Au Portugal, prendre l’UE à contre-pied, ça fonctionne !

En 2007, il y a eu la crise, leur crise. Une crise du système économique capitaliste, une crise liée à la libéralisation – sans limite – de la finance. Une crise causée par les banques, banques que les Etats ont fini par sauver avec NOTRE argent, en s’endettant.

Et depuis, on nous demande de rembourser pour ces déficits qui s’aggravent, du fait de leur crise. Pour cette dette qui grossit. Pour ce chômage qui s’est creusé, du fait de leur crise, et de leurs préférence pour le capital plutôt que pour le travail. Cela fait 10 ans qu’on applique des politiques d’austérité, au sein de l’UE notamment. On aurait vécu au-dessus de nos moyens, nous, qui avons subi le ralentissement économique, les fermetures, les licenciements, le chômage. On devrait continuer les efforts, perdre en pouvoir d’achat, et voir, au contraire, les entreprises bénéficier de cadeaux sur cadeaux pour, soi-disant, embaucher plus librement.

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C’est le modèle imposé par une UE économique, et 100% libérale. Mais… un petit pays a décidé de n’en faire qu’à sa tête TOUT EN ETANT dans l’UE (au contraire de l’Islande) ; et contre toute attente, ça fonctionne !

L’austérité tue, il faut faire l’exact inverse !

Au Portugal, le gouvernement de coalition des gauches (composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du « Bloco de esquerda », le bloc de gauche dite radicale), au pouvoir depuis 2 ans, renverse tous les pronostics économiques en menant l’exact inverse de ce qui est professé par les technocrates de Bruxelles. Là-bas, on a décidé de mener une politique de relance, keynésienne (un programme économique proche de celui que proposait la France Insoumise) : le gouvernement précédent, appliquant à la lettre les prérogatives de l’UE (comme notre cher Macron, soit dit en passant), avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui avait eu pour seul impact de faire exploser les taux de pauvreté et de précarité dans le pays. Le seul « avantage » de ces politiques : les investisseurs, actionnaires, financiers, etc. y trouvent leur compte, car tant que l’inflation est maintenue au plus bas, le montant de leurs investissement reste stable, tandis qu’avec une relance économique, ce montant baisse mécaniquement… mais ça, chut, il ne faut pas le dire.

Qu’a décidé de faire le nouveau gouvernement ?

« La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs » a commencé par affirmer le nouveau Premier Ministre,  António Costa.

Face à ce constat, les actions à mener sont simples. La coalition de gauche a :
– augmenté le SMIC en 2016, puis en 2017 (même si elle a baissé les cotisations, ce qui n’a rien de solidaire et qui doit être dénoncé…) d’environ 10% (de 505 à 557 euros)
– augmenté les retraites (pas de chantage à la CSG là-bas)
– augmenté les allocations familiales
– baissé les impôts pour les salariés les plus modestes
– stoppé le processus de privatisation des différents services publics (aaaah, si seulement…) et des projets d’infrastructure
– supprimé les coupes dans le budget alloué aux fonctionnaires
– renforcé le droit du travail (tiens, tout l’inverse de ce que fait Macron : serait-il de droite, en fait ?)
– décidé de passer aux 35 heures
– décidé de soutenir et renforcer le secteur industriel (automobile, textile) sur le sol portugais ce qui a fait revenir de nombreuses entreprises qui avaient été délocalisées en Europe de l’Est ou ailleurs.

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Les résultats sont positifs, économiquement mais surtout socialement

Toutes ces mesures, pourtant en totale contradiction avec les plans de Bruxelles, ont permis de faire passer le chômage de 14,4% en 2014 à 9% environ en 2017, et les spécialistes envisagent qu’il puisse descendre à 7% d’ici 2019 ! Tout en baissant son déficit, qui est passé de 3,4 à 2,1% en deux ans, et qui devrait être de 1,5% cette année (celui de la France est double, merci la crise financière, et merci l’austérité, car rien de tout cela n’est de la faute des services publics) !

Le phénomène économique et social portugais semble quasiment inimaginable, au vu de ce qu’il se passe en Europe depuis 10 ans.

Résultat : grâce à cette politique active du gouvernement (qui n’attend pas vainement que le marché règle tous les soucis qu’il crée, comme « par magie »), le PIB portugais a progressé de 2,5% en 2017, contre 1,5% en France. Mais le PIB est un indicateur faible, car uniquement quantitatif, et pas qualitatif.

Ce qui est admirable dans cet exemple portugais, c’est que la hausse du PIB va de pair avec une hausse réelle des conditions d’existence de la majorité de la population. Ce qu’on ne peut pas dire pour la France et tous les pays appliquant une politique ultra-libérale, et où la grande majorité des richesses créées (et qui sont en augmentation) sont captées par les ultra-riches.

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Il faut aussi souligner que le Portugal se distingue par sa politique de lutte contre la drogue. Plutôt que de combattre les drogués, le pays s’est plutôt attaqué à ses causes. Dit autrement, il s’est attaché à placer les drogués dans un environnement positif avec des personnes en bonne santé, plutôt que de les stigmatiser. Plus spécifiquement, le gouvernement a agi en dépénalisant la consommation de drogue et en investissant pour créer des logements, des emplois et des cliniques pour les junkies. Le bilan est plus que satisfaisant : il y a 15 ans, plus d’1% de la population portugaise (c’est énorme) était en situation d’addiction à l’héroïne. Depuis, la consommation de drogue par intraveineuse a diminué de 50% !

Enfin, le Portugal est à la pointe en ce qui concerne la croissance verte (pas idéale, mais plus respectueuse de l’environnement malgré tout) : en 2016, 28,5 % de la consommation finale brute d’énergie des Lusitaniens étaient une consommation en énergie verte, selon Eurostat. La France, elle, stagne à 16%. L’énergie hydraulique et l’éolien sont les fers de lance de cette politique. Le seul bémol reste le stockage ou l’exportation de l’énergie produite, qui en réalité, est suffisante pour couvrir tous les besoins du pays ! Certains autres pays ont un sacré retard sur ce sujet (#MakeOurBullshitGreatAgain).

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Ce qu’il manque encore…

Se battre pour une vraie démocratie, réelle, avec un vote raisonné, basé sur un programme et pas sur un nom, avec une pression suffisante pour que le candidat applique réellement ce programme (la révocation des élus est évidemment un bon outil), avec le non cumul des mandats, la déprofessionnalisation de la politique, etc. C’est ce qui manquerait encore pour que ce pays qui remet l’humain en avant, le social et l’écologique en avant (et remet donc l’économique à sa place), devienne véritablement un lieu d’exception, un lieu-modèle où peuvent se construire les alternatives solidaires sereinement.

L’exemple est là, à lire, à expérimenter, à rechercher. Suivons-le. Prenons-là à contre-pied, cette UE !

 

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Sources :
– https://www.politis.fr/articles/2017/10/le-pari-novateur-du-portugal-37732/
– https://www.huffingtonpost.fr/pascal-de-lima/l-insolente-croissance-du-portugal-inflige-un-camouflet-au-culte-de-l-austerite-de-merkel-et-bruxelles_a_23336858/
– http://www.leparisien.fr/environnement/le-portugal-n-a-carbure-qu-a-l-energie-verte-pendant-pres-de-six-jours-06-04-2018-7650243.php
– https://www.francetvinfo.fr/sante/drogue-addictions/cannabis/au-portugal-la-depenalisation-des-drogues-est-un-succes_2511975.html

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