Anarchie et décroissance : réflexion globale pour sortir du capitalisme (2)

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Partie 2 : la décroissance, le chemin le plus court vers l’anarchie ?

Lire la partie 1 : sur les traces d’une anarchie pacifique et universelle ?

Contrairement à ce que tous les technocrates en costumes qui passent à la télé voudraient vous faire croire, c’est bien le fantasme de la croissance qui entraîne le fameux (et supposé) passage obligé à l’austérité. Ce sont les mensonges sur la crise économique et les vols avérés des banques qui entrainent les crises sociales actuelles. Et pas l’inverse.

Le monde dans sa globalité n’a jamais été aussi riche et les injustices aussi criantes. Le capitalisme triomphant est un fantasme pour la majorité. La croissance est un fantasme pour la majorité, qui ne voit jamais sa situation croitre. On fait tout pour nous empêcher de penser à d’autres système, on nous affirme que celui-ci est le meilleur. Mais pour le moment, on n’a pas non plus la preuve que d’autres systèmes fonctionneraient plus mal !

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Alors, me demanderez-vous, existe-t-il un système qui ne se baserait plus sur le mythe de la croissance infinie ? Et je vous répondrais que oui.

La décroissance a très souvent mauvaise presse, souvent à tort, parfois à raison. Et pourtant.

Écologie et décroissance

La croissance vous rend-elle heureux ? Ne répondez pas oui sans réfléchir, je sais que non ! Il suffit de voir l’insatisfaction des citadins des grandes villes – ceux qui vivent et subissent de plein fouet la grande illusion de la croissance – pour se rendre compte de la supercherie.

Les citadins ? Pour ceux qui ont la chance d’avoir famille, amis, travail et logement (et ils sont de moins en moins nombreux à avoir ce combo gagnant), ils pourraient vous dire qu’ils sont heureux. Mais si vous creusez, que voyez vous ?

Beaucoup de fatigue et de déprime, des heures de transports (et d’énervement) chaque jour, un travail rarement exaltant, toujours sous-qualifié et sous-payé, de la pression patronale, de la malbouffe – du resto d’entreprise au McDo – car il faut se dépêcher de manger et produire, produire. Manger et dormir sont devenus des besoins secondaires, presque des luxes. On les déconsidère. On loue la qualité ou la vitesse des Picard et fast-food, on critique les paysans autonomes qui ne votent pas FNSEA et veulent maintenir une diversité dans l’alimentation.

On est perdu, on a perdu notre nature. Le temps entier se concentre dans le temps économique. Nous sommes devenus les objets de notre propre surconsommation !

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Quoi d’autre ? Les exemples sont légions pourtant, creusez-vous la tête ! Pour réellement croire en un certain bonheur, les échappatoires de ces citadins surchargés par une société de consommation qui ne les laisse jamais tranquilles sont pléthores et rarement sains : les médicaments se consomment plus volontiers que les fruits ; cigarettes, alcool et drogues en tous genre sont monnaies courantes (aujourd’hui, on meurt plus souvent par overdose de médocs ou d’héroïne aux USA plutôt qu’à cause d’un accident de voitures). Il y a aussi la fameuse télévision : elle représente un horizon pour « déconnecter » (mais qui est réellement connecté à la vie, de nos jours, en ville ?) tout comme Facebook et les réseaux sociaux, les jeux vidéo ou les applis sur smartphone. Dans les transports, la musique (abrutissante ou pas, là n’est pas la question) et les terminaux mobiles assurent aux gens une solitude et un enfermement, maximal. Super !

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Bref, la société de consommation en général permet aux urbains de continuer à penser qu’ils sont heureux. Mais n’y a-t-il pas un souci lorsque la satisfaction de votre journée passe par l’achat d’un nouveau pull et la solitude d’un jeu aux pixels de moins en moins visibles ?

La consommation de biens et services et ses différentes échappatoires masquent un vrai désespoir que l’on note lorsqu’on demande aux gens s’ils aiment « ne rien faire ». La réponse est non, « évidemment ». Ne rien faire, être inactif, c’est être ramené à sa condition réelle, sa condition d’humain, seul, lent, déconnecté… Mortel ! Eh oui, ça fait peur à l’urbain et à l’homme en général.

Le changement politique passera par un changement social. Et le changement social n’est rien d’autre qu’un changement de comportement, d’individu en individu, individu par individu jusqu’à représenter le collectif. Pourquoi personne ne veut réellement de changement ? Car personne n’accepte de faire face à son propre désespoir, à sa propre solitude, même si c’est pour un bonheur à long terme. L’homme de la société de consommation ne sait plus considérer le long terme, et pourtant… C’est le seul moyen d’imaginer des évolutions positives d’envergure !

En ce sens, j’ai fait un rêve (comme beaucoup de gens avant moi) qui ne fera certainement pas rêver tout le monde. Mon rêve, c’est que le monde de demain sera –  ou plutôt devra être – écologique et décroissant. Certes, la décroissance n’est pas un système en tant que tel. C’est une déconstruction du système actuel. En cela, c’est imparfait. Mais c’est déjà un chemin très positif, croyez-le !

La décroissance positive, une résistance active au système !

En respectant chaque être humain et chaque composante de la Nature, ce monde décroissant devra faire entrer l’humanité dans une ère de post-surconsommation : recyclage, obsolescence déprogrammée, circuits d’alimentation courts et sains (locaux et bio, comme les Amap) permettant de faire vivre de nombreuses petites exploitations à taille humaine. Les petites fermes et agricultures à taille humaine et locales entraineront d’elles-mêmes une limitation des consommations de viandes et de poissons, une baisse de la consommation et de la pollution de l’eau, des écosystèmes plus riches (et donc moins d’inondations), etc.

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La re-création d’usines locales et autogérées entraînera aussi une diminution de la consommation d’objets manufacturés, car ils seront plus chers (mais de meilleure qualité). Achetez, achetez ! Acheter ? Terminé, ce paradigme. On s’en fichera de la mode, elle ne sera plus la même partout, donc par définition, elle ne se démodera plus… Mieux, ceux qui aiment la mode – réellement – pourront enfin devenir créateur et non plus suiveur car dans une société décentralisée, dé-hiérarchisée, il n’y aura plus de modèle unique, de référence unique, de pensée unique (que tout le monde critique mais à laquelle personne ne s’oppose réellement) !

L’exode urbain deviendra une fatalité heureuse, car qui peut se satisfaire à l’idée de faire bientôt 3 ou 4h de transports par jour pour aller travailler pour un patron qui fait son bénéfice mais paie des clopinettes… Ce temps semble déjà tellement révolu.

Dans un système plus sain et donc décroissant (la nature nous le demande), le salariat n’est plus le seul horizon indépassable, et même le travail n’est plus la seule façon de l’homme pour se réaliser. Plus on sortira de cette société de consommation imbécile dans laquelle nous sommes plongés, plus l’homme pourra être remplacé par la machine afin de ne plus effectuer ces métiers contraignants et répétitifs.

On le sait depuis des décennies, l’automatisation des tâches par les machines et l’intellectualisation des masses entraine un problème structurel de chômage, que Marx avait déjà vu il y a plus de cent ans. La logique naturelle des choses est de travailler moins – beaucoup moins – pour recréer du lien et de l’humain. Car on a beau nous bassiner à longueur de journée avec la crise économique, la vraie crise actuelle est humaine, et tout est lié !

Qui dit moins de travail tel qu’on le conçoit aujourd’hui, avec son marché, ses salaires, ses horaires, son chômage, dit plus de temps : dans notre monde actuel, le temps fait peur, il est synonyme de vide (de mort ?), il doit être comblé par tous les moyens.

Ouf ! Dans un monde de post-consommation, il y aura toujours du travail mais aussi du temps pour des activités, et pour tout le monde. En effet, chaque localité pourra redévelopper à son échelle une vie globale et viable. Le temps de travail sera divisé et reparti selon les possibilités et les envies de chacun, tant que l’on considérera (tous ensemble), que chacun apporte sa pierre à la collectivité.

Le temps libre servira aussi à la collectivité, pour échanger poétiquement, politiquement, apprendre de l’autre, jouer d’un instrument, jardiner, lire, danser, jouer, continuer à tisser cet art de créer du lien, sans pression ni contraintes. Le travail au sens actuel du terme avec salaire et patron n’occupera plus beaucoup de temps (et de moins en moins) mais il y aura quand même du pain sur la planche ! Revenir au travail manuel, au travail artistique et artisanal n’est pas une régression mais bien le rétablissement d’un équilibre dans notre société, qui court, oui, mais qui court nulle part, donc à sa perte.

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Cela pourrait bien être la possibilité d’enfin devenir des humains intégrés, parfaitement conscients de ce que nous sommes. Politisés, réellement. Éduqués, réellement. Passionnés, réellement.

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Petite stat : Un potager de 20x20m bien organisé (en faisant de la permaculture par exemple) suffit à nourrir 3-4 personnes. Plutôt que d’aller donner son argent à des vendeurs de mort comme Monsanto, ce n’est pas mal de se remettre à travailler un petit lopin de terre, non ?

De même, et c’est là encore un excellent moyen d’essouffler encore plus vite ce système qui nous fait courir à notre perte, les monnaies locales gagnent à être développées.
Prochainement, nos vautours de financiers et banquiers risquent de dévaluer les monnaies pour couvrir leurs vols et de nous arnaquer de nos rares économies (attention à vos assurances vie). Comment parer cette perte ?

Ce serait possible si dans chaque ville, on développait une monnaie locale nous permettant de continuer à vivre avec une valeur que l’on jugulerait nous-mêmes, entre commerçants et acheteurs, entre voisins et amis, entre citoyens, tout simplement. Cette monnaie serait notre, on la contrôlerait entièrement, et elles nous permettrait de continuer à faire nos courses et à vivre notre vie entre nous, sans personne pour nous contrôler et nous soumettre à cette dictature de la crise, de la dette, de la croissance.

A réfléchir, chers amis.

Le capitalisme sent venir le danger

La décroissance a déjà commencé. Notamment dans les pays dont la croissance semble (à tort, les riches continuent de s’augmenter chaque année) totalement freinée depuis quelques années.

Des jeunes partent construire leur monde, vivre leur réalité. Pas d’autarcie (attention à ne pas se laisser embarquer par le vocabulaire du système, car il modifie notre perception des réalités). Pas d’autarcie donc, mais une vraie autonomie. Tout le contraire de notre vie actuelle finalement, où l’autarcie est une réalité de plus en plus présente même en pleine ville, tandis que notre autonomie nous est peu à peu retirée.

En effet, le système actuel a bien peur du phénomène et il tente de nous priver de toute autonomie, déjà maintenant.

Construire une yourte sur son propre terrain. Interdit, sauf à de multiples conditions. Utiliser des semences libres. De plus en plus compliqué. Vivre de ses propres cultures. D’accord mais à condition de ne pas être revendeur… Aller habiter chez l’habitant. Moui, sauf si ça affaiblit ceux qui gagnent de l’argent comme cela. Faire du covoiturage. Moui, mais avec des règles, pour ne pas gêner le business de la SNCF. Pareil pour les courses et les taxis…

Bref, tout est fait pour que la population passe par les circuits validés par l’État, alors même que les grands groupes comme Nestlé ou Monsanto font ce qu’ils veulent avec les brevets, notre santé et les impôts (vive la défiscalisation) et que les hypermarchés sont des arnaqueurs de première classe. Sans parler de cette mondialisation qui permet aux multinationales d’aller violer le droit du travail ailleurs, et de détruire les écosystèmes et les populations, ailleurs. Entre voyous, on se sert les coudes.

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Dans l’éducation aussi, les boulons se resserrent et en plus des cours de français et d’histoire bien contrôlés pour nous apprendre l’histoire officielle, l’éducation civique qui nous demande de bien apprendre (sans remettre en cause) le système politique et la philosophie qui tend à disparaitre, on vient ajouter des cours de morale (laïque) censés dicter le Bien et le Mal selon le bon vouloir du système… Heureusement tout de même que nous avons de nombreux enseignants de qualité et pas dupes. Car globalement, on est mal.

Après tout ça, on peut légitimement se dire que si l’autonomie est à ce point-là combattue, c’est qu’elle représente un réel danger pour l’autorité. C’est donc par là qu’il faut creuser, semble-t-il.

Aux critiques de la décroissance

La décroissance est – ou devient – l’un des courants de pensée en opposition au capitalisme ultra-libéral le plus concret. Il compte donc comme adversaires les partis du pouvoir, gauche, droite et extrême droite. Mais ce n’est pas tout.

Dans les cercles d’extrême gauche ou anarchistes également (même chez ceux qui s’opposent réellement au système), souvent fortement attachés aux idées de luttes de classe et de révolution, la décroissance est vue comme une sorte de pacte avec le diable, d’évolution molle ne proposant pas de sortir du capitalisme, mais de le modérer, de le faire évoluer sans le combattre frontalement.

C’est relativement vrai mais considérons 5 minutes qu’une révolution de classes tant espérée éclate et dure assez pour faire tomber le système (politique et économique) actuel.

Qui, vivant depuis sa naissance dans la société de consommation, a suffisamment appris à désapprendre et à évoluer hors de la matrice ? Qui saurait faire face à une situation de chaos, d’incertitudes et d’insécurité généralisées ? Qui saurait s’organiser et fédérer ? Qui aurait en tête les étapes vers une société plus juste et libre et saurait les transmettre ? Très peu de gens.

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Trop peu de gens. Et des gens peut-être beaucoup trop enfermés dans une vision idéale de la politique pour proposer quelque chose d’universel. Alors, il y aura de trop nombreux mécontents et profitant de cela, d’autres obsédés du pouvoir reprendraient bien vite le contrôle des masses à coups de phrases bien faites et de diktat de la peur. La plupart des révolutions ont mal tourné, justement à cause de cela.

Une vraie révolution, notamment anarchiste, doit se faire sans la volonté de prendre le pouvoir, selon moi (c’est la pensée d’un certain J. Holloway, historien et très proche du mouvement zapatiste).

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Alors, la décroissance et les actions personnelles et collectives qu’elle implique semblent être une bonne base pour re-conscientiser les masses, magnétisées par la société de consommation et de divertissement. Ce retour au local et au vital serait un processus d’apprentissage et d’évolution personnelle compatible avec les notions « nobles » défendues par les amoureux de la justice sociale, de la liberté, et du bien être de chacun et de tous. La décroissance : un chemin, un processus, une nouvelle étape.

L’anarchie défend une société sans hiérarchie, une organisation sociale qui fonctionne par une évolution constante et totale (tout le contraire d’un « système », qui est par essence défini et stable). Ne peut-on pas imaginer une décroissance orientée vers ces valeurs, tendant vers cet idéal ?

On nous demande toujours à nous, utopistes, d’être dans la réalité, de proposer du concret. Voici une réalité envisageable, selon moi. Les portes de sortie au capitalisme sont rares. C’est une bouffée d’oxygène d’en trouver une déjà entrouverte. Poussons la porte, poussons les murs, changeons…

 

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Source : certaines images sont empruntées au site decroissance.org

3 commentaires

  1. Très bon article(s) ,le premier que je lis liant très bien le concept anarchiste aux principes de la décroissance, Je suis globalement d’accord avec tout ce qui est dit (hormis quelques broutilles mais c’est normal). Seul petit bémol ,l’absence de sources pour certaines affirmations ou ça serait nécessaire ( p.ex des données scientifiques ) .Cependant je n’ai pas fouiller partout et il est tard il se peut que je n’ai pas vu .
    Une source qui intéresserait beaucoup est celle sur la productivité d’un potager de 20×20 , elle me serait très utile !!!
    Merci et bonne continuation

  2. Salut l’Indigné, bravo pour cet article . Moi-même décroissant, j’apporterai une ou deux précisions si tu le permets.
    De gauche radicale, la décroissance sort en effet de la lutte des classes et n’est pas révolutionnaire mais elle combat avec force le capitalisme! Elle a ce point commun (entre autres) avec l’anarchie qu’elle se désintéresse du pouvoir mais si elle ne propose pas de révolution c’est pour ne pas risquer de sombrer dans une dictature écologiste.
    La radicalité de ses propositions ne peut être imposée aux peuples, c’est par l’éducation que l’on changera les imaginaires. L’intoxication consumériste est telle que seul un sevrage habile nous sortira de l’impasse, par une prise de conscience indispensable. Car sinon seul un pouvoir autoritaire pourrait imposer des mesures décroissantes et nous sommes bien trop attachés à la démocratie (et plutôt directe que représentative!) pour en prendre le risque. Les échecs du socialisme doivent servir de leçon.
    Bonne continuation, Pascal

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