Ce que s’abstiennent de dire ceux qui s’abstiennent

mouton-vote-loup-contre-berger

 

Voici une contribution signée par « une étudiante de 21 ans qui refuse de s’adonner au fatalisme » :

Ah ce p’tit pourri gâté de Macron. Grotesque campagne n’est-ce pas ? Parce que moi aussi, ses sourires aguicheurs me donnent la nausée. Je suis de ceux qui ont défendu la gauche et croient profondément le contraire absolu de ce que prône ce premier de la classe en costard. Je suis de ceux qui s’insurgent chaque jour contre les despotes de la finance, les inégalités, la corruption et tout le tralala. Je suis de ceux qui ont assisté, impuissants et dépités, au discours ahurissant du candidat des banques, qui nous a déballé au soir du premier tour son odieux monologue, sans le moindre complexe. J’ai supporté les dents serrées son flot de « formules de victoires prématurées », sa frivolité indécente à une heure aussi grave. Lui qui nous a balancé sans aucun sentiment d’obscénité que « le peuple de France s’était exprimé » en le choisissant lui. Lui qui pense que la France est une start-up géante, et qu’un sourire bright constitue un critère suffisant pour gouverner. Lui qui ne connaît ni pudeur ni décence, aveuglé par ce qu’il a l’audace de penser être un triomphe électoral.

Ecœurée, ma première réaction a été de me dire « qu’il allait voir ce qu’il allait voir ce p’tit con », et la pensée de sa défaite m’a un temps affublé du rictus de celle qui a « donné une bonne leçon » à l’imbécile qui se croyait invincible. Mais une défaite contre qui ? Ou plutôt, contre quoi ?

A force de voir fleurir sur les réseaux sociaux des odes à l’abstention, après avoir constaté, désemparée, que le FN menait une campagne tristement brillante, écrasant l’indéfectible arrogance de Macron. Je me suis rendue à l’évidence : ce qu’on appelait jadis un parti fasciste est aujourd’hui susceptible d’aller dormir à l’Elysée.

Parce qu’au fond, je n’y avais jamais vraiment cru. La France bleue marine ? Pourquoi pas Trump à la maison Blanche tant qu’on y est ? Je me confortais dans mes convictions, tantôt refusant d’offrir à Macron une victoire fulgurante, tantôt certaine que « les Français allaient bientôt voir le désastre qui suivrait leur choix minable, que si la Le Pen passait, ce serait bien fait pour eux ».

Je m’étais résolue : de toute façon, la révolution conservatrice était déjà en marche depuis belle lurette, portée par celle que les plus droitiers des Français ont sacrée chef de leur faction. Au diable l’empathie, l’égalité homme-femme, la tolérance, ou pire, la cohérence !

Seulement, rationalité oblige, je me suis repassée le programme des deux candidats, ai rouvert mes livres d’Histoire, et ai baissé d’un ton. Oui, ça fait mal à l’ego d’abandonner sa voix à cet affable crétin. Mais le clan Le Pen, ne se limite pas à un parti fasciste, raciste, homophobe, négationniste, antisémite, sexiste, corrompu jusqu’à l’os et fer de lance de l’intolérance. Cela va bien au-delà.

En effet, en plus de s’asseoir sur les Droits de l’Homme et de cracher sur les libertés, ce sinistre parti est un assassin vicieux de la démocratie. Depuis le 23 avril, on ne discute plus du bien-fondé du libéralisme ou du futur du système public. Non. On en est réduits à voter pour ou contre la démocratie. Une réalité certes déplaisante, mais indéniable. Il s’agit de confier les rênes de la République, ou non, à un parti dégoulinant d’obscurantisme qui a fondé sa campagne contre. Contre qui ? Contre les médias, contre la justice, contre l’Europe, contre les musulmans etc. Pernicieux mais efficace.

S’abstenir, ça revient à admettre que l’un ne vaut pas mieux que l’autre. Outre son intolérance pathologique, le FN, c’est aussi la décrédibilisation totale des médias « tous corrompus ».

Comme des relents de Trumpisme…

Et les journalistes agressés physiquement ? Et Marine qui menaçait l’année dernière de faire fermer La voix du Nord en plein direct à la radio parce qu’ils avaient « osé » la critiquer ? Quand on se « refuse à choisir entre la peste et le choléra », n’a-t-on pas légèrement négligé que ce groupuscule de sombres individus se refuse à reconnaître la justice, pire, la remet carrément en cause ! Or les médias et la justice, ce sont justement deux grands piliers de la démocratie, et les fragiliser est ce que des candidats politiques peuvent faire de plus irresponsable, ou devrais-je dire de plus criminel.

Le FN au pouvoir, c’est un adieu aux observateurs, aux juges, pouvoirs indépendants et contre pouvoirs. Adieu protestations et manifestations !

Outre le chaos économique que nous infligerait une sortie de l’euro, ou le mariage avec ces absurdes valeurs patriotardes à deux sous, on a tendance à oublier que dans le package fasciste lepeniste, sont inclues les options « suppression des libertés fondamentales », « affaiblissement des institutions ».

Si l’analogie avec Hitler est trop vieillotte pour les plus « trends » d’entre nous, l’exemple actuel de la « démocratie » turque me paraît assez éloquent en matière de libertés publiques. Les abstentionnistes ont eu beau s’abstenir, protester, les progressistes ont beau exister, Erdogan est bien là, et idées « d’insoumis » ou non, si on n’adhère pas c’est la prison. Pourtant, il est démocrate, si si, j’vous jure.

Non ! Ce n’est pas une vue de l’esprit que de pointer du doigt les dérives autoritaires de ce parti ! Non ! Ce n’est pas faire le jeu « du système » que de voter « utile ». C’est simplement s’élever au-dessus du désordre électoral et crier que : Oui ! La démocratie est ce que nous avons de plus précieux !

Alors allons-y, « délégitimons le vainqueur du deuxième tour » en s’abstenant. Jetons notre bon sens aux ordures au profit de nos idéaux. Il est si probable que Marine Le Pen, une fois élue déclare : « Ah, il y avait pas mal d’abstentionnistes, je ne pense pas être légitime, il faut réorganiser des élections ». Enfin, l’argument du « de toute façon elle passera en 2022 » écaille lui-même la position abstentionniste. Mais qu’est-ce que c’est que ce fatalisme dogmatique ? Depuis quand les phrases commençant par « de toute façon » sont rentrées dans la caste des arguments construits ? En ce qui me concerne, je préfère une supposée Le Pen dans cinq ans que Le Pen tout de suite pour cinq ans.

Ne laissons pas ce sourire carnassier représenter ce qui fût un jour une République. Ne laissons pas nos frustrations gagner la partie. Il ne s’agit pas d’un vote d’adhésion comme l’escompte présomptueusement Macron, mais d’un vote de conscience citoyenne.

Le but de ce billet n’est pas de « taper » sur les abstentionnistes ou de leur rejeter la faute. L’heure n’est pas à chercher des coupables, ni à la division, mais à essayer désespérément de rappeler que rien n’est joué, et que notre futur dépend de notre choix dimanche. Alors aux urnes citoyens !

 

Un commentaire

  1. Sauf que aucunes sources ne démontre que le FN se nourrit de l’abstention ou du vote blanc, ni même que l’extrême droite se nourrisse de cela dans l’histoire c’est même l’inverse l’électorat réactionnaire et fascisant étant souvent très prompt à utiliser le suffrage pour faire surgir ses idées, se faire peur c’est bien mais la réalité est tout autre. https://reporterre.net/Non-l-abstention-ne-favorise-pas-le-Front-national

    Macron n’a pas besoin des voix des abstentionnistes classiques (ceux qui font de cette pratique une habitude) et des abstentionnistes de circonstances (les Insoumis pour beaucoup), le report de voix est largement en sa faveur même chez les supporter de JLM, idem chez les LR qui pour la plupart (hors les excités de sens commun et les ahuris de Dupont Aignant) n’aime pas le FN qui est un vrai adversaires politique pour eux étant en concurrence à droite du champ politique, d’autant plus comme à son habitude le FN se ramasse dans la dernière ligne droite prouvant son amateurisme, (cf le débat risible télévisuel ou Mme Le Pen est passée pour une illuminée).

    Alors oui vous allez me dire « mais la politique c’est pas mathématique et que personne n’avait vu le coup Trump arrivé » ce à quoi je vous répondrait vraiment ?

    Je vois bien l’analogie Trump/Le Pen et sur bien des point elle est cohérente, il est évident que Trump mène une politique d’extrême droite, mais c’est le cas depuis Nixon chez les républicains américains, Reagan, Bush père et fils ne menaient ils pas une politique tout aussi xénophobe et capitaliste échevelée en leur temps (rappel des émeutes de L.A) ?
    Les USA ne sont pas le pays où les idées de gauches sont les plus prégnantes faire de ce pays un laboratoire pour des pays comme le notre, vieux pays au passé marqué par la gauche depuis la Révolution est illogique ici la distinction gauche droite à encore un sens (n’en déplaise à Macron qui va vite s’en rendre compte) et on le voit paradoxalement à cette élection avec les scores élevés de Fillon et de l’autre côté de Mélenchon même si les deux ne sont pas au second tour.
    D’autant plus que le système américain est ce qu’il est, un système vieux de plusieurs siècles fait au temps de l’esclavage et organiser pour des mâles blancs chrétiens, la démocratie directe n’a jamais été leur fort (au point de vu fédérale), comme vous devez le savoir le système de scrutin pour la présidentielle est donc universel uninominal mais indirect avec le système de grands électeurs, dans ce système inégalitaire (puisque certains Etats pèse plus que d’autre en proportion du nombre d’habitant un peu comme des sénatoriales géantes, où une voix ne vaut pas forcément une autre voix).
    Avec ce système effectivement les prévisions basées sur une division du corps électoral ne sont pas forcément pertinente puisque le corps électoral réel (l’ensemble de la population) ne correspond pas au corps des grands électeurs, à cela s’applique le fait qu’il existe un mandat impératif que pour 24 Etats sur 50 (c’est à dire qu’un grand électeur se doit de respecter sa couleur politique), que les Etats ont chacun un code électoral différent.
    On comprend la difficulté de la propective surtout dans un pays comme tous les pays anglo-saxons où les différences entre droite et gauche sont de l’ordre du minime (le pseudo pragmatisme)
    H. Clinton n’a pas été élue n’on pas à cause des fameux abstentionnistes mais bien parce que le système américains est construit pour avantagé les candidats de la réaction ou du conservatisme et qu’aussi elle avait de trop grosse casserole aux fesses pour être crédible en candidat de l’avancée « raciale » et sociale, dans l’histoire des USA seuls des présidents Républicains ont étés élus alors que le vote populaire ne leur était pas acquis, Trump comme Bush étant les derniers sur la liste.

    Quant aux régimes autoritaires à l’EST de chez nous, désolés de le rappeler mais ils sont malheureusement souvent bien plus en résonance avec leur population qu’on veut bien nous le dire, la Russie aime Poutine tout comme la Turquie dans sa grande majorité n’a rien à redire vis à vis d’Erdogan idem en Pologne ou en
    Hongrie, cependant tout ses pays ont un point en commun c’est d’avoir subit de plein fouet les crises économiques de la fin du XXème siècle et du début du XIXème et d’avoir subit des politiques d’ajustements structurels les mêmes que Macron veut appliquer ici atomisant le corps social.

    La démocratie à cela de paradoxale qu’elle arme ses propres ennemies mais c’est aussi cela la démocratie, c’est le conflit permanent car la politique c’est cela, et toute volonté de plier le politique à des injonctions molles comme le vote utile ne peut mener qu’a terme à la monté de l’extrême droite.

    Vous pensez qu’il y’a du fatalisme dans l’abstention moi j’y voit plutôt de l’espoir, l’espoir d’avoir un Président mal élu qui ne pourra se prévaloir aussi facilement des pouvoirs exorbitants de la Vème République impunément, l’espoir des législatives qui par le truchement des révisions constitutionnelles à fait correspondre les deux grandes élections françaises, les présidentielles ne sont qu’un galop d’essai seules les législatives donnent la réalité du pouvoir, s’abstenir au législatives seraient là effectivement de mon point de vue de gauche, une faute grave mais la présidentielle n’a pas besoin de nous pour donner son verdict.

    Le FN du moins pour cette élection n’a aucune chance d’accédé au pouvoir et même pire que cela les législatives arrivant, il risque d’être dessus de son nombre de députés, le système n’aidant pas les partis clivant lors de ce scrutin (pas de proportionnelle).

    Et je le répète Macron porte en lui les raisons de la monté du FN ne pas le voir c’est soit être naïf soit être hypocrite.
    Alors je comprend un peu vos peurs mais non l’abstention n’est pas un marche pied pour le FN et c’est un français racisé qui vous le dit.

    je finirai par redire que le vote est un droit qui se définit en France par son côté universel, égal, libre et secret, je répète LIBRE.
    Un étudiant de 27 ans qui refuse qu’on le traite de fataliste.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas utilisé à des fins commerciales. Champs obligatoires *

*