1er mai : manipulations d’un Gouvernement de moins en moins démocratique

Le 1er mai célèbre les Luttes de tous les Travailleurs du monde. Comme le veut la tradition, des dizaines de milliers de Français se sont mobilisés dans les rues des grandes villes pour s’enhardir et se donner du courage face à un Gouvernement sourd à la souffrance populaire et toujours lancé dans une course à la casse sociale, au profit du Capital et au détriment du Travail.

Les rues de Paris étaient bondées pour l’occasion, sur tout le trajet censé relier Montparnasse à la Place d’Italie. L’ambiance était bon enfant, de l’arrière à l’avant du cortège, constitué de formations politiques et syndicales, de travailleurs anonymes, de Gilets Jaunes affichés… Non loin de l’arrivée, alors que la manifestation faisait un coude pour depuis le Boulevard Saint-Marcel pour rejoindre la Place d’Italie par le Boulevard de l’Hôpital, la police a bloqué notre progression, sans sommation, et sans raison apparente. L’agacement de certains manifestants a trouvé pour seule réponse le jet de nombreux palets de lacrymos, obligeant la foule à reculer.

L’Indigné du Canapé

La scène se répète 2-3 fois, en 20 minutes. Les policiers utilisent même le canon à eau, faisant reculer les manifestants de plusieurs dizaines de mètres.

Je décide alors de repartir en arrière, Boulevard Saint-Marcel… et constate que les forces de l’ordre ont coupé le cortège en deux, et bloquent également l’arrière de notre cortège, constitué de plusieurs milliers de personnes, jeunes et vieux, femmes et enfants. Nassés, totalement. Des deux côtés, les jets de lacrymos font reculer les manifestants, qui pleurent, vomissent, paniquent. A mesure que les policiers avancent des deux côtés, la densité augmente. On se retrouve serrés comme dans un métro en heure de pointe, sous les gaz, les jets d’eau… Certains pleurent, certains paniquent, car la police continue son oeuvre pendant 30, 40 minutes, et plus encore, malgré de nombreuses personnes levant les mains ou des mouchoirs, tels des bandits cherchant à se rendre, n’étant pourtant coupables de rien, sinon de manifester dans le calme pour le 1er mai.

L’Indigné du Canapé

A chaque fois que les flics chargent, ils provoquent des mouvements de foule compacts, et la moindre chute peut occasionner un véritable carnage, il fait chaud, l’air est irrespirable, des personnes âgées ont peur de se faire renverser. C’est alors que de nombreux manifestants cherchent désespérément des issues : toutes les rues sont condamnées par la police, ne restent plus que les portes cochères, que certains essaient de forcer (notamment pour ceux qui tournent de l’oeil à cause des lacrymos ou d’une forme d’agoraphobie) et… l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, qui représente un horizon de liberté dans notre enfermement.

Oui, certaines personnes ont réussi à pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital, notamment des personnes se sentant véritablement très mal dans la nasse. Oui, certaines ont couru, poursuivies par les forces de l’ordre.
Oui, des personnes sont montées du côté du service de réanimation, semble-t-il pour trouver un abri. Mais sans en forcer l’entrée, comme nous allons le voir.

La question que l’on peut se poser alors, c’est pourquoi le Gouvernement (Castaner en tête) a-t-il chercher à discréditer le mouvement en l’accusant d’avoir « tenté de s’introduire » voire d’avoir « attaqué » l’hôpital de la Pitié ? Pourquoi la directrice de l’hôpital, Mme Welty, a corroboré la version « officielle » ? Pourquoi ce discours a-t-il été repris par les médias dominants avec autant de docilité, sans vérification des sources ? Pourquoi de nombreuses vidéos amateurs ou de journalistes alternatifs prouvant le contraire ont été étonnamment « supprimées » de plateformes comme Twitter ou Facebook ?

Pourquoi la vraie chronologie des actes de ce 1er mai n’est pas retracée ? Et enfin, pourquoi les violences policières ne sont pas discutées en miroir avec cette supposée « attaque » de l’hôpital ?

Pourquoi une « version officielle » aussi éloignée des faits ?

Nous sommes à la croisée des chemins. Le Gouvernement n’arrive pas à endiguer la colère populaire, qui réclame de la justice économique et sociale, de vraies réponses face à l’aggravation des inégalités, à l’austérité, à la casse du service public, à la crise démocratique, à l’inaction écologique. Les gouvernants n’y arrivent pas car ils ne veulent pas infléchir leur politique ultra-libérale. Alors le peuple répond, dans la rue.

Et dans la rue, le peuple était nombreux ce 1er mai, très nombreux. 40 000 à Paris selon les journalistes, plus de 80 000 selon les syndicats (ne parlons même pas des chiffres de la police). Dans toute la France, on avance des chiffres allant de 170 000 à 310 000 manifestants.
Face à cela, il n’y a pas d’argument. Il fallait donc trouver un autre sujet sur lequel gloser.

Qui a parlé d’une attaque à la Pitié Salpêtrière ? Sa directrice, qui est, il faut le savoir, totalement opposée au mouvement social qui agite cet hôpital, comme de nombreux autres, concernant la destruction des services publics (véritable celle-là) du Gouvernement En Marche.
Qui d’autre ? Le Gouvernement, bien entendu, se frottant les mains de l’aubaine, et les médias dominants, dont FranceInfo, qui a illustré son article sur le sujet avec une image violente… n’ayant rien à voir !

Le point commun entre toutes ces instances ? Elles représentent la classe dominante, celle qui a intérêt au statu quo, et qui cherche à décrédibiliser ceux qui veulent créer du mouvement, du changement, une (r)évolution. La vérité nue, la voici :

Voyez la différence de traitement médiatique et politique d’un même fait, selon qu’il serve les intérêts de la classe dominante, ou pas. Il est intéressant de noter que plusieurs de ces vidéos auraient mystérieusement disparu des réseaux sociaux, certainement en vue d’étouffer la vérité. En novlangue officielle, en vue de « lutter contre les Fake News ».

Car notre Gouvernement actuel, non content de violenter ses manifestants au grand dam de l’ONU et même de l’UE, non content aussi de tenter de limiter le droit de manifester, au grand dam du droit constitutionnel, est aussi le nouveau garant de ce qui est une « vraie news » ou non. Ce qui est proprement affolant quand on voit comment sont traitées les manifestations comme celle de ce 1er mai 2019.

En effet, avant de se précipiter sur cette soi-disant attaque d’un hôpital, désormais totalement remise en cause par les images et les témoignages des infirmiers et/ou aide-soignants (n’ayant pas les mêmes intérêts que leur directrice à faire le jeu du pouvoir politique), un vrai travail journalistique, digne de ce nom, aurait dû chercher à comprendre les causes ayant poussé de nombreuses personnes à chercher refuge dans l’enceinte de l’hôpital ; il aurait également dû questionner la stratégie policière offensive, face à un cortège pacifique ; il aurait enfin dû croiser ses sources, décrypter les intérêts des uns et des autres à donner telle ou telle couleur à son récit.

Et si l’ATTAAAAQUE de la Pitié Salpêtrière fait la Une depuis le début de ce 2 mai, qui nous parle des autres faits alarmants ayant eu lieu ce 1er mai, sinon les petits journalistes indépendants ?

Lire aussi : Violences populaires stigmatisées, violences d’Etat légitimées

Qui nous montre les flics menacer les manifestants d’agression sexuelle ?

Qui nous montre un policier jeter un pavé sur la foule ?

Qui, parmi les médias traditionnels, parmi les grandes formations politiques, insiste sur les violences policières à répétition, une violence « légitimée », « protégée » par le Gouvernement actuel ? Qui ?

Qui nous montre une police devenue police politique, agresser et détruire le téléphone de Bouhafs, à l’origine de l’affaire Benalla, subissant un sort comparable à celui de Glanz et d’autres avant eux ?

Et quid des policiers sans matricule (ou avec ce dernier caché par du gros scotch) dans un pays où la « transparence » est devenue l’injonction des forts envers les faibles. Il y a lieu d’être alarmé par ce double discours face au réel… Personne, même le plus fervent militant LREM, (sinon le plus fervent défenseur de l’ordre réactionnaire, fan du RN) ne peut cautionner cet état de fait.
2019 : une réaction autoritaire est au pouvoir.

Lire aussi : L’odieuse connivence entre extrême droite et extrême centre

La France n’est plus un « état de droit »

Un état de droit, c’est un état dans lequel il existe une hiérarchie des normes, et où personne n’est au-dessus des lois, que ce soit la Constitution ou une autre. C’est un état qui ne fait pas ce qu’il veut, surtout quand il est taclé par des institutions comme l’ONU (et l’UE, pour ce qu’elle fait de bien…) pour ses violences, son utilisation abusive de LBD, etc. Ce n’est pas suffisamment le cas en France aujourd’hui.

Un état de droit, c’est un état contraint par ses propres règles. C’est donc un état où l’on subit tous la même justice, qu’on soit politicien, policier, Gilet Jaune, habitant d’un quartier populaire ou journaliste politique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, quand on voit les GAV abusives pour certains, et le fait qu’aucun membre des forces de l’ordre n’a écopé de quoi que ce soit à ce jour.

C’est aussi un état où les hommes politiques ont une responsabilité face à leurs actes ou décisions. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Pour les mutilés, pour Benalla, pour ce refus d’écouter les Français, on exige une démission, de Castaner et Macron (qu’ils s’en aillent tous).

Un état de droit, c’est un état où il existe une liberté d’expression et d’opinion. C’est donc un état où l’on ne peut pas être inquiété pour ses opinions religieuses, politiques, qu’on soit en manif ou dans la rue, seul ou à des milliers. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, quand on voit comment sont traités certains journalistes en manif’.

Un état de droit, c’est un état où il existe une liberté de manifester. Celle-ci est fortement contrariée, à la fois par les lois qui sont votées, mais également par le climat qui est instauré dans les nombreuses manifestations qui émaillent la société ces dernières semaines. La violence policière constante lors des dernières manifestations, c’est un choix du pouvoir : le choix de la peur, pour empêcher les gens de retourner dans la rue.

Ce 1er mai marque une véritable accélération de la tactique gouvernementale, un choix d’escalade de la violence dicté par une incapacité totale à comprendre les enjeux de tous les mouvements sociaux actuels, des retraités, des professionnels de l’éducation et de la santé, des Gilets Jaunes et de tous les précarisés…

Rappel : ceux qui cassent l’hôpital, ceux qui cassent l’école, ceux qui cassent le chemin de fer, ceux qui cassent l’agriculture, ceux qui cassent les PME, les retraités, la solidarité, ce sont eux ! Avec leurs lois qui avantagent toujours les mêmes.

On ne lâchera rien.


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