches-sont-riches-moins-la-croissance-est-forte-c-est-le-fmi-qui-le-dit_1690009.html

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/15/les-inegalites-de-revenus-nuisent-a-la-croissance_4654546_3234.html

http://www.humanite.fr/plafonnement-de-lisf-les-francais-remboursent-plus-dun-milliard-aux-ultra-riches-617564

http://www.humanite.fr/les-fortunes-des-ultrariches-demultiplient-les-inegalites-631948

http://www.lalibre.be/economie/libre-entreprise/fraude-la-famille-mulliez-premiere-fortune-de-france-fiscalement-exilee-en-belgique-prise-dans-la-tourmente-57347e3035702a22d74ad28b

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1633681-abolir-le-droit-a-la-fortune-je-travaille-sur-ce-sujet-tabou-et-je-me-sens-bien-seul.html

https://www.marianne.net/economie/bettencourt-arnault-guerlain-le-canard-enchaine-publie-la-liste-des-milliardaires-qui

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20160607.OBS2085/la-liste-secrete-des-50-rescapes-de-l-isf.html

https://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/0212087989518-le-nombre-de-banquiers-millionnaires-en-nette-hausse-en-france-2086997.php#inscription

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