CAP22 : Macron veut (encore) creuser les inégalités pour faire des « économies »

Depuis 30 ans, depuis que l’intégration économique européenne est devenue primordiale en fait, les gouvernants n’ont plus qu’un mot à la bouche : il faut faire des économies, il faut se serrer la ceinture, il faut goûter à une cure d’austérité. Même quand les crises sont déclenchées par les marchés financiers, même quand les ménages croulent sous les dettes, même quand 90% des économistes – même les plus libéraux – assurent que dans une période de récession telle qu’on l’a connue entre 2007 et 2017, il faut mener des politiques keynésiennes, les technocrates de l’UE sont inflexibles : il faut appliquer la solution austéritaire, coûte que coûte ! Il n’y a pas d’alternative !

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Macron a beau avoir été élu en surfant sur la vague du changement, il incarne parfaitement cette résolution de l’austérité à tout prix. Alors, l’An I de son mandat a consisté à raboter un peu partout pour « équilibrer » le budget français. Attention : quand je dis un peu partout, il a tenu à soigneusement améliorer la situation des plus privilégiés (bye bye l’ISF et l’Exit Tax), et s’est donc évertué à réduire les dépenses publiques, fragilisant davantage les plus pauvres du pays.

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C’est ainsi que se sont succédées de nombreuses annonces, telles que la hausse de la CSG, la baisse des APL, la « rationalisation » de l’hôpital, de la justice ou du Parlement (quand vous lisez « rationalisation », comprenez « coupe budgétaire »), la privatisation future du rail, la baisse du nombre de professeurs recrutés, le durcissement du contrôle des chômeurs, etc.

Mais ce n’est pas terminé !

Pour fêter dignement l’An II de son règne, Macron le libéral convaincu prépare un plan encore plus explosif, baptisé « CAP22 », pour Comité d’Action Publique pour 2022. Dans ce rapport réalisé par un panel d’économistes qu’on imagine tous marxistes soumis à la sacro-sainte Loi du Marché, il faut « mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée ». Sauf que comme toujours dans ce genre de cas, on peut faire dire ce que l’on veut à « l’efficacité » d’une politique, surtout quand on ne l’analyse que sous l’angle économique, alors qu’on sait bien que les actions de l’Etat (prestations sociales, services publics) n’ont pas pour objectifs d’être rentables mais de favoriser l’égalité, le bien-être et, à terme, la cohésion sociale. Et qu’un pays où règne la cohésion sociale est bien plus efficace, à tout point de vue, même du point de vue économique…

Malheureusement, le temps économique est un temps très court, et les bienfaits à long terme, on ne les prend plus en compte : et Macron est parfaitement dans ce cadre de pensée : « il n’y a pas d’alternative » à la loi du marché, pas même la justice sociale, pas même la démocratie.

Le plan CAP22 prévoit donc :

Hôpital : de faire des économies de 5 milliards d’euros sur l’hôpital : sauf que dans la novlangue actuelle, on parle de « réforme de l’organisation du système de soins ». Il faudra quand même nous expliquer comment on ampute l’hôpital de 5 milliards sans réduire les effectifs et sans mettre en péril la santé des patients. Ah si, on va augmenter l’offre de soins privés, en creusant le fossé entre riches et pauvres !
Impôts : de simplifier le système de recouvrement afin de faire 1 milliards d’économies. Ce qui signifiera moins d’agents à Bercy, et ce sont les exilés et les fraudeurs fiscaux qui se frottent les mains ! Macron, à jamais Président des riches !
Aides Publiques : de couper dans les niches fiscales inefficaces à hauteur de 5 milliards d’euros, comme la TVA à taux réduit dont bénéficie la restauration ou le bâtiment (c’est le consommateur qui va payer la différence), ou encore les aides à l’innovation, ou bien celles liées à la transition énergétique (on en a fini de « make our planet great again », l’écologie on s’en tape chez En Marche). Bizarrement, rien concernant les aides publiques des entreprises, qu’on a aidées sans contreparties pour des résultats quasi inexistants (coucou le CICE).
Chômage : de mettre en concurrence Pôle Emploi avec d’autres structures (privées, évidemment) afin qu’un Pôle Emploi aux effectifs réduits se concentre sur les chômeurs les plus en difficulté (économie de 350 millions d’euros) : là aussi, on peut voir que cela risque de créer une inégalité dans la recherche d’emploi, mais bon, on est plus à une inégalité près…
Fonctionnariat : d’assouplir le statut de fonctionnaire (un vieux rêve libéral) afin de faciliter les évolutions entre les trois fonctions publiques (Etat, territoriale et hospitalière). Ce qui va permettre de les rendre plus flexibles, plus malléables, et donc repousser le recrutement de nouveaux fonctionnaires (notamment à l’hôpital) alors que le besoin s’en fait cruellement sentir.
Audiovisuel : de recentrer l’offre audiovisuelle publique sur deux chaînes, France 2 et France 3 (économie de 400 millions d’euros). Verra-t-on pour autant le prix de la redevance télé diminuer ? Rien n’est moins sûr. Et puis, quelle belle décision pour renforcer les parts de marché des milliardaires détenteurs de groupes de presse.

Vraiment, ne changez rien, on se rapproche tout doucement d’un Etat autoritaire sans faire de vagues

Voilà la face émergée de l’iceberg. De nombreuses autres solutions pourraient être finalement mises en place, et pas les plus consensuelles, on s’en doute (sinon, elles seraient sorties parmi celles-ci pour être testées auprès des citoyens)…

Bilan : Macron s’est vendu comme un candidat moderne, lorgnant sur les systèmes scandinaves pour se faire élire, des systèmes où la redistribution est forte, où les inégalités sont faibles, où le capitalisme est maîtrisé au profit d’un développement plus social et environnemental, favorisant donc les porte-monnaie et le bien-être des travailleurs et les modestes.
Mais Macron, en réalité, applique les politiques les plus libérales, inspirées des systèmes anglo-saxons, pays où les inégalités sont les plus fortes, et où la solidarité est réduite à peau de chagrin, où seuls les plus démunis bénéficient d’une aide minimale, les autres devant simplement se battre pour survivre, comme au XIXème siècle.

Sans compter sur les velléités anti-démocratiques d’un Macron qui, en plus d’utiliser des barbouzes pour supplanter le travail policier et criminaliser ceux qui résistent à sa politique, brille par la verticalité de son Pouvoir, son désir de réduire le rôle du Parlement, le fait d’avoir inscrit l’Etat d’urgence dans la Constitution et son odieuse Loi contre les Fake News…

Si vous aussi vous voulez d’un monde où les taux de pauvreté explosent, où il faut faire deux jobs pour s’en sortir, où vous pourriez travailler jusqu’à 85 ans, où les soins médicaux, l’éducation, la justice coûtent un bras et où les mots « loi » ou « démocratie » sont encore plus creux qu’aujourd’hui, ne faites rien, et continuez de célébrer Macron.

Les autres, vous êtes fortement invités à sortir de la léthargie post-Coupe du Monde et à vous battre pour vos/nos acquis !

 

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Un commentaire

  1. Contente de voir que votre site a été rouvert. Je suis d’accord avec votre article, et c’est bien que de temps en temps on nous rappelle que Macron est de droite. Je pense pourtant que l’impunité de la classe exploitante vient de la faiblesse extrême de la classe exploitée. Nous en sommes réduits à lutter de moins en moins efficacement contre les attaques, nous ne proposons plus, comme si nous-mêmes ne croyions plus qu’un monde meilleur est possible. Nous nous divisons pour des raisons parfois futiles, alors qu’eux sont unis. C’est génial de voir toutes ces initiatives qui se créent notamment au niveau de la presse et d’Internet et pour le coup là il y a de réelles collaborations qui se mettent en place. Mais du côté des luttes sociales il y a un échec (la ZAD, les hôpitaux, la poste, la SNCF…). Que faire?

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