6 ingrédients pour un mouvement social réussi !

Pour que les mobilisations qui secouent la France un peu partout en ce moment se transforment en un vrai mouvement social d’envergure, capable d’entamer un rapport de force – gagnant – face au gouvernement, plusieurs ingrédients manquent encore… Tant dans l’opposition frontale, que dans la proposition d’alternatives. 

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Dans le NON

Que la contestation dure dans le temps

Macron a fait fort : en engageant de multiples réformes violente de concert, il a réussi à se mettre à dos les cheminots, le personnel hospitalier, les professeurs, les lycéens et étudiants, les militants écologistes et radicaux… Mais ce n’est pas encore suffisant.

Et surtout, il faut que ces luttes durent dans le temps : comme au XIXème siècle, époque de Germinal où ont été inventées les premières « caisses de grève » pour permettre aux prolétaires de faire la grève sans mourir de faim, la collecte pour soutenir les cheminots en grève (ayant récolté plus d’un milllion d’euros) est un bon moyen de donner de la force à ceux qui se privent de salaire pour une cause plus grande qu’eux. Mais il manque aussi des acteurs-clé pour transformer la petite fiesta en énorme chouille !

Que les routiers se joignent au cortège

Les routiers ne doivent pas voir la résistance du rail comme contradictoire avec leur cause, mais plutôt comme une volonté d’émancipation de la part d’un monde du travail toujours plus pressé, pour être efficace, rentable, productif. Et ça, ça les concerne aussi ! Ils sont donc bienvenus dans le mouvement. Leur soutien est même nécessaire. C’est grâce à eux que, généralement, s’initie le blocage des routes, et mieux encore, les blocages des dépôts alimentaires et des sites pétroliers : les meilleurs arguments pour faire plier un gouvernement !

Que les ruraux, les banlieusards, les immigrés, etc. se joignent au combat 

Les ZAD sont des lieux de résistance qui s’autoproclament affranchis des règles du capitalisme, des règles du tout-économique, de la concurrence, de la rentabilité et du profit. Et ce sont ces règles de rentabilité et de profit qui ont fait de notre agriculture un agrobusiness, basé sur de grandes exploitations de monocultures, faisant vivre un minimum de personnes pour une rentabilité maximale… Evidemment, tant au niveau écologique qu’alimentaire et sanitaire, ce n’est pas ce que nous souhaitons. Il y a donc urgence à proposer un autre modèle agricole, pour un autre rapport à l’alimentation et à la santé.

De la même manière, nos banlieues sont abandonnées par les autorités, tout comme ceux qui y vivent : c’est un choix politique. Cela permet de créer des clivages, car on les invente – dans les médias – comme des zones aux mille dangers, avec des populations qui ne « voudraient pas s’intégrer », où la violence et l’intolérance y seraient monnaie courante. Et pourtant. La banlieue, les banlieues, sont des lieux de fraternité, d’entraide, bien moins communautaires que le XVIème arrondissement de Paris ou que les petites villes de campagne, puisque s’y côtoient des dizaines de manière d’être et de vivre. Ce qui différencie surtout la banlieue d’autres parties du territoire, c’est les manques de moyens : économique (les taux de chômage y sont très forts), éducatifs, en termes d’infrastructures, etc. Là encore, il y a un combat à mener, pour plus de reconnaissance, pour plus de dignité, pour plus d’égalité, mais aussi pour le droit à la différence. Là encore, ce combat est complémentaire avec celui qui est mené par tous ceux qui combattent le capitalisme et son corollaire culturel (notamment la société de consommation de masse), vu comme l’unique chemin à suivre pour (tous) les peuples !

Qu’on réalise, enfin, une véritable CONVERGENCE des luttes, de toutes les luttes

Car le capitalisme est un ennemi à mille têtes, qu’il est partout, il ne peut se combattre que structurellement, partout : des campagnes délaissées aux banlieues abandonnées, en passant par la ville boursouflée ;  du monde de la maternelle au monde du travail, en passant par le primaire, le secondaire, l’universitaire et les grandes écoles ; des associations à but social aux grands hôpitaux nationaux, en passant par le fonctionnement privatisé de la santé ; de la route aux rails ; des champs et de la logique de leur exploitation, à nos assiettes et à notre bien-être ; des entreprises, usines et autres moyens de production, et de leur organisation, afin que le fait de travailler ne rime plus avec soumission, mais plutôt avec volonté, voire passion ; de la lutte pour notre terre, notre eau et notre air ; de la logique d’avoir des maires, un Président, des députés ou des sénateurs nous retirant NOTRE pouvoir de décision, plutôt que de pouvoir réellement penser, agir, politiquement, en toute légalité ; de notre police qui assassine trop souvent, de notre justice qui n’applique pas la même peine aux cols blancs et aux cols bleus (surtout ceux des minorités), de nos médias qui ont tendance à désinformer de par leur fonctionnement à sens unique.

Voilà de quoi le capitalisme peut-être le nom, et auquel on veut crier un énorme NOOOON !

Mais il faudra, pour que cette lutte réussisse, être dans le OUI également.

Dans le OUI

Que la lutte, malgré sa diversité, se trouve un adversaire identifiable et commun à tous 

Notre adversaire, est-ce Macron ? Était-ce réellement Hollande ou Sarkozy ? Était-ce l’UE ? Est-ce notre Vème République ? Nos adversaires, sont-ce les multinationales du CAC40, sont-ce les grands patrons et les actionnaires qui se gavent ? Sont-ce ceux qui, dans l’ombre de salons feutrés ou dans les Ministères, œuvrent pour que la doctrine du libéralisme le plus total s’impose partout ? Sont-ce la police, et la justice, qui protègent cet état de fait ?

En fait, on peut penser que c’est un peu tout ça à la fois. Mais comment donner un nom à ces adversaires, comment les réunir par une dénomination dans laquelle on identifierait tous de manière juste notre combat ? Les « bourgeois » ? Le « capitalisme » ? Sommes-nous revenus 40 ans en arrière ?

Il nous manque encore ce terme, ces mots, ces mots vrais et synthétiques pour qualifier la violence systémique qui nous détruit à petit feu. Creusons, cherchons. En trouvant le nom de notre adversaire, on fourbira les armes adéquates pour le combattre.

Que la lutte, malgré sa diversité, formule clairement ses ambitions (pour ne pas rester dans le non, mais faire vivre un oui porteur d’espoir)

Dans un conflit, l’idéologie est primordiale. Comme l’expliquait Gramsci, être moteur d’un conflit aux revendications claires, marquées, étayées, soutenues par tous, vient remettre en cause les valeurs sur lesquelles s’appuie le système en place, et grâce auxquelles il peut revendiquer son utilisation de la violence. C’est la seule solution pour remettre en cause la violence d’Etat, faire accepter une éventuelle violence de défense, et ouvrir les portes vers un autre horizon de choix possibles.

Le conflit irréaliste est celui qui cherche uniquement à libérer une tension, sans aucun but « plus grand », sans aucun idéal de justice explicite. Le conflit réaliste est celui qui recherche à obtenir, dans le dépassement de la situation telle qu’elle est, une satisfaction plus grande.

Nous pensons que notre cause est émancipatrice car elle vise la dignité, la paix et la justice, pour tous et pour chacun. En cela, notre cause est réaliste. Il ne lui manque plus qu’à identifier et nommer clairement son adversaire, à formuler clairement ses revendications, et à convaincre la majorité que sa place est avec nous !

RAPPEL – Voilà le monde auquel nous nous opposons :

– là, la réforme du lycée et une accession à deux vitesses aux hautes études,
– ici des avantages glissés aux plus riches avec la suppression de l’ISF (entre autres),
– là une nouvelle cure d’austérité pour le domaine de la santé,
– ici une intervention militaire sans concertation avec l’ONU (la guerre menant toujours à la guerre),
– là une privatisation et une ouverture à la concurrence (encore une !) de la SNCF,
– là une hausse de la CSG évinçant tout doucement la Sécurité Sociale au profit de l’Etat,
– ici une loi pour le Secret des Affaires afin que les multinationales continuent leurs manèges sans être embêtées par les lanceurs d’alerte,
– là une proposition de loi pour réformer la justice en l’amputant encore au niveau budgétaire,
– ici une autre pour réduire la marge de manoeuvre du Parlement
– ou encore pour remettre en question le droit de grève,
– ici encore, une politique violente face à l’immigration,
– là, une politique de stigmatisation à l’encontre des chômeurs, qui peuvent même, dorénavant, être pris en période d’essai à la pelle, sans jamais être payés,
– ici, une probable remise en cause d’un jour férié,
– et bientôt, une remise en cause totale de la Sécurité Sociale pour offrir notre dignité aux fonds vautours ?
– bientôt, une remise en cause des retraites par répartition, pour offrir nos vieux jours aux fonds vautours ?
C’est en cours, soyez-en sûrs.

Et le tout est réprimé dans la violence, même quand les contestataires ne sont que des étudiants relativement sages. En revanche, les violences d’extrême droite ou policières sont toujours justifiées par l’exécutif.

Et pendant ce temps :
– rien en faveur des sans-abri et des immigrés à la rue
– rien pour lutter contre le réchauffement climatique et rien en faveur de l’écologie en général
– rien pour lutter contre les paradis fiscaux et l’exil fiscal, qui nous tue pourtant chaque jour à petit feu.
En bref, rien contre les injustices sociales et économique, rien contre l’injustice environnementale, rien contre les injustices médiatiques ou politiques. Voilà le bilan de l’omnipotent Macron, « président des riches », comme il n’aime pas être appelé. Cet homme est extrêmement dangereux.

Heureusement, la France est un terrain de femmes et d’hommes concernés, engagés, militants, qui ne laisseront pas un seul homme détruire 90 ans de conquêtes sociales, acquises de haute lutte !

Face à cela, Macron, qui ne supporte pas qu’on s’oppose à lui, enverra les forces de l’ordre, et inondera les médias de mots traitant les résistants de « violents, casseurs, bordéliques, anti-démocratiques, refusant tout dialogue, preneurs d’otages, etc. » Mais le bras de fer, c’est lui qui l’a engagé, sans vergogne, sans se demander une seule seconde si ces « réformes » iraient dans le sens d’une amélioration de nos vies à toutes et à tous.

Comme nous sommes persuadés que non, nous avons le droit de résister ! Ils nous empêchent de rêver, empêchons-les de dormir !

 

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